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Des nourrissons dormant dans un bois, à même le sol, au mieux sur un tas de carton : plusieurs photos publiées cette semaine montrent les conditions de vie effroyables des enfants et des familles de migrants dans le Nord de la France, où les migrants sont de plus en plus nombreux à revenir, huit mois après le démantèlement de la jungle de Calais. Ils doivent compter sur les volontaires pour survivre.

Fin octobre 2016, la jungle de Calais a été démantelée par les autorités françaises. Et dans la nuit du 10 au 11 avril 2017, le camp humanitaire de Grande Synthe – une commune en banlieue de Dunkerque – établie en 2016, a été ravagé par un incendie. Conséquence, il n’existe plus aucun point d’accueil pour les migrants dans le Nord de la France, où ils affluent pourtant de nouveau : certains disent ne pas vouloir rester dans le centre d’accueil et d’orientation (CAO) où ils ont été affectés après le démantèlement de la jungle de Calais, d’autres qui de toute façon, ont pour seule volonté de rejoindre le Royaume-Uni.

Dans la forêt en lisière de Grande-Synthe, un camp de fortune s’est formé et a considérablement grandi ces derniers mois. Les migrants y vivent dans des tentes, avec des sacs de couchage, fournies par les associations et les bénévoles qui les aident. Et selon eux, la police intervient chaque semaine pour tout confisquer.

Environ 350 migrants vivent dans ce camp selon le maire (EELV) de la commune, Damien Carême, dont des femmes enceintes et des personnes âgées. Mais aussi, "entre 30 et 50 enfants de moins de 12 ans, et au moins huit mineurs de plus de 12 ans qui sont isolés, sans famille "assure notre Observatrice, Isis Mera, fondatrice de l’ONG britannique Help4Refugees qui intervient notamment dans le nord de la France. Elle a lancé une pétition pour mettre fin à la situation "inhumaine "des réfugiés dans la région  Elle a reçu les photos des bébés et s’alarme de leurs conditions de vie.


"Les bébés développent des infections de la peau, ils ont des poux et certains ont même contracté la gale"

Ce sont les parents de ces enfants qui m’ont transmis ces trois photos.

Ici, le bébé avec la veste grise est une petite fille, elle a huit mois. Sa mère est afghane, je l’ai connue il y a un an à Calais quand elle était encore enceinte, et nous entretenons depuis une relation forte. C’est elle qui a pris cette photo le 3 juillet et me l’a envoyée.




Avec cette veste rouge, c’est un petit garçon kurde de 3 ans.



Jeudi, une autre image m’a été envoyée : c’est après le passage de la police. Chaque semaine ; la police intervient, et détruit tout ce que les réfugiés ont pu obtenir.



La vie dans ce campement est insupportable : ces gens n’ont pas accès à des toilettes, pas d’eau, doivent se laver dans la rivière ou avec l’eau de pluie. Les migrants n’ont aucun moyen de prendre soin comme il le faudrait de leur enfant.

Conséquence de tout ça, les bébés développent des infections de la peau, des maux d’estomac, ils ont des poux et certains ont même contracté la gale.

"Une petite fille de 6 ans, née dans un camp en Turquie, et qui n’a connu que les camps de réfugiés"

Il va sans dire que ces enfants n’ont aucun accès à l’éducation, certains sont en âge d’être à l’école primaire mais sont totalement illettrés. J’ai rencontré un jour une famille avec une petite fille de 6 ans, née dans un camp en Turquie, et qui n’a connu que les camps de réfugiés.

La France et le Royaume-Uni prennent une grande responsabilité et un grand risque en ne s’occupant pas de ces enfants : ils ont vocation à rester, ils sont l’avenir de ces pays. Ils cherchent à aller avant tout au Royaume-Uni. Une petite partie serait prête à s’installer en France s’ils en avaient l’opportunité, mais on ne peut pas dire que la France leur donne envie. A Calais comme à Grande-Synthe, ils ont subi la défiance des autorités mais aussi des gens sur place. Si des bénévoles se sont mobilisés pour les aider, ils ne sentent pas bienvenus ici et pensent qu’ils seront mieux accueillis outre-Manche.


Un porte-parole de la région Hauts-de-France a affirmé au quotidien britannique The Independent que "l’abri est systématiquement offert aux mineurs qui se rapprochent de l’organisation France Terre d’Asile". A Paris en tout cas, la prise en charge des migrants mineurs par l’association est sujette à critiques.

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Dans les hôtels miteux de Paris, les migrants mineurs à l’abri de rien

Le 26 juin, le tribunal administratif de Lille a rendu une ordonnance, dans laquelle il est notamment demandé à la préfecture du Pas-de-Calais de mettre en place des maraudes quotidiennes, d’installer des point d’eau, et de ne pas empêcher la distribution de nourriture à Calais, à quelques kilomètres de Grande-Synthe. Les associations d’aide aux migrants espèrent que l’ordonnance sera respectée et pourra faire jurisprudence également à Grande-Synthe.
Article écrit en collaboration avec
Corentin Bainier

Corentin Bainier , Journalist