"Suce et tais-toi." Depuis le début de la semaine, plusieurs collectifs féministes dénoncent les nombreux messages misogynes et les comportements sexistes, voire violents, à Pampelune, à l’occasion des fêtes de la San Fermín. Cette année, la ville espagnole avait pourtant mis les bouchées doubles pour sensibiliser aux violences faites aux femmes pendant les festivités.

Chaque année, entre le 6 et le 14 juillet, la ville de Pampelune célèbre le saint patron de la région de Navarre, San Fermín. Pendant neuf jours, des milliers de touristes espagnols et étrangers viennent assister à des processions religieuses, des concerts et des corridas. Des festivités qui s’accompagnent parfois de très graves abus. L’an dernier, plusieurs hommes avaient violé en groupe une jeune femme, suscitant l’émoi dans le pays. À cela s'ajoutaient plus d’une dizaine de plaintes déposées pour agressions sexuelles.

À tel point que cette année, la ville a renforcé son dispositif de surveillance et son plan de prévention pour lutter contre les violences faites aux femmes. Mais cela n’a visiblement pas dissuadé certains hommes d’afficher un sexisme violent. Sur Twitter, plusieurs collectifs féministes ont ainsi relayé des photos d’hommes abordant des t-shirts sur lesquels étaient représentées des fellations, ou des pin's aux messages misogynes vendus dans les rues de la ville.


"Suce et tais-toi", "Soit on baise tous, soit la pute à la rivière", "Ton cul est à moi" ou encore "Pour une idiote, tu n’es pas si jolie", peut-on par exemple lire sur ces petits badges métalliques, dont l’origine est inconnue.



"Ces objets étaient vendus à la sauvette et il est fort possible que le phénomènene ne soit pas nouveau"

Le collectif féministe de Pampelune LilithFeminista a été l’un des premiers à relayer ces images sur les réseaux sociaux. Pour l’une de ses membres, qui préfère rester anonyme, cette polémique rappelle que la lutte contre le sexisme à Pampelune est loin d’avoir abouti.

Ce qui nous indigne, c’est que pendant un an, toute une campagne de sensibilisation contre le sexisme a été préparée et finalement, on aperçoit encore des t-shirts et des badges totalement misogynes. Cela souligne tout le travail qu’il reste à faire pour que notre société prenne conscience du problème que posent ces messages.

Nous avons donc décidé de prendre des photos de ces badges pour alerter les internautes sur les réseaux sociaux, mais aussi pour les montrer aux autorités. D’après ce que nous avons pu constater, ces objets étaient vendus à la sauvette au niveau du parc de la Taconera et dans plusieurs rues du centre-ville. Nous pensons qu’il ne faut pas le voir comme un micro phénomène. En revanche, il est fort possible que ce ne soit pas nouveau. La seule différence, c’est que cette année, avec toute la mobilisation de la part de la mairie et des associations pour lutter contre le sexisme dans la ville, cette polémique a eu beaucoup plus de visibilité.

La "main rouge", symbole des festivités sans agressions

Contacté par France 24, l’un des participants à cette fête assure ne pas avoir vu ces badges circuler. Il se souvient en revanche avoir remarqué, à l’inverse, de nombreux pin's et affiches contre les violences faites aux femmes. "En même temps, étant donné le nombre de messages contre les agressions que l’on peut voir un peu partout dans la ville, on se doute bien qu’il y a derrière ça un vrai problème durant ces fêtes. Pour les locaux, ceux qui viennent avec ce genre d’intentions ne sont là que pour ça et ne sont pas du tout dans l’esprit de la fête", estime-t-il.

La ville a lancé une grande campagne contre les agressions pendant les festivités. Traduction : "Il n'y a pas de place pour les agressions sexistes à Pampelune. Nous en sommes sûrs : un non est un NON !"

Depuis 2014, la ville de Pampelune travaille avec plusieurs associations féministes pour mettre un terme aux comportements misogynes et aux agressions sexuelles. Pour la troisième année consécutive, un point d’information a été installé dans le centre-ville avec pour logo une "main rouge", devenue le symbole des festivités sans agressions. Des caméras de surveillance ont également été installées dans toute la ville et nombreux policiers déployés.

La main rouge est devenue le symbole des festivités sans agressions. 

"La réponse citoyenne à cette polémique prouve que les choses avancent"

Vanesa Eguiluz González est chargée de la campagne Pamplona en Igualdad (Pampelune dans l’égalité) lancée par la municipalité.

La police municipale a commencé à saisir ces gadgets aux inscriptions sexistes. Une enquête a été ouverte pour déterminer leur provenance et vérifier qu’il n’y ait pas d’autres points de vente dans la ville. [Sur son site, la police annonce avoir saisi 219 badges aux messages sexistes vendus dans les rues de Pampelune, NDLR]. Ce que nous remarquons, c’est que la visibilité de cette polémique a permis à de nombreuses personnes de condamner ces badges et t-shirts (notamment sur les réseaux sociaux). On se rend bien compte que la grande majorité des festivaliers ne tolère pas ces messages sexistes. Le chemin à parcourir en matière d’égalité et de sexisme reste long, mais la réponse citoyenne prouve que les choses avancent.

Une baisse du nombre de plaintes

Dans un communiqué publié mercredi 12 juillet
, l'organisation féministe Comisión para la investigación de malos tratos a mujeres (Commission pour l'enquête sur les violences faites aux femmes), a annoncé avoir présenté une plainte auprès du procureur de Navarre pour demander l'ouverture d'une enquête concernant un éventuel délit d'incitation à la haine (contre les femmes).

Cette année, la police municipale s’est félicitée sur son site Internet d’une baisse de 12 %, par rapport à 2016, du nombre de plaintes déposées les cinq premiers jours des fêtes. Selon les chiffres, datés du 13 juillet, du conseil local de protection civile, qui dépend de la municipalité, une plainte a été reçue pour "agression sexuelle" avec "intimidation" et onze pour "abus sexuels" depuis le début des fêtes. Au total, neuf personnes ont été arrêtées en lien avec ces plaintes. En revanche, cette année, aucun cas de viol ou de tentative de viol n'a été recensé pour le moment.