Un groupe de bénévoles ivoiriens de Treichville, une commune de la capitale Abidjan, en a eu assez de l’insalubrité de son quartier. Ils se sont retroussés les manches pour nettoyer les rues et redonner vie à leur avenue… avec un résultat qui intéresse jusqu’au gouvernement.


Au début du mois de janvier, les habitants de l’avenue 11, à Treichville, font un constat : leur quartier tombe en ruine, les murs sont défraîchis, les tas d’ordures et les sachets traînent sur la voie publique. Un petit groupe de bénévoles se constitue alors autour de l’ONG "My own business"("ma propre entreprise" en français, mais aussi "ça me regarde") et décide de commencer par nettoyer les rues.

Des membres de l'ONG "My own business" repeignent les façades des maisons décrépies.

"Avec quelques pots de peintures, nous avons rénovés 800 mètres de notre avenue"

Ismael Amed est acteur de série télévisée en Côte d’Ivoire. Il a décidé de rejoindre le mouvement à son lancement en janvier 2017.

J’habite ainsi qu’une partie de ma famille, cette avenue 11. Ça fait des années qu’on voit notre rue dépérir et que les services de voiries ne parviennent pas à rompre avec cette état de saleté permanent et l’impression d’un quartier délaissé. Alors, avec ce collectif d’une vingtaine de personnes, nous avons décidé d’entreprendre la rénovation du quartier sur nos fonds personnels.

Nous nous sommes cotisés et avons achetés les pots de peintures, quelques balais et des pelles pour commencer à nettoyer le quartier, tous les dimanches [les représentants de l’ONG estiment qu’ils ont déboursés environ 2 millions de francs CFA [soit environ 3 000 euros, ndlr], pour débuter ces travaux. Les égouts ont aussi été nettoyés, car ils sont souvent bouchés, et cela cause des inondations dans le quartier. Globalement, tous les habitants ont été d’accord pour collaborer. Ceux qui étaient réticents au départ ont vite compris que c’était une opération pour le bien-être de tous.



"L’important, c’est de changer les mentalités"

"En tout, depuis trois mois, nous avons remis à neuf environ 800 mètres de rues. Près d’une centaine de personnes ont participé à cette opération, pas seulement au niveau de notre quartier, mais dans toute la commune de Treichville. Nous avons même été approchés par des habitants d’autres communes d’Abidjan, comme Koumassi ou Port-Bouët, qui sont venus chercher des conseils, des méthodes de travail, ou demander à quelles difficultés nous avons été confrontés.

Aujourd’hui, même si le bilan est largement positif, nous ne sommes satisfaits qu'à moitié. L’objectif, c’est de rendre ce projet pérenne, et le plus difficile, à moyen terme, c’est de changer les mentalités : inciter à ne plus jeter, balayer devant chez eux et arrêter de penser que c’est en permanence le travail de l’état… En ce sens, l’initiative ne fait que commencer !

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Posted by MY OWN Business - ONG on Wednesday, February 22, 2017
Dans cette vidéo, un membre du collectif filme les travaux terminés sur une partie de l'avenue.

Un projet qui intéresse le gouvernement… mais qui a besoin d’aide !

L’initiative citoyenne a intrigué de nombreux Ivoiriens qui ont vu, du jour au lendemain, l’avenue changer de visage. Elle a intéressé jusqu’au gouvernement, puisque la ministre de la Salubrité urbaine, de l’Environnement et du Développement durable, Anne Ouloto, et la première dame ivoirienne, Dominique Ouattara, se sont rendues sur place pour féliciter les bénévoles.

Avenue 11 encore. Demain 9H 00 ,Don de maman Dominique Ouattara, sous la présence effective,du représentant de Mr le...

Posted by MY OWN Business - ONG on Tuesday, March 14, 2017

Pour autant, Adama Keita, le président de l’ONG "My own Business", contacté par France 24, explique que le chemin est encore long :

L'avenue est pour nous un vaccin contre l'insalubrité. À terme, nous souhaitons que cette action bénévole devienne, pourquoi pas, un travail à temps plein pour tous ces jeunes.

Nous avons une méthodologie qui a fait ses preuves, que nous souhaitons étendre à l'échelle nationale. Mais pour cela, nous avons besoin du soutien des collectivités locales, des structures en charge de la salubrité, de l'État pour nous déployer partout afin de former d'autres jeunes à ces méthodes de rénovation. Nous sommes intéressés par toute expertise d’ONG, d’associations qui souhaiteraient nous appuyer sur les questions de formation ou logistiquement.


Vous voulez aider ce projet ? 
Contactez-nous à obsengages@france24.com,
et nous vous mettrons en contact avec eux…

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