Depuis plusieurs mois, la police hongroise recrute et forme des "chasseurs frontaliers" pour faire face à la "pression de l’immigration clandestine". Et pour attirer les candidats, elle n’hésite pas à diffuser des vidéos de promotion, dans lesquelles on voit des recrues d’apparence virile se muscler, s’exercer au tir ou encore s’entraîner à immobiliser une personne.

"Formation de chasseurs frontaliers" ("Határvadász-képzés", en hongrois) : c’est le nom de la nouvelle formation lancée par la police hongroise en août 2016. L’objectif affiché : recruter 3 000 personnes pour mieux surveiller les frontières du pays.

Afin d'attirer les candidats, des vidéos sont régulièrement publiées sur une page Facebook dédiée à la promotion de ce nouveau corps. Les recrues y sont glorifiées, à l’entraînement ou au travail. Ce sont généralement des hommes, âgés d'une trentaine d'années, avec des muscles saillants. Certaines vidéos ressemblent à de véritables clips : musique dramatisante, scènes faisant penser à des films d’action, etc. En voici quelques exemples :

Vidéo publiée le 7 octobre 2016 (également sur la chaîne Youtube de la police hongroise).

Cette vidéo ci-dessus montre en quoi consiste la journée type des "chasseurs frontaliers" : on les voit notamment récupérer des pistolets, des jumelles et des talkie-walkies, longer une clôture barbelée en voiture, à pied et à cheval, et faire de la musculation.

Vidéo publiée le 12 février 2017. Images tournées par la "Szombathelyi Televízió", une télévision locale située dans la ville de Szombathely, dans l’ouest de la Hongrie, selon la légende sous la vidéo.

Dans cette autre vidéo, des hommes s’entraînent à tirer et à immobiliser quelqu’un dans la ville de Körmend, dans l’ouest du pays. Certains expliquent pourquoi ils ont décidé de rejoindre ce corps de la police : sens du devoir, versement d’un salaire durant la formation (il s’agit d’ailleurs de l’un des principaux arguments mis en avant par les autorités)… Ils louent également "l’esprit d’équipe" ou encore le niveau des formateurs.

Vidéo publiée le 6 mars 2017.

Cette vidéo donne un autre aperçu de la formation reçue par les recrues : cours théoriques (notamment d’anglais), exercices pratiques (apprentissage des techniques d’immobilisation)… On les voit également marcher au pas, l’air très concentré.


Des migrants presque jamais mentionnés… mais toujours visés

Vidéo publiée le 2 septembre 2016.

Dans la vidéo ci-dessus, on peut voir les outils utilisés par les "chasseurs frontaliers" au quotidien, donnant l’impression qu’ils sont à la pointe de la technologie : "caméra mobile" située sur un fourgon, drone, etc.

Fait étonnant : les migrants ne sont généralement ni mentionnés, ni visibles dans ces vidéos promotionnelles, à l’exception de celle-ci-dessous :

Vidéo publiée le 6 octobre 2016.

Sur ces images, un policier donne de la nourriture à deux migrants, qui s’empressent de la manger. Il est indiqué en légende : "Ils n’avaient pas mangé depuis quatre jours, nos collègues ont partagé leur propre nourriture avec eux".


"Le mot "határvadász" ("chasseurs frontaliers") est très connoté"

Márk Zoltán Kékesi est sociologue et travaille à l’université de Szeged, dans le sud de la Hongrie. Il collabore également avec l’ONG Migzsol, qui aide les migrants.

Je pense que la police fait exprès de ne pas parler directement de "migrants" ou de "réfugiés" dans ses vidéos – qui sont d’ailleurs assez ridicules – pour ne pas donner l’impression que les "chasseurs frontaliers" cherchent uniquement à se défendre contre eux. C’est le patriotisme, la sécurité, la loyauté, la bravoure ou encore le sens du devoir qui sont donc mis en avant.

Mais cela ne trompe personne, puisque le mot "határvadász" ("chasseurs frontaliers") est évidemment très connoté : cela fait immédiatement penser au fait de chasser des personnes aux frontières. C’est un message absolument répugnant.


Depuis début mai, les "chasseurs frontaliers" nouvellement formés ont commencé à assister les forces de l’ordre déjà déployées à la frontière avec la Serbie et la Croatie. Leur entraînement ne dure que six mois, alors que la formation d’un policier est généralement de deux ans.

Depuis le début de la crise migratoire en 2015, la Hongrie n’a cessé de durcir sa politique à l’encontre des migrants. Le pays a notamment été épinglé à plusieurs reprises pour les violences policières commises à leur encontre. Le nombre de personnes tentant d’entrer dans le pays a pourtant considérablement baissé depuis 2016.

France 24 a contacté la police hongroise par e-mail et via Facebook, mais n’a pas obtenu de réponse pour l’instant.


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Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone