Vingt femmes portant une cape rouge et une coiffe blanche ont fait irruption dans le bâtiment de la législature de l’État du Texas, aux États-Unis, le 9 mai dernier. Un clin d’œil au roman "La servante écarlate" de Margaret Atwood – qui décrit un avenir cauchemardesque pour les femmes – afin de dénoncer les lois anti-avortement débattues actuellement dans cet État.

"La servante écarlate" est un roman de science-fiction écrit par la Canadienne Margaret Atwood, publié en 1985. Il s’agit d’une dystopie – le contraire d’une utopie – puisque ce livre décrit un monde caractérisé par un taux de natalité extrêmement bas, en raison de la pollution, dans lequel les "servantes écarlates" sont les seules femmes fertiles. Chargées d’assurer la reproduction de l’espèce humaine, celles-ci y sont violées de façon institutionnalisée.

Les ventes de ce livre ont augmenté à la suite de l’élection de Donald Trump. Le lancement d’une série télévisée portant le même nom, le mois dernier, a également permis de le redécouvrir.


C’est pour faire un clin d’œil à ce roman que les activistes texanes se sont donc déguisées en servantes la semaine dernière, alors que cinq lois défavorables à l’avortement étaient débattues par les parlementaires dans cet État. L’une d’entre elles propose ainsi de rendre obligatoire la crémation ou l’enterrement de l’embryon ou du fœtus à la suite d’un avortement, tandis qu’une autre restreindrait les fonds publics reçus par les cliniques où sont pratiquées des IVG.


Les activistes ont également porté des pancartes faisant référence aux textes défavorables à l’avortement ayant été votés au Texas depuis 1973, lorsque celui-ci a été autorisé au niveau fédéral.

Photo publiée par Julie Yost sur Twitter.

"Nous voulions mettre les parlementaires mal à l’aise"

Julie Yost est l’une des femmes ayant participé à cette action.

Les "servantes" se sont contentées de regarder le sol en silence, tandis que d’autres activistes ont lu des histoires, qui ont fait pleurer certaines personnes. Par exemple, elles ont relaté l’histoire d’une femme qui voulait avoir un enfant avec son mari. Elle est tombée enceinte, mais on a découvert que le bébé ne pourrait pas survivre à la naissance. Mais elle a quand même dû garder le fœtus jusqu’au terme de la grossesse, car elle était suivie dans un hôpital religieux, qui a refusé d’arrêter la grossesse avant. Du coup, je pense que notre action a eu un impact, même si nous n’étions pas nombreuses.


Actuellement, il existe déjà une loi interdisant l’avortement après 20 semaines de grossesse au Texas [sauf en cas de danger pour la santé ou la vie de la mère, NDLR], alors que l’on peut continuer à détecter certaines anomalies au niveau du fœtus après 20 semaines… Du coup, il y a des femmes qui vont avorter dans d’autres États ou qui mènent leur grossesse à terme, même si le fœtus n’est pas viable…

L’objectif de cette action était donc de montrer aux parlementaires qu’on les garde à l’œil, et de les mettre mal à l’aise. Avec Donald Trump au pouvoir et une Cour suprême de plus en plus conservatrice, il est d’autant plus important d’être vigilant concernant l’avortement.


Photo : Twitter.

Les lois anti-avortement du Texas ont été sous le feu des projecteurs en 2013. Cette année-là, Wendy Davis, à l’époque sénateur, avait parlé durant 11 heures d’affilée, pour faire obstruction au débat et éviter ainsi l’adoption d’une loi controversée. Sa technique avait fonctionné, même si la loi avait finalement été adoptée sous un autre nom quelques semaines plus tard. Résultat : plus de la moitié des centres dans lesquels l’avortement était pratiqué avaient dû fermer. Depuis, la Cour suprême a invalidé cette loi, mais l’immense majorité des services fermés n’ont jamais rouvert.

"Les droits des femmes sont mis à mal actuellement aux États-Unis"

Heather Busby est la directrice exécutive de l’organisation pro-choix NARAL au Texas. C’est elle qui a eu l’idée des costumes de "servantes écarlates" après avoir vu des personnes habillées ainsi à Austin, la capitale du Texas, pour faire la promotion de la nouvelle série télévisée "La Servante Écarlate".

Ces servantes faisaient peur à tout le monde à Austin, donc je me suis dit qu’il faudrait les envoyer à la législature ! C’est ainsi que l’idée est née…


Bien sûr, le roman de Margaret Atwood est extrême, mais on pourrait s’en rapprocher, puisque les droits des femmes sont de plus en plus mis à mal dans ce pays, notamment au Texas, et ça ne date pas de l’élection de Donald Trump. Par exemple, depuis le début de l’année, il y a déjà eu 30 lois qui ont été présentées au Texas pour tenter de réguler ou de restreindre l’avortement… 


Les parlementaires texans tentent de faire passer des lois avant la fin de la session parlementaire, le 29 mai prochain.
Article écrit en collaboration avec
Catherine Bennett

Catherine Bennett , Anglophone Journalist