Les Vénézuéliens étaient appelés aux urnes dimanche afin d’élire l’Assemblée constituante voulue par Nicolas Maduro, un vote boycotté par l’opposition. Sur les réseaux sociaux, partisans et critiques du gouvernement se sont livrés à une véritable "guerre de l’image" durant toute la journée.

Dimanche 30 juillet, les électeurs vénézuéliens ont été amenés à choisir les 545 membres d’une Assemblée constituante présentée par le président Nicolas Maduro comme le meilleur moyen d’apaiser le pays. Le Venezuela est en effet secoué par des manifestations quasi quotidiennes depuis quatre mois, ayant déjà fait plus de 120 morts.

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Théoriquement, les députés nouvellement élus devraient être dotés des pleins pouvoirs et rédiger une nouvelle Constitution pour le pays. Mais pour l’opposition – qui domine l’Assemblée depuis décembre 2015 – il s’agit uniquement d’une manœuvre destinée à renforcer les pouvoirs du président et à le maintenir en place.

Selon le Conseil national électoral (CNE), 41,53 % des électeurs se sont rendus aux urnes dimanche, un chiffre contesté par l’opposition qui affirme que le taux de participation a été seulement de 12 %.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes – partisans du gouvernement – ont posté des images montrant les gens faire la queue pour aller voter dans la bonne humeur. D’autres ont également diffusé des vidéos censées montrer la détermination des Vénézuéliens pour aller voter : on peut ainsi voir des personnes traverser une rivière pour "se rendre dans un bureau de vote" dans l'État de Táchira, dans l’ouest du pays, ou encore un homme handicapé gravissant les marches d’un édifice de Caracas, là encore pour aller voter, selon les internautes.

En revanche, beaucoup d’internautes ont également diffusé des photos et des vidéos de bureaux de vote supposément vides, afin de montrer le rejet de l’élection par la population, ou encore des images montrant les violences ayant émaillé le scrutin.

Retrouvez toutes ces images amateur dans la vidéo ci-dessous :


"Si on veut s’informer de façon 'neutre' au Venezuela, la seule solution est d’écouter ce qui se dit des deux côtés…"

Cette "guerre de l’information" qui se joue dans les médias et sur les réseaux sociaux, alimentée par les partisans et critiques du gouvernement, n’est pas nouvelle. C’est ce que rappelle Dannyl Montero, journaliste pour VivoPlay, un média en ligne créé au Venezuela.

Il existe une "guerre de l’information" au Venezuela depuis 2000-2001 environ, lorsque les premières tensions entre Hugo Chavez [président de 1999 à 2013, NDLR] et les grands médias sont apparues. [En 2002, Hugo Chavez avait notamment accusé les médias privés d’avoir soutenu la tentative de coup d’État dirigée contre lui, NDLR.] Puis la "guerre de l’information" s’est déplacée sur les réseaux sociaux. Ceux-ci sont devenus un champ de bataille entre partisans du gouvernement et opposants politiques.

"Les gens sont incapables de reconnaître les vérités énoncées par le camp adverse"

En fait, chaque camp défend son propre point de vue et croit uniquement ce qui l’intéresse. Les gens sont incapables de reconnaître les vérités énoncées par le camp adverse, ils ont une perception unilatérale de la situation, ce qui est dangereux. On le voit sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la rue, quand les gens discutent. Le pays est totalement polarisé actuellement.

Cette guerre de l’information est alimentée tant par les partisans du gouvernement que par les opposants, même si je dirais que les premiers ont davantage de moyens pour diffuser leurs "informations", par le biais des télévisions et des radios publiques. Dimanche, ils ont mis l’accent sur le fort taux de participation par exemple… Pourtant, il n’y avait pas franchement une forte affluence dans les bureaux de vote à Caracas, là où je me trouvais. Beaucoup de gens ont donc remis en question ces chiffres et estimé qu’il y avait eu des fraudes. Par ailleurs, il faut savoir que les journalistes n'ont pas eu le droit de s'approcher des bureaux de vote... 

Actuellement, si on veut s’informer de façon "neutre" au Venezuela, la seule solution est d’écouter ce qui se dit des deux côtés...


"Guerre de l’information" sur les réseaux sociaux, information sous contrôle dans les médias publics, censure, agressions de journalistes… C’est pour l’ensemble de ces raisons que le Venezuela est classé 137e sur 180 pays au classement sur la liberté de la presse établi par l’ONG Reporters sans frontières en 2017.

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