Il s’appelle Abou Azrael, mais il est surtout connu par son surnom de "Rambo irakien", avec lequel lui et ses gros muscles sont devenus un symbole de la lutte contre l’organisation État islamique (EI) en Irak. Il n’hésite pas à mettre en scène les exploits de la milice chiite qu’il dirige, les Brigades de l’imam Ali, de même que… ses exactions. Les dernières en date pourraient cette fois lui coûter cher : début juin, des vidéos le montrent malmener des cadavres ont circulé .

Les vidéos ont été publiées le 4 juin sur Telegram, un service de messagerie sécurisé, et Apparat, la version iranienne de YouTube, deux applications très populaires en Iran.

Des corps sans vie découpés et malmenés

Sur la première vidéo, qui dure 18 secondes, on voit Abou Azrael en train de tirer par les cheveux le corps d’un jihadiste de l’EI, et le placer contre un mur. Juste après, d’autres membres de sa milice donnent des coups de pied dans le cadavre. Ils portent l’écusson des Brigades de l’imam Ali, ce qui permet de certifier qu’il s’agit bien des hommes du Rambo irakien.

Capture d'écran de la vidéo dans laquelle un cadavre est tiré par les cheveux.

La deuxième vidéo se passe au même endroit, mais on y voit cette fois Abou Azrael, briquet à la main, mettre le feu à la barbe d’un jihadiste mort. Puis il se moque des hommes tués : "Allez voilà, les vierges au paradis. Nous vous anéantirons. Ne dites pas qu’il [la victime] est sunnite, ce n’est qu’un étranger. Nous vous anéantirons".

Dans cette vidéo, Abou Azrael découpe des morceaux du corps d'un jihadiste tué et brûlé par sa milice.

Pourtant, ces vidéos ne révèlent pas vraiment une face cachée d’Ayoub Faleh Hasan Rabiei, le vrai nom d’Abou Azrael. En 2014, il avait été filmé avec ses hommes exhibant… des têtes décapitées de jihadistes, et également en train de brûler des corps sans vie. Une autre vidéo le montrait, en novembre 2015, découper le corps d’un jihadiste avec une épée. Les Brigades de l’imam Ali sont d’ailleurs accusées de violations des droits de l’Homme par l’Ofpra, l’Office de protection des réfugiés et des apatrides en France.

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Ces atrocités n’ont jamais valu la moindre réprimande de la part de son organisation à Abou Azrael, qui s’était même offert une tournée triomphale en Iran en mai 2016.

En mai 2015, il avait même été décoré par l'autorité chiite de Kerbala (Irak) pour sa participation aux combats contre l'EI.

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Et pourtant, les deux vidéos publiées début juin ont fait réagir les Brigades de l’imam Ali. Dans un communiqué, la milice affirme que "ces actes ont été commis par un individu en son seul nom" et "les gens qui ont commis ces actes seront poursuivis".

Trop connu pour être le visage des milices chiites

Pour Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements jihadistes, Abou Azrael pâtit de sa célébrité :

Il est devenu trop connu en un sens, il est aujourd’hui l'un des visages de la lutte de l’Irak contre l’EI. Il s’assied à côté de Patrick Simonnet, l’ambassadeur de l’Union européenne en Irak, lors de réunions. Ce n’est plus seulement une personne connue en Irak ou dans la région, mais bien au-delà. Du coup, les milices chiites ne veulent pas présenter une image violente sur la scène internationale.

Abou Azrael à côté de l'ambassadeur de l'UE en Irak, Patrick Simonnet. Photo prise le 5 juin. 

Le 9 juin, Abou Azrael a publié une vidéo de 45 minutes dans laquelle il dit assumer la responsabilité de ses actes, mais a assuré qu’il n’avait pas été mis à l’écart par la Brigade, mais simplement critiqué. Il admet ensuite que le fait de décapiter, brûler et mutiler des corps est interdit : "Je suis dans la vidéo et je fais une erreur, et je suis prêt à être poursuivi en justice en Irak ou au niveau international. Qu’ai-je fait ? J’ai brûlé la barbe d’un combattant de Daech [autre appellation de l'EI en arabe]".

Selon la religion musulmane, il est interdit de porter atteinte à un corps sans vie.