Deux attaques, revendiquées par l’organisation État islamique, ont visé Téhéran ce mercredi 7 juin, dans la matinée. Des assaillants ont ouvert le feu dans le Parlement de la capitale iranienne, alors qu’une ou plusieurs personnes ont attaqué le mausolée de l’imam Khomeini, dont l’une s’est fait exploser. Sur les réseaux sociaux, des images témoignent de ces évènements, exceptionnels en Iran. Au moins treize personnes ont été tuées et 42 blessées, selon les autorités médicales iraniennes.

Échanges de tirs

Le Parlement iranien a été investi par des hommes armés qui ont ouvert le feu. Selon la télévision d’État, un homme s’est aussi fait exploser au quatrième étage de l’un des deux bâtiments du Parlement, lorsque les forces spéciales ont donné l’assaut contre deux des assaillants armés. Sur plusieurs vidéos tournées à l’extérieur du bâtiment, comme celle-ci, on peut entendre des échanges de tirs.



La scène était suivie de l’extérieur par plusieurs témoins.

Photos publiée par de très nombreux comptes sur Twitter.

Des photos ont circulé montrant un homme armé à une fenêtre du Parlement, certains le présentant comme l’un des assaillants. Mais son vêtement noir correspond à celui des forces de sécurité du Parlement, affirment plusieurs journalistes parlementaires.


Des personnes ont ensuite été évacuées par les forces de sécurité, notamment cet enfant.



L’agence officielle Fars News a fait circuler des photos des forces de sécurité en action et également d'une ceinture d’explosifs qui aurait été "neutralisée".



Pendant ce temps-là dans l’hémicycle… tout va bien

Le Parlement iranien est composé de deux bâtiments principaux. Celui où s‘est déroulée l’attaque comporte les bureaux des députés. Juste à côté, un bâtiment de forme triangulaire abrite l’hémicycle, où les députés ont continué leur séance pendant l’attaque… une façon de dire que l’EI ne peut pas empêcher l’Iran de fonctionner. Des députés ont même posté des selfies, tout sourire.




L’EI a revendiqué l’attaque via son organe de propagande Amaq. Une vidéo tournée par l’un des assaillants dans les locaux du Parlement, où l’on voit au moins un homme mort, a également été postée.

Explosion au mausolée de Khomeini

Au mausolée de l’imam Khomeini, fondateur de la République islamique en 1979, un ou plusieurs assaillants ont ouvert le feu, l’un se faisant exploser. Selon l’agence de presse officielle iranienne, il y aurait cinq blessés. Une photo a circulé, montrant le moment de l’explosion.



Plusieurs vidéos ont montré les véhicules des forces de l’ordre arriver sur place.



Et évidemment... une intox

Cette photo a également circulé. Mais elle montre un entraînement des forces antiterroristes iraniennes en 2015.



De tels attentats sont exceptionnels à Téhéran, les derniers ayant eu lieu en 1998 : à  l'époque, l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien avait attaqué un tribunal à Téhéran qui avait fait quinze victimes.

"Comment des terroristes ont-ils pu avoir autant de munitions ?"

Farhad (pseudonyme) est journaliste parlementaire à Téhéran.

Notre salle de presse se trouve au deuxième étage du bâtiment pyramidal. On y a une large vue sur le couloir qui le relie à l’autre bâtiment, celui qui a été attaqué où se trouvent les bureaux. En apprenant l’attaque, nous sommes d’abord restés calme, mais soudain, nous avons vu que des terroristes avaient atteint le couloir entre les deux bâtiments et tiraient des balles dans tous les sens. Certaines ont atteint le plafond de notre salle. Nous avions peur mais finalement, ils n’ont pas passé le couloir. Je suis allé voir ensuite, et le couloir était recouvert de sang, donc je pense que les forces de sécurité les ont repoussé dans le bâtiment d’où ils venaient.

On ne pouvait plus sortir de notre salle de presse. Les forces de sécurité ont installé une échelle nous permettant de descendre directement dans l’hémicycle, puis après un moment – je ne sais vraiment pas combien de temps – nous avons été évacués. Nous avons été escortés par le Major General Mohammad Ali Jafari, le chef des Gardiens de la Révolution et Ali Larijani, le président du Parlement.

A l’extérieur du bâtiment, les rumeurs allaient bon train. Beaucoup de gens filmaient et n’écoutaient pas les ordres de la police qui disait d’évacuer la zone.

Mais clairement, tout le monde était en état de choc. On ne s’attendait pas à une attaque de terroriste à Téhéran, et encore moins dans le siège du Parlement, qui est particulièrement bien protégé.

On se pose des questions. On se demande notamment comment des terroristes ont-ils fait pour avoir des armes et des munitions leur permettant de tirer pendant plus de quatre heures.