Depuis plusieurs semaines, une majeure partie des quartiers d'Abidjan a les pieds dans l’eau. Pendant la saison des pluies, les inondations font partie du quotidien. Mais, cette année, plusieurs habitants de différents quartiers populaires ont lancé des mouvements de contestation sur les réseaux sociaux. Ils dénoncent l’inaction des autorités, qui devraient selon eux déblayer les caniveaux remplis de déchets.

La saison des pluies dure généralement trois mois à Abidjan, de juin à août. Cette année, sept personnes sont mortes lors de glissements de terrains causés par les pluies diluviennes, ont indiqué les sapeurs-pompiers.

Quand de fortes pluies s’abattent sur la métropole ivoirienne, les habitants ont parfois de l'eau jusqu’à la taille. Les enfants ne peuvent plus aller à l’école, les magasins ferment et beaucoup restent cloîtrés chez eux pendant quelques jours. Ce phénomène est dû au climat sous-équatorial chaud et humide de la Côte d'Ivoire, avec des pluies abondantes lors de la saison des pluies estivale.

Des enfants dans l'eau sale du quartier de Koumassi. Vidéo publiée sur le profil Facebook de notre Observateur en juin 2017. 

Mais les habitants des quartiers d’Abobo (nord) et de Koumassi (sud-est) contactés par France 24 se plaignent d’inondations à rallonge, causées par l’encombrement des caniveaux par des déchets solides et des excréments notamment, et le faible réseau de canalisations. Ils en appellent à une véritable implication des autorités dans l’entretien de la voirie.

Les inondations ne concernent pas seulement les quartiers populaires. Sur cette vidéo, publiée sur Twitter le 25 mai 2017, on voit des torrents parcourir le quartier très chic de Cocody.

"On est obligés de faire un grand détour pour contourner la rue principale inondée"

Diabaté Aboubakar Sidiki, 20 ans, est un lycéen qui habite à Banco, dans le quartier d’Abobo. Il a alerté la rédaction des Observateurs de France 24 au sujet des inondations dans son quartier et nous a envoyé des images.

Vidéo tournée dans la cour de la maison familiale de notre Observateur, le 11 juin 2017, à Banco (Abobo) Abidjan. 

En ce moment, je dirais qu’il y a environ un mètre d’eau dans ma rue. Il y a aussi plein d’eau dans la cour de ma maison. On est bloqués et obligés de faire un grand détour pour contourner la rue principale qui est inondée. Nos caniveaux sont bouchés et les autorités n’ont rien fait, ce quartier est complètement délaissé. Ici, tout le monde paye l’impôt normalement, les autorités sont dans l’obligation de résoudre ce genre de problème. C’est malheureux.
Il y a des associations qui sont allées voir le maire plusieurs fois depuis 2010. Il a promis que des machines seraient envoyées pour faire des travaux, mais quasiment rien n’a été fait.

Pour tenter d’enrayer le phénomène, le gouvernement a mis en place en 2012 le plan "Zéro décès en saison de pluie", financé à hauteur de 1,2 milliards de francs CFA (environ 1,8 millions d'euros), dont le but est de reloger les quelque 80 000 personnes se trouvant dans des quartiers dits "précaires", menacés par des glissements de terrain.

Exclusive: La vidéo de l'immeuble de niangon qui s'est écroulé dans un ravin à yopougon

Publié par Nahounou Daleba sur lundi 12 juin 2017
Un immeuble écroulé dans le quartier de Yopougon. Vidéo publiée le 12 juin 2017 sur Facebook. 

La rédaction des Observateurs de France 24 a pu discuter avec Bamba Amara, directeur du cabinet du maire d’Abobo. Pour lui, ces inondations rallongées et intensifiées sont le fait d'habitants qui ont construit leurs maisons sur des zones inondables.

Le problème est simple : ils ont construit dans des zones marécageuses, parfois sur le lit d’un cours d’eau. Les habitations sont construites de façon anarchique, sans l’aval du ministère de la Construction.

Les zones inondables à Abidjan, selon l'Ocha (Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU). 

Il n’y a pas de problèmes de canalisations à Banco, ce sont les résidents qui bouchent eux-mêmes caniveaux et canalisations avec des déchets solides et leurs toilettes.

Il n’y a pas de comportement citoyen : au lieu de payer la vidange des fosses septiques (entre 10 000 et 15 000 francs CFA, soit entre 15 et 22 euros), les habitants relient leurs toilettes aux canalisations illégalement. Il y a aussi des camions de ramassage des poubelles, qui passent certes rarement, mais les gens jettent leurs déchets dans les poubelles et, à la longue, le caniveau se bouche.

Photo d'une ruelle de Koumassi, prise par notre Observateur en mai 2017.

"Les autorités locales ne font rien, il n'y a pas de volonté politique"

Dans un quartier du sud de la métropole, Koumassi, la situation est similaire. Notre Observateur Tentative Jahboy, un manager d’artistes de 33 ans, documente depuis plusieurs semaines la situation sur sa page Facebook et appelle autorités et citoyens à prendre leurs responsabilités.

Photo prise par notre Observateur dans les rues de Koumassi, en mai 2017.

Les enfants tombent malades, ils ont la diarrhée. L’État ne fait rien, les autorités locales ne font rien, il n’y a pas de volonté politique. On est d’accord pour dire qu’il y a un manque de civisme, mais la population n’est pas responsable de tous les problèmes. Qui doit éduquer la population ? Les autorités ont récemment interdit les téléphones au volant, on respecte désormais cette règle. C’est aux autorités de travailler. Ils ont été élus pour cela.

La population paye des taxes, mais quand le camion de ramassage ne passe pas pendant un mois, les gens finissent par mettre leur déchets partout, parce qu’ils pas les moyens de payer le pousse-pousse [qui emmène les déchets à la décharge, NDLR]. À Koumassi, les caniveaux n’ont pas été vidés depuis plus d’un mois.

Une montagne de déchets à Koumassi. Photo prise par notre Observateur.

Quand j’étais petit, il pleuvait autant, mais la pluie s’écoulait au bout d’une dizaine de minutes. Aujourd’hui, ça peut prendre trois jours parce que les caniveaux sont bouchés. À l’époque, les rues étaient entretenues et il n’y avait pas autant de problèmes de surpopulation.

Quand la population construit dans les zones inondables, qui donne les permis de construire ? Le ministère de la Construction les octroie, et la mairie est au courant.


Photo de Koumassi prise par notre Observateur.

Avec la saison des pluies 2017, plusieurs intiatives ont émergé à Abidjan pour informer et sensibiliser les populations aux dangers des inondations. Une nouvelle version de carte collaborative a notamment été créée pour répertorier tous les quartiers d'Abidjan où des inondations ont été signalées. 


Par ailleurs, un appel au volontariat a été lancé sur Internet pour renforcer une cellule de veille sur les inondations. 


Article écrit en collaboration avec
Liselotte Mas

Liselotte Mas