À l’occasion de la Journée de la femme africaine, lundi 31 juillet, la rédaction des Observateurs dresse le portrait de cinq femmes qui, par leur engagement pour la société, la culture ou l’environnement, marquent de leur empreinte le continent.

GUINÉE-CONAKRY – Fatoumata Chérif, blogueuse et activiste anti-déchets

Fatoumata Chérif est une blogueuse basée à Conakry. Consultante en communication, elle a fondé l’ONG Femmes, Pouvoir et Développement, qui œuvre notamment pour promouvoir la place des femmes dans les instances de décision.

Fatoumata Chérif dans les rues de Conakry.

En décembre 2016, elle a lancé la campagne #SelfieDéchets sur les réseaux sociaux, en postant des photos d’elle devant les décharges à ciel ouvert de la capitale guinéenne. L’objectif : informer la population au sujet des problèmes sanitaires liés à ces déchets et pousser les autorités à agir contre l’insalubrité. Cet engagement lui a valu de recevoir le prix du Meilleur espoir féminin lors de la Nuit de l'excellence de la femme guinéenne cette année.


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CAMEROUN – Monique Ntumngia, fondatrice de l’ONG "Green Girls Project"

Titulaire d’une maitrise de droit, Monique Ntumngia a d’abord travaillé en tant que consultante dans un cabinet d’assurance à Douala. Elle a ensuite rejoint une ONG au Nigeria qui lutte notamment contre le mariage précoce et le repassage des seins (une pratique visant à freiner le développement de la poitrine des jeunes filles), et promeut l’éducation des filles.
Monique Ntumngia.

C’est lors d’une mission à Kano, en 2014, qu’elle a pris conscience des difficultés des jeunes filles à étudier à la nuit tombée : à cause d’un manque d’électricité, elles n’ont souvent pas assez de lumière. Elle s’est alors intéressée aux énergies renouvelables et a créé l’ONG "Green Girls Project" en août 2016, afin de former les jeunes filles camerounaises à transformer les déchets en biogaz. L’objectif : développer leurs compétences afin de tendre vers l’égalité hommes-femmes.

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BURUNDI – Ketty Nivyabandi, engagée malgré l’exil

Jusqu’en 2015, Ketty Nivyabandi vivait à Bujumbura, la capitale burundaise, où elle animait notamment un café littéraire chaque semaine avec l’un de ses amis écrivains, et écrivait des poèmes engagés. Elle a également travaillé au sein de l’ambassade des États-Unis, où elle cherchait à faire entendre la voix des femmes burundaises dans l’espace public.

Ketty Nivyabandi

Tout bascule fin avril 2015, lorsqu’éclatent les premières manifestations contre la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, sévèrement réprimées par les forces de l’ordre. Ketty Nivyabandi encourage alors les femmes à s’exprimer lors de manifestations féminines. Mais elle paie cher son engagement, puisqu’elle est contrainte de s’exiler dès la mi-mai au Rwanda, pour échapper aux arrestations d’opposants et d’activistes. Elle transite ensuite par le Kenya, avant d’arriver au Canada en septembre 2015, d’où elle continue à dénoncer les abus des droits de l’Homme au Burundi.

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KENYA : Umra Omar, fondatrice de l’ONG "Safari Doctors"

Umra Omar a grandi au Kenya, avant de partir étudier les neurosciences et la psychologie au Royaume-Uni et aux États-Unis. Elle a d’abord travaillé dans le domaine des droits de l’Homme à Washington, puis à Nairobi. En 2014, elle prend conscience de la difficulté des habitants de l’archipel de Lamu – sa région d’origine – à accéder aux soins. En cause : le manque d’infrastructures et les violences liées à la présence des terroristes Shebab.

Umra Omar dans l'archipel de Lamu au Kenya.

Elle décide alors de créer l’organisation "Safari Doctors". Le but : se rendre dans les différentes îles de l’archipel avec des médecins bénévoles, en bateau, afin de soigner les habitants et d’apporter des médicaments. En dehors des "Safari Doctors", Umra Omar travaille désormais dans une organisation locale qui œuvre pour les mêmes communautés, visant notamment à protéger l’environnement.

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Dans les zones reculées du Kenya, des médecins délivrent les soins en bateau


ALGÉRIE – Les slameuses qui dénoncent le harcèlement de rue

La vidéo de leur slam, publiée début janvier, a fait du bruit en Algérie, et cumule aujourd’hui 150 000 vues. Zalikha Tahar, alias Toute Fine, et sa comparse Samia Manel, dite Sam Mb, du collectif de slameurs Awal, y dénoncent le harcèlement de rue à Oran, où elles vivent, et plus généralement dans toutes les villes d’Algérie et du monde.


"Difficile de marcher dans la rue sans se faire siffler, commenter et parfois même insulter quand nos harceleurs ne supportent pas d’être ignorés. Le fait d’être voilée n’y change rien", assure Toute Fine. Sam Mb, elle ne porte pas le voile, mais fait le même constat : dans l'un de ses premiers textes, "Coupable", elle parlait "du fait de se sentir coupable de sortir dans la rue, d’occuper un espace public encore dominé par les hommes".

Toute fine.

Sam MB.

Les deux femmes ont 24 ans. Zalika Tahar, doctorante en mécanique des matériaux, est venue au slam via sa passion pour la poésie. Samia Manel, elle, fait de la musique depuis qu’elle est adolescente, inspirée par son père. Leur vidéo leur a valu des encouragements, mais aussi de nombreuses remarques désagréables : "On a reçu des menaces, des insultes. On nous reproche de parler français, de nous montrer, de porter des vêtements trop près du corps ", s’étonne encore Zoulikha Tahar, qui porte le voile. Ce qui ne les empêche pas de continuer à développer des projets avec Awal, un collectif qui compte aussi des hommes.

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