Quel est le point commun entre la luxueuse "Casa Blanca" ("Maison Blanche"), la tour "Estela de Luz" ou encore le siège de la Sécurité sociale ? Situés dans la capitale mexicaine, tous ces bâtiments sont des exemples concrets de la corruption qui gangrène le pays, selon les bénévoles qui organisent des circuits gratuits pour les visiteurs afin de leur montrer ces différents endroits. L'objectif de ces "corruptours" : dénoncer le phénomène de façon pédagogique.

Selon la Banque du Mexique et la Banque mondiale, le coût de la corruption dans ce pays représente l’équivalent de 9 % de son PIB, ce qui correspond à 80 % des impôts collectés au niveau national. En outre, 95 % des actes de corruption ne seraient pas sanctionnés.

Selon l’index de perception de la corruption de l’ONG Transparency International, le Mexique était situé au 123e rang sur 176 pays en 2016, soit une perte de cinq points par rapport à l’année précédente, malgré l’adoption récente d’une réforme constitutionnelle visant à lutter contre ce fléau.

Afin de mieux informer les citoyens à ce sujet, des Mexicains – architectes, avocats, défenseurs des droits de l'Homme, etc. – ont commencé à organiser des "corruptours" à Monterrey, la capitale de l'État du Nuevo León (nord-est), fin 2014. Le principe : montrer des endroits touchés par des affaires de corruption aux visiteurs, en circulant en bus. Ces circuits ont été réalisés jusqu’aux élections législatives de juin 2015. Ils ont ensuite décidé de réitérer le projet dans la capitale, en utilisant le même bus qu’à Monterrey. Depuis février, des bénévoles proposent donc un circuit tous les dimanches, à 15 h et à 17 h.

Utilisé à Monterrey dans le passé, ce bus circule désormais à Mexico pour montrer les lieux emblématiques de la corruption. Photo publiée sur la page Facebook Corruptour.

Une vidéo revenant sur l’affaire de la tour "Estela de Luz". Vidéo diffusée sur la page Facebook Corruptour.

"Parfois, les gens n’ont pas conscience que certains comportements correspondent à de la corruption"

Patricia de Obeso González est l’une des bénévoles du "corruptour". Elle travaille par ailleurs au sein de l’Institute for Economics and Peace.

Nous avons lancé ce projet car la corruption nous coûte très cher tous les ans, sans compter que c’est un problème transversal, touchant tous les secteurs de la société : les partis politiques, les entreprises, les politiques publiques, etc.

Nous avons choisi d’aborder ce sujet de façon originale pour que les gens nous écoutent, même s’ils savent déjà qu’il y a de la corruption dans le pays. Cela dit, ils n’ont pas toujours conscience que certains comportements correspondent à de la corruption, par exemple lorsque des pots-de-vin sont versés pour obtenir des faveurs.

Lors de nos tours, nous passons devant dix endroits emblématiques de la corruption. Nous pouvons emmener une trentaine de personnes à chaque fois : il y a des touristes péruviens, argentins, vénézuéliens ou encore espagnols, mais aussi des Mexicains. Ils peuvent écouter des commentaires audios, mais il y a également toujours un bénévole pour répondre à leurs questions.


Cette femme pose une question à l’un des bénévoles du "corruptour". Photo publiée sur la page Facebook Corruptour.


L’intérêt de ce tour, c’est qu’il suscite la réflexion. Par exemple, les gens nous demandent ce qu’ils peuvent faire pour lutter concrètement contre la corruption. Parfois, ils se sentent également responsables : ils disent qu’ils devraient davantage dénoncer ce problème, ne pas voter pour des politiciens corrompus, ne pas verser de pots-de-vin aux policiers…

Initialement, nous avions prévu d’arrêter de faire ces circuits en avril, mais nous allons essayer de les poursuivre.


Parmi les dix endroits montrés lors du "corruptour", figure la "Casa Blanca", une luxueuse résidence remise à la femme de l’actuel président Enrique Peña Nieto par une entreprise du groupe Higa. Dirigé par un proche du président, ce groupe avait obtenu d’importants contrats de la part des autorités au préalable. Cette affaire avait provoqué un énorme scandale en 2014. Le tour comprend également un passage devant la tour "Estela de Luz" : construite en 2010 pour le bicentenaire de l’indépendance, elle avait coûté 59 millions d’euros, soit beaucoup plus que le budget prévu initialement, ce qui avait bénéficié à une compagnie en particulier. Autres endroits : le siège de la Sécurité sociale, accusé d’acheter les médicaments à un prix gonflé artificiellement ou encore une station de métro, mal construite en dépit d’un budget initial conséquent...


Une vidéo revenant sur l’affaire de la "Casa Blanca". Vidéo diffusée sur la page Facebook Corruptour.
 
Le bâtiment de la Sécurité sociale. Photo publiée sur la page Facebook Corruptour.

Cette sculpture en rouge représente le chiffre 43, en référence aux 43 étudiants de l’École normale rurale d'Ayotzinapa
disparus en septembre 2014 (État de Guerrero). Cette affaire, qui n’a toujours pas été élucidée, est emblématique des liens existant entre les autorités locales, les forces de sécurité et le narcotrafic. Photo publiée sur la page Facebook Corruptour.



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone