Une vidéo publiée le 8 mars a été massivement relayée sur les réseaux sociaux iraniens : on y voyait un jardin public être entièrement rasé à Malard, une petite ville proche de Téhéran. Très critiquée en ligne, elle illustre un phénomène de fond : en Iran, les espaces verts urbains disparaissent, faute d’une législation respectée et par manque de volonté politique.

L’homme qui a filmé la vidéo à Malard y explique que l’opération s’est déroulée à une centaine de mètres de la mairie de la ville, laquelle n’a rien fait pour empêcher la disparition du jardin.


Le 13 février, une autre vidéo avait fait polémique : on y voyait des pommiers en train d’être coupés dans un verger installé dans la ville de Mehrshahr en banlieue de Téhéran :


Ce genre de vidéos est fréquent. On en trouve des dizaines sur les réseaux sociaux iraniens, tournées dans différentes villes iraniennes. Les espaces verts sont en général détruits pendant la nuit, pour éviter de trop attirer l’attention des médias et la protestation populaire. Et ça marche : les arbres sont abattus, et le temps que la justice traite le dossier à la suite des plaintes, l’espace vert a déjà été remplacé par des constructions bétonnées. Au désespoir de notre Observateur.

"Des commerçants mettent du pétrole ou de l’acide sur la racine des arbres pour les assécher et les abattre "


Il y a deux types de problèmes pour la disparition de la verdure.

Le premier, c’est l’assèchement des arbres des rues, ce qui se passe essentiellement à Téhéran. En fait, ce sont des commerçants qui estiment que la devanture de leur magasin est cachée par des arbres, qui y procèdent : l’abattage d’arbre vivant est interdit donc ils mettent du pétrole ou de l’acide sur les racines des arbres qu’ils trouvent gênants, pour les assécher et les tuer. Tout ça pour que leur magasin soit plus visible depuis la rue.
Ces arbres sont ensuite remplacés par des jeunes arbres. C’est compliqué de punir les auteurs de ces actes, parce qu’il n’y a jamais vraiment de preuves accablant un coupable. Récemment, les autorités municipales ont décidé qu’elles ne couperaient plus l’arbre en entier, seulement la partie supérieure susceptible de tomber sur les passants, le tronc est donc toujours visible. Il faut voir si ça marchera.

"En 2013, un jardin du nord de Téhéran a été transformé en centre commercial"

Mais l’autre problème, plus grave, c’est la suppression des espaces verts à Téhéran et ailleurs. Selon la loi, ni le gouvernement ni les entreprises n’ont le droit de remplacer des espaces verts par des constructions. Mais évidemment, on parle de millions d’euros de bénéfices, et les entreprises se sont débrouillées pour exploiter des manquements dans la loi : selon celle-ci, il est permis de construire, sur un espace vert en prenant 30 % de la surface de celui-ci. Les constructions doivent faire maximum huit étages. Mais en réalité, les entreprises se débrouillent pour faire ensuite assécher les autres arbres sur la surface, pour obtenir le droit de construire plus. Ça marche parce qu’il n’y a pas de contrôle vraiment effectif sur ces chantiers.

Un des meilleurs exemples : en 2013, un jardin du nord de Téhéran a été transformé en centre commercial. Des citoyens, des médias et même des membres de la municipalité de Téhéran avaient protesté contre ce projet pendant près de dix ans, mais en vain. La majorité de la musicalité a fait semblant de ne rien voir.
Photos satellite montrant l'étendue des dégâts dans le jardin dunord de la ville remplacé par un centre commercial.

Selon le ministère des Routes et du Développement urbain, 4 000 jardins de Téhéran ont été détruits au cours des dix dernières années. Malgré ces disparitions, la ville de Téhéran affirme que le nombre d’espaces verts augmente : de 1985 à 2013, la capitale aurait gagné 15 mètres carrés de verdure par habitant. L'Organisation mondiale de la santé estime que toute ville doit offrir neuf mètres carrés de verdure à chacun de ses habitants.

Mais pour notre Observateur :

Ces statistiques ne sont pas fiables parce qu’elles englobent tous les types de plantation dans la ville. Même les pelouses près des autoroutes… Pour de nombreux spécialistes, il faudrait simplement considérer les arbres, arbustes, buissons et les espaces verts réels, ce qui montrerait que la verdure est en régression ici.



Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad ,Journaliste