Depuis quelques jours, des opposants politiques turcs organisent des "manifestations lumineuses" depuis leur domicile pour protester contre l’arrestation de deux professeurs limogés dans le cadre de l’état d’urgence. Un pied de nez aux violences policières et aux nombreuses garde-à-vue qu’ils ont subies.

Chaque soir à 22 h, les militants allument et éteignent successivement la lumière de leur domicile, comme un appel de phare. L’objectif est de "mobiliser l’opinion publique", selon l’un des instigateurs contacté par la rédaction des Observateurs de France 24.

"Parlons ! Allumons la lumière", commente cette internaute sur Twitter, le 30 juillet 2017.

Ces SOS lumineux sont filmés et partagés sur les réseaux sociaux, accompagnés d’appels à la résistance et de messages de soutien à Nuriye Gülme et Semih Özakça. La première est professeure de littérature à l’université, l’autre enseignant en école primaire. Ils ont été licenciés par décret, puis arrêtés le 29 octobre 2016, à la suite de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016. Ils demandent à retrouver leur emploi et sont en grève de la faim depuis le 9 mars 2017. Tous les deux ont été placés en garde à vue le 22 mai 2017 et détenus en prison le lendemain, où ils poursuivent leur grève de la faim.

Le noyau dur des soutiens de Nuriye (à droite) et Semih (en haut au centre). Photo publiée sur Facebook par un sympathisant en mars 2017.

Ces professeurs sont considérés par leurs sympathisants comme des symboles de la lutte contre les autorités turques. Parmi les personnes qui les soutiennent, des dizaines continuent de manifester quotidiennement depuis leur arrestation, dans la rue Yüksel, à Ankara.

Le célèbre journaliste Can Dündar a apporté son soutien au mouvement en publiant une vidéo sur son compte Twitter, le 30 juillet 2017.

Le mouvement a notamment reçu le soutien du journaliste Can Dündar, figure emblématique de l’opposition, détenu après avoir révélé que les services de renseignement turcs acheminaient illégalement des armes en Syrie. Ce dernier a publié une vidéo de "manifestation lumineuse", probablement tournée en Allemagne où il est désormais exilé. "Ils ont allumé la lumière pour nous. Nous le faisons pour eux. Allume la lumière de Nuriye et Semih chaque soir à 22h…", écrit-il en légende.

"Nuriye et Semih ne sont pas seuls !", commente cette internaute sur Twitter, le 30 juillet 2017.

Depuis la tentative de coup d’État, plus de 8 000 universitaires ont été licenciés et plus de 120 000 personnes ont été placées en détention, selon le site d’opposition Turkey Purge.