Des images diffusées lundi 10 juillet montrent Nasser Zefzafi en train de dévoiler des parties de son corps. Le but est vraisemblablement de démontrer l’absence de traces de torture sur le corps du leader de la contestation du Rif marocain, incarcéré à la prison de Casablanca depuis le 29 mai. Mais elles font scandale, beaucoup de Marocains les jugeant dégradantes.

Accusé notamment d'"atteinte à la sécurité intérieure", Nasser Zefzafi a été auditionné ce lundi par un juge d'instruction à Casablanca. Dans la foulée de sa comparution, Barlamane, un site d’informations locales réputé proche des services de renseignements, a diffusé une vidéo où l’on voit le chef de la contestation du Rif montrer son corps.

Elle dure deux minutes et n’est pas datée. Elle a vraisemblablement été filmée en prison. On y voit Nasser Zefzafi dévoiler ses bras, ses mains, puis soulever sa djellaba pour montrer son torse, ses jambes et son dos. En fond sonore, on perçoit des voix d’hommes à peine audibles. Le site Barlamane a retiré la vidéo depuis, mais elle avait été largement reprise sur les réseaux sociaux entre temps.

Nous avons choisi de diffuser uniquement des captures d'écran cette vidéo.

Nasser Zefzafi montrant ses avant-bras.

Naser Zefzafi montrant ses mains.

L'Association marocaine des droits de l'Homme a dénoncé une "atteinte aux droits de prisonnier". En signe leur solidarité, des internautes ont été jusqu’à diffuser des vidéos où ils exhibent leur corps à la manière du détenu.

Dans la soirée de lundi, le procureur général du roi à Casablanca a annoncé dans un communiqué "l'ouverture d’une enquête minutieuse pour élucider les circonstances" de cet enregistrement.

De son côté, l'administration pénitentiaire a démenti que cette vidéo ait été filmée dans la prison de Casablanca. Le prisonnier "n'a jamais porté la tenue avec laquelle il apparaît dans la vidéo", a indiqué la Direction générale des prisons (DGAPR).

L'administration pénitentiaire a toutefois annoncé mardi 11 juillet un "mouvement de mutation et de nomination" à la tête de plusieurs prisons, dont celle d’Oukacha à Casablanca, où est incarcéré Zefzafi. Cette décision "n'a rien à voir" avec la polémique en cours, a assuré une source au sein de cette administration, citée par la presse locale.

Région réputée frondeuse, la province du Rif est le théâtre de manifestations récurrentes depuis la mort, fin octobre 2016, d’un vendeur de poissons, broyé accidentellement dans une benne à ordures. Mené par un groupe de militants locaux, ce mouvement de contestation, le Hirak, réclame le développement de la région, qu’il estime "marginalisée".
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