"Non au laxisme !", "Non à l’impunité !" : armées de pancartes, des dizaines de personnes se sont rassemblées dimanche 5 mars au zoo du Belvédère, à Tunis, pour réclamer l’ouverture d’une enquête après la mort d’un crocodile sous les jets de pierres d’un groupe de visiteurs.

"Un groupe de visiteurs a lancé des pierres sur la tête d’un crocodile. Cela a provoqué une hémorragie interne et causé sa mort", a annoncé la municipalité de Tunis mercredi 1er mars sur Facebook, dénonçant un "comportement sauvage". Le message était accompagné de plusieurs photos montrant le crocodile ensanglanté.

Communiqué de la municipalité de Tunis.

Au lendemain de l’incident, le ministre tunisien de l’Environnement Riadh El Mouakhar s’est déplacé au zoo, et a annoncé que son ministère allait doubler l’effectif des agents de sécurité et désigner trois éléments de la police de l’environnent pour travailler à plein temps dans le parc. Le ministre de l’Environnement a également annoncé une fermeture "temporaire" du zoo pour des travaux d’entretien.

Les autorités tunisiennes avaient annoncé en 2016 la création d’une police de l’environnement pour janvier 2017. Mais la mise sur pied de ces brigades vertes a été par la suite reportée au mois de mars 2017.

Les promesses du ministre de l’Environnement n’ont cependant pas convaincu. Des dizaines de Tunisois se sont rendus dimanche dans le parc pour réclamer des explications.

Des dizaines personnes ont organisé une marche de protestation au zoo de Belvédère, à Tunis. "Qui a tué le crocodile ? Punissez les responsables ! Appliquez la loi !", criaient les manifestants.
Photo du rassemblement au zoo du Belvédère. Facebook.
 
Photo du rassemblement. Facebook.

Contactée par France 24, une activiste de l’association SOS Animaux Tunisie, Raouda Mansour, a expliqué qu’il existait une loi en Tunisie contre les auteurs d’actes de maltraitance animale.

"La loi tunisienne punit ceux qui torturent les animaux d’une peine d’emprisonnement de 15 jours et d’une amende de 4 500 DT. Malheureusement, elle n’est jamais appliquée."

Depuis plusieurs mois, des actes de maltraitance animale dans le zoo sont régulièrement dénoncés sur les réseaux sociaux. Récemment, des internautes ont notamment relayé une vidéo montrant des enfants faire du rodéo sur le dos d’un rhinocéros.

Cette vidéo tournée dans le parc montre des enfants en train faire du rodéo sur un rhinocéros.

Lors du rassemblement de dimanche, une activiste au sein d’un collectif qui lutte contre l’incivisme a indiqué avoir interpellé le directeur du zoo au sujet de cette vidéo en novembre 2016. "Nous leur avons dit que c’était inadmissible. Mais Omar Naïfar, le directeur du zoo, nous avait expliqué qu’il n’y avait pas suffisamment d’agents de sécurité dans le parc."

Le directeur du zoo, Omar Naïfar, estime que ce sont les visiteurs qui doivent être tenus pour responsables de cette situation. "Il y a plus de 150 espèces dans le zoo, nous n'allons pas mettre un gardien devant chaque cage. Il faut que les gens prennent conscience qu'il faut respecter les animaux", a-t-il déclaré au magazine Paris Match.

Sur Facebook, une journaliste tunisienne, Hager Ben Cheikh, a elle indiqué qu’un phoque avait été tué dans les mêmes conditions que le crocodile il y a quelques mois. "Des visiteurs du quartier voisin, en quête de sensation, sans éducation, qui parfois ne payent même pas les droits d'entrée, viennent saccager et se défouler sur de pauvres bêtes. Ils viennent en fin de journée, car il y a moins de personnel et de gardiens", lit-on dans son commentaire.

Ces dernières années, des citoyens ont relayé plusieurs vidéos pour dénoncer la prolifération des déchets dans le parc, notamment les bouteilles et sacs en plastique.