Deux ans après avoir terminé leurs études, d
e jeunes diplômés congolais de Goma en ont eu assez d’attendre un emploi. Ils ont lancé leur propre entreprise de restauration artisanale à domicile dans la région des Grands lacs. Le succès a été fulgurant.

Pas facile de trouver un emploi quand on est un jeune diplômé congolais : selon la Banque mondiale, sur 9 000 étudiants sortant chaque année des universités congolaises, moins de 100 trouvent du travail.

"Au début, les gens se sont moqués de moi, ils me disaient d'aller chercher du travail au lieu de faire de la cuisine !"

Alors plutôt que d’attendre, un groupe de jeunes de Goma, dans le Nord-Kivu, a décidé de créer sa propre entreprise de livraison de repas fait maison à domicile. L’initiative, repérée par notre Observateur Guylain Balume, prône un mode de consommation plus sain. Frank Bulonza est à l’origine de cette idée, qu’il a menée à bien avec deux amis.

Cette initiative, je l’ai baptisée "Manger équilibré". Je l’ai lancée début 2016 avec deux amis, Crispin Bahati et Shadadi, parce que nous avions du mal à trouver un emploi. J’ai pourtant eu un master d’économie, mais j’ai passé deux ans à chercher un emploi dans la région, sans succès. Ça a été très dur. Ici en République démocratique du Congo, lorsque vous êtes diplômé, vous êtes censé ne plus rien demander à votre famille, et commencer votre vie d’adulte. Mais à peine deux semaines après avoir reçu mon diplôme, j’ai dû retourner vivre chez mes parents. J’ai passé de longues journées à la maison à jouer aux jeux vidéo et à ne rien faire. Après deux ans comme ça, je me suis dit : "Il est temps que tu fasses quelque chose".

Franck Bulonza serving lunch to his clients in Goma, Democratic Republic of Congo.
Le concept a été repéré par notre Observateur Guylain Balume, qui a également filmé ces images montrant le processus de fabrication d'un repas jusqu'à sa livraison.


"Les clients passent leur commande via WhatsApp ou Facebook"

J’ai remarqué qu'à Goma, les personnes qui travaillaient n'aimaient pas attendre ou perdre du temps pour manger. J'ai alors décidé de proposer une offre de livraison de repas rapide et j'ai commencé à cuisiner des plats essentiellement de ma région, comme le sombé, fait à base de manioc et de cacahuètes, ou encore du foufou, une purée d’igname. En tout, nous avons neuf menus, qui coutent en moyenne 2 500 francs congolais (soit environ 2,50 euros) mais nous prenons parfois des commandes spéciales concernant des plats d’autres régions du Congo ou même du Rwanda.

Les adhérents commandent leur plat dans le groupe WhatsApp et sur Facebook… mais aussi auprès d'un serveur ambulant qui prend les commandes dans Goma en faisant le tour des quartiers. Le parti pris a été d’aller directement livrer les clients sur leur lieu de travail ou à domicile, et qu’ils n’aient plus qu’à mettre les pieds sous la table pour manger.

Avec cinq cuisiniers, Franck gère les commandes au jour le jour en faisant valoir le fait-maison.

"J’ai démarré avec trois personnes, aujourd’hui, nous sommes douze !"

Au début, les gens se sont moqués de moi : ils ne comprenaient pas ce que je faisais, et me disaient qu’avec mon diplôme, je devrais travailler pour une grosse ONG, au lieu de faire de la cuisine !

Aujourd’hui, ce projet qui a démarré avec trois personnes compte douze employés. Nous livrons entre 80 et 120 repas chaque jour. Mon inspiration sur la logistique vient de McDonalds, la façon dont ils arrivent à livrer chaque client efficacement. Mais en termes de qualité, je voulais livrer de la nourriture traditionnelle, avec de bons produits congolais, qui ne sont pas traités chimiquement. La seule chose qui vient de l’étranger, ce sont les assiettes et les casseroles.

Ce projet a eu tellement de succès que j’ai aujourd’hui quatre concurrents à Goma. En ce qui me concerne, je ne suis pas encore 100 % indépendant, mais nous soufflons notre première bougie et l’entreprise fonctionne bien. Nous avons cependant des besoins matériels : des motos pour les livraisons, des robots pour la cuisine, et surtout, quelqu’un qui pourrait nous donner des conseils, comme un incubateur, pour faire décoller ce projet.

Vous voulez contacter nos Observateurs ou nous parler d’une initiative que vous avez lancée ? Contactez-nous à obsengages@france24.com !



Article écrit en collaboration avec

Avi Davis