Le Canada séduit de nombreux candidats à l’immigration sur le continent africain, à la recherche d’une bourse pour étudier ou d’un contrat de travail. Le pays bénéficie de plusieurs dispositifs favorisant immigration et entretient l’image d'une nation "accueillante". À tel point que les faux programmes d'immigration se multiplient sur Internet. Ces arnaques sont bien rôdées et souvent difficiles à attaquer en justice. Mais quelques réflexes permettent de les repérer.

Publicités trompeuses, contrats de location factices, faux sites commerçants… Les escroqueries pullulent sur le Web. Et elles sont parfois difficiles à repérer. L’un de nos Observateurs au Gabon, Albert (pseudonyme), a fait les frais d’un programme d’immigration frauduleux pour le Canada au début du mois d’avril.

Albert a d’abord été interpellé par une annonce circulant sur les réseaux sociaux concernant le "Programme canadien pour la promotion du développement durable" (PCPDD) proposant aux ressortissants étrangers de bénéficier d’un visa et d’un contrat de travail pour le Canada. Il raconte à France 24 avoir suivi les modalités de candidature en envoyant un dossier comprenant son CV, une lettre de motivation et ses documents d’identité.

Capture d'écran effectuée le 21 avril 2017 du site qui a arnaqué notre Observateur Albert.

Des arnaques bien rodées

Quelques jours plus tard, il a reçu une "attestation d’admission" au programme ainsi qu’une demande de règlement de frais de dossier s’élevant à 379 euros. D’après les documents qu’il a transmis à la rédaction des Observateurs de France 24, cette somme devait être versée via Western Union à un particulier en France. Sauf qu'Albert n’a jamais reçu ni son visa, ni son contrat de travail, bien qu’il ait payé. Et quatre jours après le premier paiement, un autre courriel lui a été envoyé lui demandant cette fois-ci de verser une "caution" de 655 euros. Dubitatif, il a alors pris contact avec l’ambassade du Gabon au Canada, qui lui a confirmé que le programme en question… n’existait pas.


Pourtant, Albert n’y avait vu que du feu :

"Je ne m'attendais pas à ce que quelqu'un en France m'escroque"

Le nom de domaine du site finissait par ".ca", comme la majorité des sites du gouvernement canadien. Même chose pour l’adresse e-mail. Tous les messages que j’ai reçus étaient bien écrits et la procédure semblait cohérente. Quand j’ai reçu une "attestation de réussite" à mon nom, ainsi qu’une demande de remboursement de frais de dossier, j’ai d’abord été étonné parce que cela n’était pas indiqué sur l’annonce. Mais, j’ai vu que le destinataire de l’argent était en France et ça m’a rassuré. En Afrique, on voit souvent circuler des annonces avec des demandes d’envois d’argent vers le Bénin ou la Côte d’Ivoire, et on sait qu’il s’agit d’arnaques. Je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un en France m’escroque.

Sur Internet, le site signal-arnaque.com indique que le "Programme canadien pour la promotion du développement durable" est une possible arnaque. Plusieurs internautes le confirment dans la section commentaire. "Je viens d’avoir la confirmation de l’ambassade du Canada en RD Congo, cette organisation PCPDD n’existe pas", peut-on lire. D’autres personnes ont copié-collé le message qu’ils avaient reçu, leur demandant de l’argent : il s’agit du même que celui qui a piégé Albert.

La rédaction des Observateurs de France 24 a également pu entrer en contact avec une autre victime de cette arnaque, qui assure avoir vu circuler cette annonce sur des pages Facebook tunisiennes de recherche d’emploi, pourtant habituellement plutôt sérieuses selon elle.


"Ces arnaques s'inspirent de programmes qui existent"

Contacté par France 24, l’ambassadeur du Gabon au Canada, Sosthene Ngokila, assure que ces arnaques sont de plus en plus fréquentes.

En un an, j’ai été contacté pour une dizaine de cas de ce type. Mais il y a certainement bien plus de personnes arnaquées. Il ne s’agit pas toujours du même "programme", mais le fonctionnement est identique : des propositions de visa avec bourse pour étudier, ou de visa avec contrat de travail. Ces annonces existent surtout pour le Canada, parce que c’est une destination prisée et que de nombreux ressortissants étrangers voient le Canada comme un pays accueillant, avec une politique d’immigration favorable. La force de ces arnaques c’est qu’elles s’inspirent souvent de programmes qui existent et reprennent les appellations officielles. Par ailleurs, il n’y a pas beaucoup d’ambassades du Canada sur le continent africain. Par exemple, au Gabon, si ce type d’arnaque concernait la France, au moment où il faudrait payer les gens se rendraient plus facilement à l’ambassade de France à Libreville. Avec le Canada, c’est plus difficile à vérifier.

Comment repérer les faux programmes d’immigration ?

Si ces arnaques sont bien ficelées, quelques indices appellent à la vigilance. La page ne renvoie par exemple à aucun site du gouvernement canadien. Et pour Sosthene Ngokila, il a certains réflexes à avoir lors d’une candidature à un programme d’immigration :

Les règlements de frais de dossier pour des visas ne se font pas via un autre pays [comme c’est ici le cas avec une adresse en France]. Il faut toujours prendre contact avec l’ambassade du pays de destination et il est recommandé de faire au préalable quelques recherches simples sur Internet, notamment sur les forums, pour voir si le site consulté a été signalé comme une arnaque potentielle.

Sur son site officiel, le gouvernement canadien met également en garde contre les fraudes à l’immigration et indique que "personne ne peut vous garantir un emploi ou un visa au Canada" et que les seuls agents habilités à délivrer un visa, qui se trouvent dans les ambassades, les hauts commissariats et les consulats, ne demanderont "jamais de virer des fonds par l’entremise d’un service privé de virements de fonds entre particuliers".

Se faire justice ? "Il n'y a que très peu de possibilités de poursuite"
Ces vérifications sont d’autant plus importantes qu’une fois l’argent envoyé via Western Union, il est impossible de faire marche arrière et les modalités de poursuite sont très compliquées. Pour Stéphane Bonifassi, avocat français spécialisé en criminalité financière internationale, ce type d’escroquerie est en ce sens très "habile".

Il n’y a que très peu de possibilités de poursuite. D’abord parce qu’il faut essayer de trouver les auteurs et ça n’est pas simple. Et même si on les trouvait, dès lors qu’on a perdu 300 euros, l’énergie, le temps et les moyens qu’on va dépenser excèderont largement la somme perdue. C’est une escroquerie très habile parce qu’il n’y a pas grand-chose à faire. Si les faits se sont bien produits en France, on peut déposer plainte auprès du procureur de la République et espérer qu’une enquête pénale puisse être ouverte. Mais les fraudes de ce type sont nombreuses et les autorités chargées de les poursuivre débordées. Enfin, même si on retrouve les coupables, il est possible que l’argent ait déjà été dépensé et qu’il soit impossible de le récupérer.

L'arnaqueur se défend d'arnaquer

Contacté par France 24, l’un des gérants du site du "Programme canadien pour la promotion du développement durable" a assuré n’arnaquer "personne". "Qui a une preuve que nous arnaquons ? Si nous étions une entreprise frauduleuse, pourquoi notre site est-il toujours en ligne ?", a répondu l’homme au bout du fil, sans vouloir se présenter. Celui-ci a également fait valoir que son entreprise était en "partenariat avec Western Union et MoneyGram", sans indiquer à France 24 dans quelle mesure il serait possible de le prouver. Selon lui, de l’argent est, en effet, récupéré en France, à Paris, par des correspondants "officiels". Interrogé sur l’identité de ces personnes et l’adresse de leur bureau à Paris, il a raccroché brutalement.
immigration /  Canada /  Afrique /  France /  Finance