Une association américaine propose aux femmes ayant subi une mastectomie une alternative aux prothèses en silicone : des seins tricotés la main, réalisés bénévolement à l’initiative d’une Américaine.

Les prothèses en silicone peuvent être chaudes, lourdes, collantes et très chères, estime Barbara Demorest, la fondatrice de l’association Knitted Knockers ("Nichons tricotés" en français – en anglais le nom a une sonorité amusante, d’où le choix du mot "nichon"). Les prothèses tricotées sont légères et suffisamment douces pour être en contact avec les cicatrices et les points de suture, et gratuites.

Le site de l’association liste les tricoteurs volontaires, aujourd’hui répartis dans le monde entier, qui envoient gratuitement les prothèses aux femmes qui les ont commandées en ligne.

Barbara Demorest avec une pile de "nichons tricotés" sans rembourrage. Photo envoyée par notre Observatrice.

Barbara Demorest s’est inspirée de sa propre expérience pour lancer cette association. Elle a subi une mastectomie unilatérale (un seul sein est retiré) en 2011 et a très mal vécu le fait de ne pas pouvoir effectuer de reconstruction mammaire à cause de complications médicales.

Il lui a par ailleurs été dit qu’elle ne pourrait rien mettre sur ses cicatrices pendant six semaines. Son médecin lui a alors dit avoir entendu parler d’une petite initiative locale produisant des prothèses tricotées, mais qu’il n’en ait jamais vu lui-même. Barbara en parlé à une amie tricoteuse, qui lui a proposé d’en fabriquer quelques-uns.

Un groupe de tricot. Photo envoyée par notre Observatrice.

"Je peux faire un câlin sans être gênée"

Une semaine après mon opération, je me suis aventurée dehors pour la première fois. J’ai mis une veste ample et une chaussette dans mon soutien-gorge. J’étais très gênée. Quand j’ai vu mon amie, elle m’a donné un sac plein de "nichons tricotés". Je suis allée dans la salle de bain pour en mettre un. C’était doux, léger et joli. En plus, je pouvais le glisser dans mes soutiens-gorge habituels, pas besoin de mettre ces hideux sous-vêtements spéciaux pour vieilles dames. Après ça, franchement, j’ai repris goût à la vie. Je pouvais serrer quelqu'un dans mes bras sans être gênée.

Je me suis ensuite dit que d’autres femmes devraient être au courant. Mon médecin a accepté de distribuer des prothèses de ce genre à ses patients. C’était il y a cinq ans et demi.

Barbara n’est pas à l’origine de cette idée, elle a discuté avec celle qui avait publié les premiers modèles de tricot en ligne et lui a demandé si elle pouvait prendre le relai, cette dernière a accepté. Knitted Knockers était né.

Des sacs de “nichons tricotés” prêts à être expédiés. Photo publiée sur la page Facebook de Knitted Knockers.

Barbara a d’abord mis en place des groupes de volontaires qui apportaient leur propre laine pour donner les prothèses aux cliniques et hôpitaux locaux. Mais la demande locale était telle qu’elle a créé un site et une page Facebook, où elle publie gratuitement des modèles de tricot.

Des "nichons" envoyés en Afghanistan ou au Cambodge

De là, l’organisation s’est développée. Il y aujourd’hui 250 groupes aux États-Unis et dans 14 autres pays. L’association envoie plus de mille "nichons" chaque mois, certains jusque dans des pays comme l’Afghanistan, le Cambodge ou les Philippines.

Une “filiale” à Singapour présente le concept dans un hôpital. Photo publiée sur une page Facebook.

Ça fonctionne assez simplement : les gens peuvent rejoindre un groupe de tricot local ou s’inscrire en ligne pour devenir des "tricoteurs solitaires" au service de l’association. Les bénévoles fournissent leur propre laine. Ils envoient leurs confections à l’organisation qui les remplit de rembourrage et les expédie dans un colis avec une housse et un mode d’emploi. L’association survit uniquement grâce à des dons, versés majoritairement sur le site.

Une “soirée rembourrage” organisée par Knitted Knockers. Photo envoyée par notre Observatrice.

"Un lieu où les femmes peuvent s'exprimer"

Une chose que je n’avais pas prévue, c’est qu’en offrant ces prothèses à des femmes partout dans le monde, on a créé un lieu très protégé où les femmes peuvent s’exprimer, parler de leur histoire. Les gens expliquent longuement ce qui leur est arrivé, leurs difficultés, et je pense que nombre d’entre nous ont beaucoup souffert en silence.

Selon l’American Cancer Society, le cancer du sein est la deuxième cause de décès chez les femmes. L’ONG BreastCancer.org affirme qu’une femme sur huit aux États-Unis sera touchée par le cancer du sein au cours de sa vie.

Des femmes au Rwanda comparent un “nichon tricoté” et une prothèse classique. Photo publiée sur Facebook.

L’association est partie en Afrique de l’Est en 2016, après avoir été contactée par la Breast Cancer Initiative East Africa, qui voulait apprendre à fabriquer les "nichons tricotés". Barbara et d’autres femmes de l’association ont récolté suffisamment de fonds pour financer leur voyage au Rwanda, où elles ont formé 30 femmes. Elles ont aussi rencontré les responsables locaux d’hôpitaux et de cliniques pour leur parler de leur projet. Elles leur ont proposé de payer des tricoteurs pour leurs confections, afin de proposer une alternative aux prothèses classiques.

Barbara Demorest rencontre le Réseau des femmes rwandaises. Photo publiée sur Facebook.


Une tricoteuse montre à des femmes rwandaises comment confectionner un “nichon tricoté”. Photo publiée sur Facebook.


Article écrit en collaboration avec
Catherine Bennett

Catherine Bennett , Anglophone Journalist