Tuée et brûlée à 17 ans pour avoir essayé de fuir un mariage forcé. Tuée à 18 ans avec sa mère parce que suspectée d’avoir avorté. Abattue à 19 ans par son mari qui affirmait qu’elle n’était pas vierge. Ces trois crimes "d’honneur" ont eu lieu en l’espace de trois semaines dans la province de Ghor, au centre de l’Afghanistan. Notre Observatrice raconte.

Ghor est une province montagneuse reculée, située à 400 kilomètres à l’ouest de la capitale Kaboul. Les Talibans et autres groupes armés y sont actifs, alors que la présence de l’État est faible. Elle fait aussi partie des provinces les moins développées du pays : les mariages d’enfants sont courants et les crimes "d’honneur" -– souvent de femmes essayant de fuir des mariages forcés – sont fréquents.

Pour pouvoir se marier, la loi afghane prévoit un âge minimum de 16 ans pour les filles et de 18 ans pour les garçons. Mais notre Observatrice affirme que, dans les villages reculés de Ghor, cette législation est rarement respectée. Dans la province, le mariage d’une petite fille de 6 ans à un mollah de 55 ans avait suscité une vague d’indignation dans le monde entier.

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"Ici, c’est facile de tuer des femmes"

Masooma Anwari, activiste de longue date pour les droits des femmes, a été nommée par le gouvernement central à la tête de la direction de la Condition féminine de la province.

Il y a environ trois semaines, Bibigol, 19 ans, a été abattue par son mari et la famille de ce dernier dans le district de Shahrak. Quand elle avait 14 ans, elle a été forcée de se marier à un garçon de 13 ans. Parce qu’ils étaient encore adolescents, ils n’ont pas eu de rapports sexuels. Mais, il y a trois semaines, son mari lui en a réclamé un pour la première fois. Il a affirmé qu’elle n’était pas vierge. Après des disputes entre les deux familles, les chefs tribaux ont ordonné son exécution. Elle a été abattue de sang-froid sur une colline.
 
Le 3 avril, des photos de corps calcinés ont été publiées sur Facebook par des activistes locaux. Les cadavres d’un homme et d’une femme ont été découverts dans un ravin, près d’un village du district de Du Layna.
 
Le corps calciné de Soraya, photo publiée sur Facebook par des activistes locaux, floutée par France 24.

Ce corps calciné est celui de Soraya, une jeune femme de 17 ans qui vivait à Du Layna. Alors qu’elle s’échappait avec un cousin, ils ont tué son mari. Les deux sont allés au domicile de la mère de Soraya, dans un autre village. Mais les frères du mari tué les ont suivis et les ont tués tous les trois pour venger l’honneur de leur famille. Ils ont ensuite brûlé le corps de Soraya. Nous avons demandé à la police d’arrêter les frères du mari, mais ils nous ont dit que c’était impossible puisqu’ils s’étaient réfugiés dans un territoire contrôlé par les Talibans. La police a déclaré qu’elle ne pouvait rien faire.

Quatre jours plus tard, Mahansar, une célibataire de 18 ans, et sa mère Tabarrok, 45 ans, ont été tuées sur ordre des chefs tribaux dans le district de Dawlat Yar. Ils affirmaient que la jeune femme était tombée enceinte et qu’elle avait avorté. Mais rien n’indiquait qu’elle était tombée enceinte. Ici, c’est facile de tuer des femmes.

"Les gens pensent que les assassins défendent leur honneur"

Ghor est un no man’s land. Les gens sont pauvres et non instruits. La culture de la violence et des armes est très  installée. La population vit dans la peur. La peur des puissants chefs tribaux, qui sont souvent impliqués dans le trafic de drogue et les groupes de Talibans.

Personne n’est en sécurité, mais les femmes sont les plus vulnérables. Nombre d’entre elles sont forcées de se marier quand elles sont encore des enfants, vers leurs 10 ans et parfois plus jeunes. Quand elles grandissent elles veulent quitter la vie misérable dans laquelle elles ont été jetées de force. Et quand elles essayent, elles deviennent souvent les victimes de crimes d’honneur perpétrés par les hommes de leur tribu. Pour les coupables, il est facile d’échapper à la police en se réfugiant dans les régions gérées par les Talibans.

En Afghanistan, les gens parlent de femmes tuées lors de crimes d’honneur. Mais ils ne parlent pas de celles qui choisissent de mettre fin à leurs jours à cause d’une situation insupportable. Souvent, elles se suicident en avalant de la mort-aux-rats ou en s’immolant par le feu.

En travaillant avec le ministère des Affaires religieuses, chargé des mosquées, nous essayons de changer cette culture de la violence. Nous essayons de convaincre les imams locaux qu’il faut condamner les violences faites aux femmes dans notre région. Mais il faut du temps pour changer des attitudes aussi profondément enracinées.


Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste