À 25 ans, Eduane “Danilo” dos Santos a dépensé une somme colossale lors d’une vente aux enchères, le 25 mai dernier à Cannes. La vidéo de la scène, publiée dans la foulée sur les réseaux sociaux, a scandalisé nombre de ses compatriotes. Mais difficile de dire si cette protestation se transformera en véritable mouvement anti-corruption…

Dans une vidéo publiée sur Instagram par le blogueur Anish Bhatt, “Danilo”, fils du président José Eduardo dos Santos, achète aux enchères une série de photographies de George Hurrell lors d’un gala de charité organisé à la fin du festival de Cannes. Les 500 000 euros dépensés par le jeune homme de 25 ans seront reversés à la fondation américaine amfAR, qui finance la recherche contre le SIDA.

Quand le jeune membre du clan Dos Santos et son amie sont montés sur scène, même l’acteur américain Will Smith – qui animait la soirée – n’a pu cacher son étonnement : "Ils ont l’air bien jeunes pour avoir 500 000 euros ", a-t-il malicieusement lancé au micro.

De nombreux Angolais sont d’accord mais sont loin d’être surpris, habitués aux privilèges accordés aux neuf enfants de Dos Santos, au pouvoir depuis… 38 ans.

Bien que l’économie de ce pays riche en ressources soit en pleine croissance depuis la fin de la guerre civile en 2002, la richesse est concentrée entre les mains de quelques familles, notamment le clan Dos Santos qui boit des cocktails dans les clubs de luxe, se prélasse sur les plages privées de Ilha de Luanda et vit dans des appartements somptueux. Pendant ce temps-là, près de 70 % des Angolais survivent avec moins de 2 euros par jour et 90 % des habitants de la capitale Luanda habitent dans des bidonvilles.




“Les gens se plaignent, font des blagues et critiquent, mais n’agissent pas”

Paulo Ingles, originaire d’Angola, est un chercheur en sociologie à la Fondation allemande pour la recherche (DFG). Il explique comment les Angolais ont réagi à cette vidéo.

Tout le monde a parlé de cette vidéo quand elle est sortie. Les gens étaient très critiques. Beaucoup ont fait des blagues, d’autres ont simplement dit "honte à vous". Certains ont affirmé que ce scandale était une distraction orchestrée pour que l’on ne s’intéresse pas à l’hospitalisation du président Dos Santos en Espagne.

Danilo a répondu à ces critiques quelques jours plus tard sur Facebook, en affirmant qu’il avait acheté ces œuvres pour son association caritative “Spirit of the Child”. Mais depuis, il a supprimé son message.

 
“Les entreprises angolaises ont été distribuées aux enfants du président”

Sur les réseaux sociaux, j’ai vu beaucoup de gens dire que Danilo devrait utiliser cet argent pour, par exemple, construire un hôpital plutôt que pour acheter des photographies. Mais, pour moi, ce qu’il achète n’a pas d’importance, le vrai problème est que, en Angola, nous avons un système qui permet à la corruption d’exister.

Les entreprises angolaises ont été distribuées aux enfants du président. Sa sœur, Isabel dos Santos, est notamment présidente de l’entreprise publique de pétrole et de gaz Sonangol [elle est la femme la plus riche d’Afrique, et la première à avoir rejoint le club des milliardaires africains]. La direction d’un projet chez Angola Telecom a été confiée à Danilo alors qu’il avait 23 ans. Et, bien sûr, les enfants du président ont accès à l’argent.

“Ces inégalités font partie de l’histoire du pays”

La société angolaise est divisée entre ceux qui n’ont rien et ceux qui ont énormément. Ces inégalités font partie de l’histoire du pays.

Dans la capitale Luanda, il y a un petit milieu des élites. Ma nièce est allée à une de leurs fêtes et m’a dit que c’était un autre monde. Parfois, il y a des scandales à ce sujet. En 2010, par exemple, le Parlement avait dépensé plus de 38,4 millions d’euros pour fournir aux députés des voitures BMW, ce qui avait provoqué un tollé.

Les gens se plaignent, font des blagues et critiquent, mais n’agissent pas. Je pense que certains aspirent secrètement à rejoindre la tranche des plus aisés. En outre, je pense que beaucoup ne voient pas d’alternative. Selon moi, de nombreuses personnes pensent que, si l’opposition l’emporte aux élections législatives en août, ils agiront de même avec leur argent.

Ces élections sont une occasion de s’exprimer à ce sujet. Mais c’est peut-être trop tôt. Je suis convaincu que la prise de conscience grandit, mais je vois le chemin de l’éveil citoyen comme un marathon. Aujourd’hui, nous sommes au début d’une longue course.



Article écrit en collaboration avec
Brenna Daldorph

Brenna Daldorph , English-language journalist