Une vidéo, dans laquelle un groupe d’hommes appartenant à la police militaire brésilienne chantent lors de leur entraînement une chanson ultra-violente, est devenue virale sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Alors que les forces de l’ordre sont régulièrement accusées d’abus et de bavures dans le pays, les images interrogent.


"Viser la tête, tirer sans se tromper ", "frapper au visage et tabasser jusqu’à tuer", "arracher la tête, la faire exploser dans l’air", "arracher la peau et briser les os". Ces paroles brutales et agressives sont tirées d’une chanson, vraisemblablement appréciée de la police militaire brésilienne lors de ses entraînements.

Dans une vidéo publiée le 25 mars dernier sur la page Facebook des "Admirateurs de la police militaire de l’État de Paraná", on peut apercevoir une trentaine d’officiers qui l’entonnent en cœur lors d’un footing.

En légende, il est précisé qu’il s’agit d’un bataillon de la ROTAM (bataillon chargé de l’ordre public et de la lutte contre la grande criminalité dans les métropoles) à l’Académie de la Police militaire de Guatupe.



"C’est moi ou on dirait un escadron de la mort ?"

L’uniforme beige, porté par les hommes qui apparaissent sur les images, correspond en effet à celui du bataillon en question et l’inscription ROTAM est lisible sur leur brassard. Vivement relayée depuis le début de la semaine sur les réseaux sociaux et dans la presse brésilienne, la vidéo, vue plus de 200 000 fois, a suscité de nombreuses interrogations.

"Si la police tue, c’est parce qu’elle est mal préparée, c’est ça ?" s’interroge une femme sur Facebook. "Ce sont ces personnes qui 'protègent' la population ?" s’étonne un autre internaute dans un commentaire de réponse à la vidéo, faisant ainsi référence au slogan de la police militaire brésilienne "servir et protéger".


"C’est moi ou on dirait un escadron de la mort ? Quelle est la fonction même de la police militaire ? Je suis sûr que ce n’est pas de tuer, même les criminels. Je pense qu’ils savent qu’il n’y a pas de peine de mort dans notre pays…" peut-on également lire.


D’autres utilisateurs du réseau social ont au contraire encouragé le bataillon, qualifiant les officiers de "héros" ou de "nouveaux guerriers".

Des chants qui existent "partout dans le monde"

Interrogée par le journal local O Globo au sujet de cette vidéo, la police militaire a reconnu l’utilisation de chants agressifs lors des entraînements, tout en affirmant que cela ne "déterminaient pas la formation et la conduite des policiers dans la rue au quotidien". "Ces chansons sont utilisées par les forces de l’ordre au Brésil, mais aussi partout dans le monde" a ajouté le service de communication, assurant que les officiers restaient guidés par le respect "des droits de l’Homme et de la dignité humaine".

La police militaire brésilienne est régulièrement pointée du doigt pour ses méthodes violentes. Selon Amnesty international, la police militaire de Rio de Janeiro aurait tué plus de 1 500 personnes entre 2010 et 2015, dans des circonstances bien souvent troubles. Toujours d’après les chiffres de l’organisation, ces violences sont en constante augmentation et le nombre de morts liées à des opérations policières à Rio a bondi de 416 en 2013 à 920 en 2016. La police militaire de l’État de Paraná avait, quant à elle, notamment attiré sur elle les projecteurs pour avoir réprimé très violemment une grève d’enseignants, faisant une centaine de blessés, en 2015. Ces actes restent bien souvent impunis, à tel point que le 15 mai 2017, la Cour interaméricaine des droits de l’Homme a condamné le Brésil pour l'impunité des policiers impliqués dans deux massacres perpétrés dans une favela de Rio dans les années 1990.