Après de violents affrontements avec la police, le camp de Moria a été en partie détruit par un incendie volontaire lundi. Selon notre Observateur, il s’est déclenché à la suite de protestations des migrants contre les expulsions des demandeurs d’asile déboutés et les conditions de vie rudimentaires dans ce camp, situé sur l’île grecque de Lesbos.

Près de 4 000 migrants sont bloqués, parfois depuis plusieurs mois, dans le centre d’enregistrement de Moria, où ils attendent que leur demande d’asile soit étudiée par la Grèce. Situé près du port de Mytilène, où débarquent, depuis la Turquie, de nombreuses personnes venues notamment d’Afrique et du Moyen-Orient, ce camp surpeuplé est régulièrement pointé du doigt par les ONG. Cet hiver, plusieurs Observateurs nous avaient déjà fait part de leurs conditions de vie insupportables.

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Migrants bloqués dans le camp grec de Moria, à Lesbos : "On meurt de froid"

Pour la troisième fois depuis septembre 2016, des migrants mécontents ont mis le feu au camp, lundi 10 juillet, dans l’après-midi, après des violents affrontements avec la police. Sur sa page Facebook, l’association United Rescue Aid, présente dans le camp, a fait savoir que les bureaux de plusieurs ONG avaient été brûlés. L’agence de presse grecque ANA rapporte également que deux grandes tentes et deux unités de préfabriqués ont été détruites par les flammes.

The fire in Moria is now under control. Former BRF-isobox, Eurorelief, European Lawyers and Shade Shelter were burned....

Publié par United Rescue Aid sur lundi 10 juillet 2017

"Les bureaux des associations humanitaires ont été saccagés"

Notre Observateur, Ted (pseudonyme), un militant anti-gouvernemental originaire du Congo-Brazzaville, est arrivé dans le camp de Moria au début du mois de décembre. Il a envoyé à la rédaction des Observateurs de France 24 plusieurs vidéos de l’incendie.

Lundi, un migrant a appris que sa demande d’asile en Grèce avait été refusée pour la deuxième fois. La police l’a alors menotté et emmené en prison, un préalable à son renvoi en Turquie. La scène était choquante : nous sommes des demandeurs d’asile, pas des criminels !

Dans le camp, plusieurs hommes ont protesté contre son renvoi. La situation a alors totalement dégénéré. Des hommes se sont mis à lancer des pierres sur les policiers, qui ont répondu par des tirs de gaz lacrymogènes. Les bureaux des associations humanitaires ont été saccagés et des hommes ont mis le feu à certaines infrastructures du camp.

Il a fallu attendre que les leaders des différentes communautés présentes dans le camp trouvent un arrangement avec la police pour que la situation se calme. Le demandeur d’asile qui devait être emmené en prison a finalement pu rester. Ce que les gens demandent ici, ce sont de meilleures conditions d’hébergement et une prise en compte de leur demande d’asile. On ne veut surtout pas être renvoyés en Turquie.

Vidéo envoyée par notre Observateur. 

United Rescue Aid livre sur Facebook la même version des faits et explique que le demandeur d’asile débouté qui devait être expulsé est originaire d’Haïti. Ce mardi, l’association a publié une vidéo dans laquelle celui-ci explique avoir été autorisé à rester dans le camp après le mouvement de contestation. Il ne précise cependant pas pour combien de temps.
La version française de ce témoignage est disponible dans les commentaires en dessous de cette vidéo.

The fire earlier today broke out after confrontation with police - the confrontation began when this young man, Johanah from Haiti, was incarcerated after his appeal for asylum rejection was issued. Johanah's appeal was rejected only two days after being submitted, then the police handcuffed him and took him to jail. The refugee community, emotionally eroded, pushed to the point of desperation, and tired of the living situation and the deportations, confronted the police who took Johanah. He was subsequently released and we were able to speak to him, yet 7 Nepalese and 4 Egyptians are still in jail. #Moriafire #moria #stopdeportations #unitesrescueaid #unitedwestand #iamhuman

Publié par United Rescue Aid sur lundi 10 juillet 2017

Depuis le 20 mars 2016, un accord entre l’Union européenne et Ankara autorise la Grèce à renvoyer en Turquie les migrants arrivant illégalement sur son territoire. Les opérations de refoulement sont régulièrement critiquées. En mai dernier, dans un communiqué, la Fédération internationale des droits de l’Homme accusait notamment la Grèce de renvoyer illégalement en Turquie des demandeurs d’asile turcs, dont un journaliste aussitôt emprisonné à son retour. Par ailleurs, les retards dans l’enregistrement et dans le traitement des demandes d’asile ont transformé les îles grecques de lieux de transit en lieux de confinement, où les migrants peuvent rester coincés parfois jusqu'à un an


Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet