À 30 ans, Oscar Ekponimo a réalisé un de ses rêves d’enfant : mettre au point un système permettant de lutter contre la faim dans les familles les plus pauvres au Nigeria. Ingénieur de formation, il a lancé l’application Chowberry, qui permet de mettre en relation des associations humanitaires avec des magasins d’alimentation. Le but : les faire bénéficier de réductions sur les produits en voie de péremption, pour pouvoir ensuite les redistribuer.

Au Nigeria, environ 4,7 millions de personnes ont un besoin urgent d’aide alimentaire, dont 1,4 million sont en situation d’urgence et 43 000 de quasi-famine, selon les dernières données sur l’insécurité alimentaire du gouvernement et de l’ONU.

Durant son enfance, Oscar Ekponimo a lui-même souffert de malnutrition. En grandissant, il a fait de la lutte contre la faim son combat et a eu une idée : celle créer une application qui permettrait à des organisations humanitaires d’acheter à bas coût des produits sur le point d’atteindre leur date de péremption dans les supermarchés. Il se lance dans la conception de son projet en 2013, après des études d’ingénieur informatique à Abuja, la capitale.

"L'application aide les commerçants à gérer leurs stocks"

Ce projet, j’y pense depuis très longtemps, notamment parce que j’ai souffert de la faim pendant mon enfance, à une période où mon père ne travaillait plus. C’était une expérience qui m’a affectée physiquement, mais aussi physiologiquement. Je me rappelle avoir dû plusieurs fois demander quelque chose à manger à mes amis à l’école. J’aimerais vraiment que personne n’ait à vivre ça.

L'application permet d'acheter des produits alimentaires à bas coût. Crédit : Chowberry/Rolex/Tomas Bertelsen.
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J’ai mis trois ans à développer cette application. J’ai d’abord commencé à travailler seul, en faisant une longue période de recherche. Je suis allé rencontrer des associations ayant des programmes d’aide alimentaire pour leur demander ce qui pourrait les aider. Je suis également allé voir des commerçants. Au début, quand je leur expliquais mon projet, ils n’étaient pas forcément intéressés. Mais en discutant avec eux, je me suis rendu compte que beaucoup n’avaient pas de système permettant de recenser les dates de péremption d’un produit. Ils n’ont donc aucune stratégie pour éviter les pertes !

Une vingtaine de magasins travaillent avec Chowberry à l'heure actuelle. Crédit : Chowberry/Rolex/Tomas Bertelsen.

"Le but est de vendre les produits 70 % moins cher"

J’ai donc façonné mon application de manière à ce qu’elle puisse aussi les aider à gérer leurs stocks. Grâce à Chowberry, ils peuvent savoir en temps réel quand leurs produits vont expirer, ce qui leur permet de mieux s’organiser. Pour le moment, 20 magasins, des petites épiceries comme des supermarchés, travaillent avec notre application à Lagos et Abuja. Les produits vendus dans le magasin sont entrés dans une base de données, et ensuite, dès qu’on approche de la date de péremption, ils sont mis en vente via l’application à coût réduit.

L'application permet également aux commerçants de ne pas gaspiller de la nourriture. Crédit : Chowberry/Rolex/Tomas Bertelsen.

Le but est de vendre les produits 70 % moins cher. Trois associations locales sont en partenariat avec Chowberry, elles achètent les produits à prix réduit pour ensuite les redistribuer à des familles dans le besoin. Nous allons bientôt lancer une version publique de notre application, qui permettra à n’importe qui de commander des produits avec réduction. Mi-mars, je suis allé sur le terrain, avec les associations partenaires pour voir dans quelle mesure notre application est efficace. J’ai rencontré une femme qui avait six enfants et vivait avec 400 nairas par semaine, ce n’est même pas 1 euro… Grâce à Chowberry, des associations lui délivrent des produits de qualité.

"Nous espérons convaincre d'autres supermarchés de travailler avec nous"

Oscar Ekponimo a commencé à développer l'application Chowberry avec ses fonds propres. Mais en 2016, il a reçu le prix Rolex Awards for Entreprise, qui récompense à hauteur de 46 000 euros des initiatives permettant d’améliorer le quotidien. Selon les organisateurs du prix, l’application avait permis, trois mois seulement après son lancement, d’aider 300 personnes, dont près de 150 enfants en situation de vulnérabilité. Le jeune ingénieur espère maintenant développer son projet.

Pour le moment, notre application est gratuite pour les supermarchés, comme pour les ONG. Mais nous espérons développer un système pour faire payer les commerçants qui l’utilisent, dans la mesure où celle-ci leur permet d’éviter considérablement les pertes. Nous espérons également convaincre d’autres supermarchés de travailler avec nous : j’aimerais pouvoir mettre en place cette application dans d’autres régions du pays, voire même l’exporter à d’autres pays où elle pourrait être utile.

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet