L’université de Mossoul a été reprise aux combattants de l’organisation Etat islamique le 18 janvier dernier. Sérieusement endommagés dans les combats, les bâtiments sont aujourd’hui impraticables et la bibliothèque manque de de centaines de milliers de livres. Depuis quelques jours, étudiants et enseignants ont entamé une course contre la montre pour assurer la rentrée de septembre.

L’armée irakienne contrôle, depuis le 18 janvier 2017, la totalité des quartiers est de Mossoul, partie de la ville où est située l’université. L’EI a toutefois toujours ma main sur les zones ouest. Les deux parties de cette grande métropole irakienne sont séparées par le Tigre, fleuve qui s’est transformé en ligne de front.

L’université de Mossoul est l’une des plus grandes et des plus réputées d’Irak, avec ses 22 départements, ses sept centres de recherches, des centres hospitaliers, des musées et une imposante bibliothèque. Elle accueillait chaque année 30 000 étudiants.

Les jihadistes de l’EI avaient fermé le campus quand ils avaient pris le contrôle de la ville en juin 2014, et en avaient fait l’un de leurs principaux QG.

Aujourd’hui, et malgré les tirs de mortier qui continuent de s’abattre sur la zone, les étudiants tiennent à ce que les cours universitaires reprennent les plus rapidement possible.

"Une mine cachée dans une poubelle a tué un étudiant"

Séif Mohesen est étudiant en traduction à la faculté de lettres de l’université de Mossoul. Il fait partie groupe d’étudiants qui se sont portés volontaires pour mener des opérations de nettoyage.

Nous avons lancé cette campagne il y a un mois, avec de périodes de coupures quand les tirs de mortiers des jihadistes postés sur la rive ouest s’intensifiaient.

Jusqu’ici, nous avons pu nettoyer plusieurs départements, notamment ceux de droit, sciences, ou chimie. Plus de 100 bâtiments ont été endommagés par les bombardements de la coalition. Nous avons surtout déblayé les gravats de ces bâtiments. Si la plupart équipements sont restés intacts, les réseaux d’eau et d’électricité n’ont pas encore été réparés.
Diaporama photo montrant les volontaires qui nettoient les locaux de l'université de Mossoul. Facebook.

"Un vrai élan"

Il y a un vrai élan autour de cette campagne. Plus de 400 volontaires se relaient dans les différentes départements, l’ambiance est excellente. Mais, il y a une certaine inquiétude car un drame peut survenir à tout moment.

Jeudi dernier [6 avril 2017], une mine dissimulée dans une poubelle a explosé alors qu’un groupe d’étudiants étaient en train de nettoyer une des salles de la faculté d’architecture. Un étudiant est mort et trois autres ont été blessés. Quelques jours plutôt, un tir de mortier s’était abattu sur un maçon qui était en train de réparer un des murs du campus. Il est malheureusement décédé.
Des volontaires nettoient le gymnase de l'université de Mossoul. Facebook.

Mais nous restons tout confiants, il le faut. Et nous espérons que l’université sera prête pour la rentrée prochaine et que les étudiants de Mossoul qui se sont exilés dans d’autres universités à travers le pays quand la ville était sous le contrôle de l’EI, pourront revenir étudier chez eux.

500 000 livres partis en fumée

Au cours des combats entre l’armée irakienne et les jihadistes de l’EI, la bibliothèque de l’université de Mossoul a également été réduite en cendres, et avec elle un patrimoine de 500 000 ouvrages. Ghassan Al Shalach, un jeune activiste d’une association promouvant l’éducation à Ninive, ne voulait pas rester les bras croisés devant cette catastrophe. Il a lancé une campagne de collecte de livres pour l’université.

J’ai profité de l’organisation d’un salon du livre récemment à Bagdad pour lancer cette campagne. J’avais fait un montage photo "avant-après" de la bibliothèque de Mossoul et j’ai fait le tour des maisons d’édition pour leur demander de donner des livres. Beaucoup ont accepté. Un éditeur a même fait don de 18 cartons, chacun contenant 500 ouvrages, notamment des livres et des revues scientifiques et des romans.

Image "avant-après" de la bibliothèque de l'université de Mossoul. Photo envoyée par notre Observateur.


La famille d’un professeur d’université décédé récemment, a elle accepté de faire don de sa bibliothèque à l’université. Soit plus de 350 livres, dont des thèses de mémoire de diverses disciplines, comme les mathématiques, la psychologie, les sciences de l’éducation.
Notre Observateur nous a envoyé ces photos, où on le voit en train de ranger les livres qu'il a pu récolter.

Pour l’instant, il n’y a pas une instance officielle à qui remettre ces livres.

J’ai donc confié ces livres à une ONG de défense de la liberté d’expression, l’Institut Guerre et Paix. L’ONG remettra ces livres à l’université, dès qu’elle sera réhabilitée et qu’un directeur sera nommé.