"Je ne vous ai pas encore dit quelque chose sur moi qui est assez important." C’est ainsi que Kaig Lightner, un entraîneur de football à Portland, dans l’Oregon (nord-ouest des États-Unis), a commencé à parler à ses joueurs, pour leur annoncer qu’il était transgenre, début mai. Son discours, filmé par un autre entraîneur, a été vu plus de 100 000 fois sur YouTube.

Âgé de 36 ans, Kaig Lightner est coach de football depuis vingt-deux ans. C’est lui qui a créé le "Portland Community Football Club", où il entraîne des joueurs de 6 à 18 ans. Voici ce qu’il leur a dit, le 1er mai (extraits) :

Je ne vous ai pas encore dit quelque chose sur moi qui est assez important. Il faut que je partage ça avec vous parce que nous devrions tous être […] la personne que nous souhaitons être, et ne pas cacher qui nous sommes. […] Je suis transgenre. Cela signifie que j’étais une fille à la naissance.

Il y a plein de règles dans le sport, qui dictent la façon dont les garçons et les filles devraient jouer. Ce n’est pas juste pour les personnes comme moi, puisque […] je n’ai jamais eu l’impression d’être une fille. Quand j’étais jeune, je me sentais comme un garçon, mais j’ai dû jouer au football comme une fille et j’ai été élevée comme une fille. Quand je jouais, on m’a dit beaucoup de choses : que je ne pouvais pas faire telle chose car j’étais une fille, que je n’étais pas assez forte, ou encore […] que je me comportais comme un garçon…

Il faut être honnête et ouvert les uns avec les autres, il faut s’aimer : c’est comme ça que l’on construit une communauté.

Je veux que vous sachiez que c’est toujours moi. Je suis la même personne qu’il y a cinq minutes, avant que vous ne sachiez ça […], mais désormais vous savez quelque chose d’autre sur moi.


Le discours de Kaig Lightner. Vidéo postée sur Youtube par le "Portland Community Football Club".

"C’était le bon moment pour leur expliquer ça"

Kaig Lightner revient sur le discours qu’il a prononcé :

Quand on entraîne des jeunes, ça ne change rien d’être transgenre. Mais comme je suis proche d’eux, je n’avais pas envie d’avoir l’impression de leur cacher quelque chose. C’était le bon moment pour leur expliquer ça. C’était aussi l’occasion pour eux d’apprendre quelque chose dont ils n’avaient peut-être jamais entendu parler.

Juste avant de commencer à leur parler, j’ai donné mon téléphone à un autre entraîneur. Je voulais qu’il filme car je savais que ça allait être un moment particulier, puisque c’était la première fois que j’évoquais ce sujet avec mes joueurs. Du coup, j’étais assez stressé.

Quand j’ai commencé à parler et que j’ai prononcé le mot “transgenre“, il y a eu quelques gloussements et certains étaient un peu gênés, mais c’est parfaitement compréhensible. Et ensuite, ça a été une conversation tout à fait classique.

Kaig Lightner (le troisième en partant de la gauche), avec les jeunes qu’il entraîne. Photo envoyée par lui-même.

Avant de prononcer ce discours, j’ai bien sûr pensé aux réactions des parents. Mais je savais qu’ils me faisaient confiance et qu’ils me connaissaient. Du coup, rien n’a vraiment changé par la suite : les jeunes viennent toujours aux entraînements et aux matchs. Par ailleurs, j’en ai aussi parlé aux enfants qui n’avaient pas été là lors de mon discours.

En dehors du sport, j’ai toujours été ouvert sur ce sujet : j’ai déjà participé à des ateliers et à des conférences pour parler de mon expérience de transgenre. Mais c’est quelque chose que j’avais toujours un peu caché dans le sport : il fallait que ça change. Du coup, ce discours a été un moment assez important pour moi.


Kaig Lightner avec ses joueurs. Photo publiée sur le site Internet du “Portland Community Football Club”.


Kaig Lightner jouant au softball à 8 ans. Photo envoyée par lui-même.


"Le sport m’a aidé à oublier que je ne correspondais pas aux normes liées au genre"

Kaig Lightner raconte que le sport a toujours été très important pour lui dans sa jeunesse :

Quand j’étais jeune, les gens trouvaient que j’étais une fille agressive ou que je jouais au football “comme les garçons“. La société considère que les filles ne sont pas aussi bonnes que les garçons dans le sport. Mais au final, c’est le sport qui m’a permis d’avoir confiance en moi, d’avoir un objectif et de me sentir utile. Mon identité d’athlète a été très importante pour moi. Le sport m’a aidé à oublier que je ne correspondais pas vraiment aux normes liées au genre.


Kaig Lightner à l'âge de 3 ans. Photo envoyée par lui-même.


Kaig Lightner a commencé à demander aux autres de s’adresser à lui comme s’il était un homme en 2004. Puis il a changé son prénom en 2005. Un an plus tard, il a commencé à prendre de la testostérone (pour les personnes de sexe féminin à la naissance, il est possible de suivre un traitement hormonal pour avoir de la barbe, une voix plus grave ou encore pour ne plus avoir de règles).

Il participe désormais à des ateliers et à des formations sur les droits des transgenres et enseigne à l’Université d'État de Portland. Pour lui, les droits LGBTQ doivent progresser à travers l’éducation et le dialogue, dont fait partie intégrante cette vidéo.


Kaig Lightner a été entraîneur de football pour la première fois à 17 ans. Photo envoyée par lui-même.


Si on s’en tient uniquement à mon apparence, je ressemble à un homme. Personne ne peut savoir que je suis transgenre si je n’en parle pas. Mais il y a plein de personnes transgenres différentes. Le problème, c’est que l’on continue de considérer le genre comme une question binaire. Par exemple, aux États-Unis, je dois toujours indiquer que je suis une femme sur mes papiers… Il faudrait revoir ça, comme plein d’autres choses.




Article écrit en collaboration avec
Catherine Bennett

Catherine Bennett , Anglophone Journalist