Une vidéo montrant une enseignante gifler une élève, dans la cour d’une école d’Antananarivo, a choqué de nombreux Malgaches – dont le ministre de l’Éducation nationale – à la suite de sa diffusion sur les réseaux sociaux, lundi 3 avril. Pour notre Observateur, ces images ne sont pourtant pas surprenantes, dans un pays où la maltraitance des enfants reste monnaie courante, bien qu’elle soit interdite.

Dans cette vidéo, on entend l’enseignante crier, tout en giflant l’élève : "'Par amour pour toi'… C'est ça que tu es venue faire ici ? Et tu prétends vouloir passer le bac ?" Elle demande ensuite aux élèves de se mettre "à genoux" avec "les mains sur la tête". Ces derniers s’exécutent alors.

Puis elle continue à crier : "Que personne ne bouge de là avant midi. Vous allez voir ce que vous allez voir, ça ne sera pas votre seule punition. La prochaine fois, ça sera cinq mois de mise à pied. Vous voulez passer le bac et vous dites 'par amour pour toi' ! En plus, personne ne prend en note le cours que je vous donne". Elle insulte également un élève.

Efa ts rariny tsony le ataonle prof😈😈😠😠😬 Anarina sy saziana ny ankizy fa ts daroka alika toizao😠😠 Ita tany hoany de zaraina ! ! !... hevitrareo??

Posted by Minou DelestaZy on Monday, April 3, 2017
Vidéo partagée sur Facebook par
Minou DelestaZy.

Ces faits se sont déroulés lundi matin, à l’Institution La Croyance, un établissement privé situé dans le quartier Anjanahary de la capitale malgache. Très rapidement, une internaute a relayé une vidéo de la scène sur Facebook. Contactée par France 24, elle a affirmé que les images avaient été tournées par un habitant du quartier, qui a indiqué :

Juste avant de commencer à filmer, j’ai entendu l’enseignante hurler sur les élèves à l’intérieur du bâtiment. Apparemment, ils ne prenaient pas en note ce qu’elle expliquait. Puis elle les a fait sortir : c’est à ce moment-là que j’ai commencé à filmer. Elle a frappé l’élève puisqu’elle avait visiblement mis la main sur une lettre parlant d’amour, écrite par cette élève…

Auparavant, j’avais déjà vu des élèves se faire gifler dans cette école, mais jamais aussi fort. Par ailleurs, des anciens élèves m’ont affirmé que cette enseignante avait déjà fait ça dans le passé.


Cette vidéo a été vue plus de 130 000 fois sur Facebook, où elle a choqué les internautes. Nombre d’entre eux ont ainsi réclamé des sanctions à l’encontre de l’enseignante :



Le ministre de l’Éducation nationale lui-même a d’ailleurs réagi sur Facebook lundi, en indiquant que cette violence était "inacceptable" et que l’école serait fermée ou alors que l’enseignante serait suspendue de ses fonctions. Interrogé par L'Express de Madagascar, il a également souligné que "frapper des élèves [était] désormais abusif et inconcevable" et qu'une note ministérielle sortie en 2016 précisait cela.

Quant à la directrice de l’établissement, elle a reconnu les faits dans une vidéo diffusée en direct sur Facebook :

Fifampiresahana mivantana @tompon'andraikitrin'ny sekoly la Croyance

Posted by Ny Vaovao on Monday, April 3, 2017
Vidéo diffusée en direct sur Facebook sur la page
"Ny Vaovao".

"Les punitions corporelles restent fréquentes dans les écoles"

Layandri est blogueur pour la plateforme Mondoblog de RFI et vit à Antananarivo.

Beaucoup de gens ont réagi à cette vidéo parce que l’élève a été frappée à la tête. En revanche, si elle avait été frappée aux jambes ou sur les fesses, les internautes auraient sûrement rigolé. Par ailleurs, tout le monde sait très bien que les punitions corporelles restent fréquentes dans les écoles : les élèves peuvent être forcés à se mettre à genoux, faire la chaise, etc. Mais les enseignants ne frappent généralement pas les élèves pour autant.

Cela dit, mes propres enfants m’ont dit qu’ils avaient vu certains de leurs camarades se faire frapper par une enseignante. Nous sommes d’ailleurs allés voir la directrice pour ça.

"Beaucoup de parents frappent également leurs enfants"

Les parents ne réagissent néanmoins pas toujours lorsqu’ils apprennent que les enseignants se comportent de façon violente avec leurs enfants, puisque beaucoup d’entre eux les frappent également à la maison. Moi-même, je donne parfois de petites tapes à mes garçons… [Selon l’Unicef, la maltraitance et la violence contre les enfants malgaches font partie des principaux problèmes auxquels ils sont confrontés, NDLR.]

Par ailleurs, aucun enseignant ne veut travailler à la campagne : du coup, si certains donnent quelques coups aux élèves, les parents passent outre car ils ne veulent surtout pas qu’ils partent.

Enfin, certains pensent que la maltraitance physique peut être un "mal pour un bien". L’un de mes contacts sur Facebook a d’ailleurs défendu l’enseignante en écrivant : "Je remercie tous les profs qui m'ont frappé car ils ont fait de moi un homme intègre."


Le ministre de l’Éducation nationale s’est rendu à l'Institution La Croyance ce mardi. Il a fait savoir sur Facebook que l’enseignante ne pourrait plus exercer son travail et que l'établissement devrait fermer sa maternelle et son lycée à la fin de l’année scolaire. Seuls resteront ouverts l'école primaire et le collège de l'établissement.

Le ministre de l’Éducation nationale s'est rendu ce mardi à l'Intitution La Croyance.

"Il y a un travail de sensibilisation à réaliser auprès des enseignants pour qu’ils sachent comment réagir lorsque leurs élèves sont indisciplinés, sans forcément donner des coups. Certains d’entre eux n’ont jamais été formés à la pédagogie", a indiqué Anne Ngangueu, coordinatrice pédagogique au sein de l’ONG Bel Avenir, qui mise sur l’éducation pour le développement du pays, à France 24.
Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone

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