Depuis plusieurs mois, le Soudan connaît une épidémie de choléra particulièrement meurtrière. Pourtant, les autorités de Khartoum rechignent toujours à déclarer l’état d’épidémie et à mobiliser des ressources pour enrayer la propagation de la maladie. Face à au déni du gouvernement, médecins et bénévoles se mobilisent.

Depuis août 2016, les cas de choléra se sont multipliés dans plusieurs États du Soudan. Mais ce n’est que le 7 juin dernier que le ministère de la Santé est sorti de son mutisme. Il a reconnu dans un communiqué l’existence de 16 000 cas de "diarrhées aigües" ayant entraîné plus de 260 décès à travers le pays. Le texte ne parle toutefois pas explicitement de "choléra".

Interpellé par des députés au Parlement, le ministre fédéral de la Santé, Bahar Abu Garda, a lui affirmé que les cas de "diarrhées aigües" ne relevaient pas de son domaine mais de celui du ministère des Ressources en eaux.

En attendant, des médecins contactés par France 24 font état d’hôpitaux surchargés et de la crainte d’un manque de médicaments, notamment d’antibiotiques, pour faire face aux cas de choléra les plus graves.

Par ailleurs, l’ambassade des États-Unis à Khartoum a diffusé un communiqué mettant en garde les ressortissants américains contre des "cas confirmés de choléra dans certaines régions du Soudan, notamment dans le grand Khartoum, où des décès ont eu lieu".

Ali Bachir est médecin à Oumdourman. Avec plusieurs collègues, ils ont mis sur pied un comité pour venir en aide aux malades et mener des campagnes de sensibilisation auprès des populations dans les régions isolées notamment. Dans ce témoignage, il fait état d’un bilan beaucoup plus lourd que celui annoncé par les autorités.

"Nous essayons de distribuer des kits de sels de ré-hydratation orale et des antibiotiques"

Il y a un silence complet des médias autour de l’épidémie qui s’est pourtant propagée dans 10 États sur les 18 que compte le pays.
Rien qu’entre le 1er et le 11 juin, nous avons enregistré 14 600 cas, dont 890 cas de décès. [France 24 n’est pas en mesure de vérifier ces chiffres de source indépendante, NDLR.]
Carte transmise par notre Observateur Ali Bachir montrant les Etats touchés par l’épidémie : le Nil Blanc, la Mer Rouge, Al Djazirah, Khartoum, Kordofan du Nord, Kordofan du Sud, Sannar, le Nil, Al Qadarif et Ach Chamaliyah.

Les causes de la propagation de la maladie sont multiples. L’eau acheminée dans le réseau de distribution depuis le Nil n’est pas désinfectée. De même, et en raison du manque d’information, les habitants des régions rurales ne désinfectent généralement pas l’eau qu’ils puisent. Ajoutez à cela l’insalubrité et la surpopulation notamment dans les camps de réfugiés, où les mouches pullulent, tous ces éléments favorisent fortement la contamination et la propagation de la maladie.
Très relayée sur Twitter, cette vidéo animée montre comment fabriquer des sels de réhydratation chez soi pour traiter un membre de la famille malade.

Avec nos collègues et des activistes sur place, nous essayons d’acheminer et de distribuer les médicaments dans les différentes régions, notamment des kits de sels de ré-hydratation orale et des antibiotiques."
Dans un centre de quarantaine dans la région du Nil Blanc.

Plusieurs médecins ont indiqué à France 24 que la région du Nil Blanc était la plus touchée par la maladie, 200 cas y seraient enregistrés chaque jour. Hamed al-Hamdani est un jeune étudiant qui s’est porté volontaire pour venir en aide aux personnes atteintes de choléra dans la région.

"Nous avons transformé les écoles en centres de quarantaine"

Dans l’Etat du Nil Blanc, nous avons transformé cinq écoles primaires en centres de quarantaine. Nous y distributions régulièrement des médicaments et du chlore pour désinfecter l’eau.
Cours de sensibilisation dans la ville de Kotsi dans l’Etat du Nil Blanc. Un bénévole explique un groupe de femmes des mesures de prévention contre la maladie. Photo Transmise par notre Observateur.

Nous organisons également des cours de sensibilisation sur les marchés et dans les places publiques dans les villages. Beaucoup de femmes participent à ces ateliers. Nous leur expliquons comment réagir si un membre de famille présente des signes de la maladie et nous insistons surtout sur la nécessité de bien se laver les mains au savon et de désinfecter l’eau avant de la boire.
Des jerricanes remplis de chlore sont distribués dans les villages et les centres de quarantaine. Photo Transmise par notre Observateur.

Nous avons également multiplié les appels pour que les jeunes des quartiers se constituent en comité et nettoient les déchets qui traînent dans les rues, car c’est l’une des causes majeures de la propagation de la maladie. Nous avons demandé aux imams dans les mosquées, aux sages des villages et aux femmes de relayer l’appel partout où il est possible.

Nous en appelons aussi au gouvernement afin qu’il déclare l’épidémie et fasse venir des médicaments en urgence."
Hôpital de la ville de Kosti, dans le Nil Blanc.

Depuis l’inculpation du Président Omar El Béchir par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre en 2009, plusieurs ONG humanitaires internationales ne sont plus autorisées à exercer au Soudan. Parmi celles-ci, on peut entre autres citer Médecins sans frontières, Norvegian Refugee Council, Oxfam International et Save the Children.