En Iran, parler de sexe est tabou et les écoles proposent très peu d’ateliers pour l’éducation sexuelle. Pour y remédier, une activiste iranienne a lancé Hamdam, la première application en persan qui fournit des informations sur la santé sexuelle.

Selon un sondage paru en 2015, un peu plus de 33 % des garçons et 27 % des filles âgées de moins de 18 ans ont déjà eu des relations sexuelles avec un partenaire du sexe opposé ou du même sexe. Pour autant, ils ou elles sont très peu à avoir eu à l’école ou à l’université des informations sur la sexualité et sur les risques liées à des pratiques sexuelles.

Des femmes participent à un atelier de l'ONG Ctrl+S sur la santé sexuelle (Photo : Ctrl+S /Facebook)

"Tout ce qui est lié au corps des femmes est tabou"

Partant de ce constant, Soudeh Rad, une activiste iranienne vivant en France, a créé l’application "Hamdam" (signifiant littéralement "Compagnon", comme une application qui accompagne l’utilisateur) pour dire aux filles et garçons iraniens tout ce qu’ils ont toujours voulu savoir sur le sexe, sans jamais oser le demander. L’application a déjà été téléchargée 18 000 fois depuis le 8 mars.

En Iran, tout ce qui est relatif au corps est tabou. Il y a un besoin urgent d’éduquer les femmes à la santé sexuelle… j’ai pensé donc qu’une application serait le meilleur moyen, car la population iranienne est plutôt jeune, et beaucoup passent des heures sur leur téléphone [selon les statistiques officielles, 23,5 millions d’Iraniens ont Internet sur leur téléphone, pour une population totale de 80 millions d’habitants, NDLR].

Les femmes peuvent utiliser l'application pour noter leur règles et la durée de chaque cycle (Photo fournie par Soudeh Rad).

"Quand les femmes commencent à connaître leur corps, elle peuvent commencer à prendre le contrôle de leur vie"

Les femmes peuvent utiliser cette application pour enregistrer leur cycle menstruel, et indiquer quel est leur état d’esprit du moment. En comparant les deux, elles peuvent mieux comprendre la relation entre la fatigue, et ce que leur dit leur corps. Et lorsqu’une femme connait son corps, elle peut mieux prendre le contrôle de sa propre vie. Par exemple, elle peut mieux gérer sa vie sexuelle, et éviter des grossesses non désirées.

Hamdam donne beaucoup de conseils sur les méthodes contraceptives, mais aussi sur les maladies sexuellement transmissibles. Les filles peuvent aussi savoir quels sont les signaux du corps qui nécessitent immédiatement d’aller voir un docteur. Par exemple, elle donne des conseils sur comment examiner régulièrement sa poitrine pour déceler tout signe de cancer du sein.


“Nous expliquons aux femmes ce qu’est la violence domestique, même au sein du mariage”

Même si les médias iraniens commencent à expliquer pourquoi il faut faire des examens réguliers, ils ne donnent pas de conseils sur les signes avant-coureurs [chaque année, 10 000 femmes iraniennes sont diagnostiquées avec un cancer du sein].

Enfin, nous avons également une section qui explique les droits de base des femmes, et leurs droits au sein du mariage. Par exemple, nous expliquons ce qu’est la violence domestique et ce qu’il faut faire si elles en sont victimes, particulièrement en cas de viol. C’est pour cela que nous avons un bouton spécial dans l’application pour être mis en contact avec une hotline d’urgence.

"En Iran, nous avons vraiment besoin de mesures préventives"

Le docteur Omid Zamani est chercheur et travaille sur l’état des maladies sexuellement transmissibles en Iran. Selon lui, ce genre d’application répond au manque de connaissances sur la santé sexuelle.

Selon les études menées par des chercheurs, seulement 25 % des Iraniens déclarent avoir suffisamment d’information sur leur vie sexuelle et les maladies sexuellement transmissibles.

Le peu d’ONG qui travaillent sur le sujet se concentrent sur des sujet très spécifiques et des populations à risques, comme les travailleurs ou les accros au sexe. Par ailleurs, ils travaillent principalement avec des gens qui sont déjà victimes de leur manque de connaissance en matière sexuelle : des femmes qui sont tombées enceintes sans le vouloir ou qui ont attrapé le sida. Ce qu’il manque vraiment, ce sont des mesures préventives, dès le plus jeune âge.

Le besoin est d’autant plus important dans les populations les plus pauvres, qui ont tendance aussi à être plus conservatrices, et qui ont une aversion pour les conversations autour du sexe. Heureusement, j’observe des améliorations : des petites ONG comme "Ctrl+S" ont commencé à organiser des ateliers dans ces milieux défavorisés. Mais le problème, c’est que c’est assez difficiles pour ces organisations de trouver des financements.

L'ONG Ctrl+S organise un atelier sur l'éducation sexuelle, chose rare en en Iran (Photo: Ctrl+S / Facebook)

Le genre d’initiatives comme Hamdam peut être utile mais elle doit vraiment avoir une diffusion large et être téléchargée massivement. Une chose qui me donne de l’espoir, c'est que le niveau moyen d’éducation augmente en Iran, notamment chez les femmes [54 % des étudiants à l'université sont des femmes en Iran].

Un atelier organisé par Ctrl+S dans une mosquée près de Tehran. (Photo : Ctrl+S / Facebook)





Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste