Beaucoup de plages dans le monde sont de vrais dépotoirs, et celles du Kenya n’échappent pas à la règle. Pour sensibiliser à leur nettoyage, une entreprise sociale ramasse chaque année près de 400 000 tongs usagées et abandonnées en bord de mer. Elle les transforme en jouets, en bijoux, ou encore en œuvres d’art.

En moyenne, huit millions de tonnes de plastique sont déversées tous les ans dans "la plus grande poubelle de l’activité humaine" : l’océan, selon l’ONG Surfrider, qui défend la sauvegarde du littoral. S’il est bien connu que les sacs plastique constituent une bonne partie des matériaux en plastique qui finissent dans l’océan, il existe aussi des sources de pollution dont on parle moins…

Des activistes kényans ont ainsi remarqué que sur les plages de leur pays, il était très fréquent de retrouver des tongs laissées sur place parce qu’abîmées ou oubliées par les vacanciers et les passants.

Collecte de déchets sur la plage de Watamu, au Kenya. Ici, tous les jours, de nombreuses tongs abandonnées sont retrouvées sur le sable. Photo : page Facebook d'Ocean Sole.

Julie Church, une biologiste kényane, a donc eu l’idée de mettre en place un système de recyclage original pour valoriser ces déchets : les transformer en sculptures en forme d’animaux, en bijoux ou en jeux pour enfants. Elle a ainsi monté son entreprise sociale, Ocean Sole, qui récupère de vieilles sandales, d’abord collectées sur les plages par des associations avant d’être déposées dans un atelier d’artistes à Nairobi. Depuis trois ans, c’est essentiellement l’association Watamu Marine qui se charge des collectes pour Ocean Sole, au niveau de la baie et du parc national de Watamu, une zone où l’on trouve notamment de nombreuses tortues marines.

Des tongs retrouvées sur la plage. Photo : page Facebook d'Ocean Sole.

À Nairobi, les chaussures sont ensuite lavées puis travaillées par une cinquantaines d'artisans qui leur offrent une seconde vie. David Kaloki est l'un d'entre eux.

"Les tongs finissent souvent dans l’océan et peuvent tuer les animaux marins qui les ingurgitent"

Il y a énormément de déchets sur les plages au Kenya, du fait, en partie, du manque de service de nettoyage. Et parmi toutes les ordures, il y a de nombreuses tongs. Le problème, c’est qu’une fois qu’elles sont sur les plages, elles finissent bien souvent dans l’océan et se décomposent en petites particules que les animaux marins peuvent ingérer, ce qui peut finir par les tuer. C’est aussi un vrai problème pour nos paysages, nous avons de très belles plages au Kenya.

Des tongs ramassées par l'association Watamu Marine sont triées par couleur. Photo : page Facebook d'Ocean Sole.

"La protection de l’environnement s’accompagne d’un soutien aux communautés locales"

Ocean Sole travaille avec des associations partenaires qui sont chargées de collecter ces tongs et de nous les vendre. Ce système a plusieurs intérêts. D’abord, cela permet à des associations de protection de l’environnement d’organiser des collectes et donc de faire prendre conscience aux populations de la nécessité de nettoyer les plages.


Ensuite, étant donné qu’Ocean Sole achète les sacs de tongs, cela permet aux associations de toucher de l’argent pour qu’elles développent des projets environnementaux, mais aussi de rémunérer les personnes qui s’occupent des collectes. La protection de l’environnement s’accompagne donc d’un soutien aux communautés locales qui sont dans le besoin.Tous les ans, c’est près de 400 000 tongs qui sont ainsi récupérées rien que sur le bord de mer ! C’est une pollution dont on ne se doute pourtant pas vraiment.

Les objets réalisés à partir des tongs recyclées sont ensuite vendus. Photo : page Facebook d'Ocean Sole.

Des objets fabriqués par Ocean Sole. Photo : page Facebook d'Ocean Sole.

Les chaussures sont ensuite transportées jusqu’à Nairobi, où se trouve notre atelier de création. Elles sont lavées puis nous les transformons. Nos œuvres sont ensuite vendues en ville, sur des marchés ou à l’étranger. Ici encore, les artistes, qui sont issus de milieux très populaires, reçoivent donc de l’argent à partir de leur création. Nous pouvons ainsi subvenir aux besoins de nos familles et payer les frais de scolarité de nos enfants. Aujourd’hui, Ocean Sole fait travailler une centaine de personnes au total.

En quelques années, l'action d'Ocean Sole s'est fait connaître dans le pays, mais aussi à l'international. L'entreprise assure désormais qu'elle vend ses œuvres aux quatre coins de la planète, de New-York à Singapour. En juin 2017, à l'occasion de la journée mondiale de l'océan, Ocean Sole a également participé à des activités de sensibilisation à la pollution des eaux en partenariat avec l'UNESCO.
Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet