Des Guinéens ont déversé des ordures sur une route de Conakry, la capitale guinéenne, vendredi 10 mars, et les ont ensuite brûlées, bloquant ainsi la circulation. Leur but : dénoncer la mauvaise gestion des déchets dans la ville. Selon notre Observateur, cette méthode permet de faire réagir les autorités de façon ponctuelle, mais pas de régler le problème sur le long terme.

La gestion des ordures est un casse-tête à Conakry, où vivent plus de trois millions d’habitants : entre 600 et 1 000 tonnes y sont produites chaque jour, selon les estimations, alors qu’il n’existe qu’une seule décharge, située en banlieue. Par conséquent, de nombreux déchets s’accumulent dans l’espace public, ce qui agace les habitants.

Vendredi 10 mars, peu après 18 h, certains habitants ont ainsi déversé des déchets sur la bretelle de l’autoroute menant à l’aéroport de Conakry, située à côté du marché de Gbessia.

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"Je comprends leur ras-le-bol mais j’ai trouvé ce geste incivique"

Mamady Condé, journaliste de formation qui travaille aujourd’hui dans la communication, a assisté à cette scène vendredi.

J’ai vu des gamins et des jeunes hommes mettre des déchets sur la route, puis ils ont commencé à les incendier, ce qui a ralenti la circulation. Ensuite, des femmes les ont aidés en leur donnant des ordures qui se trouvaient sur le marché de Gbessia. Au bout d’un moment, les voitures ne pouvaient plus du tout circuler.


Des déchets en feu sur la route. Photo prise par Mamady Condé.

Des femmes se trouvant sur le marché de Gbessia ont donné des ordures aux jeunes, pour qu'ils les mettent sur la route. Photo prise par Mamady Condé.

Je suis allé parler à ces jeunes : ils m’ont dit qu’ils faisaient ça car il y avait trop d’ordures sur le marché et que cela pouvait générer des maladies. Il est vrai que lorsqu’on passe à côté de cet endroit, il faut se boucher le nez car ça sent extrêmement mauvais. Et pourtant, des vendeuses y restent toute la journée… C’est pourquoi certaines personnes ont approuvé ce qu’ils faisaient. Personnellement, j’ai trouvé que c’était incivique. Même si je comprends leur ras-le-bol, ce n’est pas une raison pour empêcher les gens de circuler, surtout à l’heure de pointe.


Le marché de Gbessia. Photo prise par Mamady Condé.

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Les habitants de Conakry sont exaspérés par l’accumulation des déchets. Par conséquent, il est très courant d’en voir certains bloquer la voie publique avec des ordures ou qu’ils les brûlent directement, pour s’en débarrasser [générant ainsi des fumées toxiques, NDLR]. Ou les deux à la fois, comme ce qui s’est produit vendredi.

Quand la voie est bloquée, l’avantage est que les autorités réagissent toujours rapidement, en faisant venir des camions pour ramasser les déchets. C’est sûrement ce qui s’est passé vendredi, car une amie m’a dit que la circulation avait été rétablie sur la bretelle de l’autoroute vers 20 h. Sauf que les autorités ne règlent jamais le problème de façon durable pour autant. En plus, la saison des pluies va arriver bientôt, ce qui va encore empirer la situation.


Les autorités locales tentent malgré tout de réagir face à ce problème. En 2016, un vaste plan d’assainissement a été mené grâce à un financement de la Banque mondiale, pour nettoyer 300 000 mètres cubes de déchets. En outre, depuis le mois de décembre, des "brigades vertes" constituées de 500 agents ont été mises en place afin de lutter contre l’insalubrité.



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier ,Journaliste francophone