L’Inde croule sous les déchets et sa capitale, New Delhi, avait été classée ville la plus polluée du monde en 2014 par l’Organisation mondiale de la santé. Alors que les autorités sont souvent tenues pour responsables de la mauvaise gestion des ordures, deux Indiens ont décidé de parcourir le pays à vélo pour expliquer aux habitants comment agir à leur échelle.

Sanjeeta Singh Naruka Negi, 51 ans, et Piyush Shah, 58 ans, ont fait plus de 1 000 kilomètres à vélo de Gandhi Ashram à New Delhi pour aller à la rencontre des habitants et leur transmettre quelques conseils pour lutter contre la pollution. Le voyage, qui a duré près de 10 jours, s’est terminé fin janvier.



"Nous avons donné des conférences dans des écoles, des entreprises et des mairies"

Sanjeeta Singh Negi travaille en tant que consultante chargée de la promotion de l’agriculture biologique dans les villages de la région du Gujarat, dans le nord-ouest du pays. C’est elle qui a eu l’idée de ce projet dans lequel elle a été aidée par son ami Piyush Shah.

En Inde, les déchets sont visibles partout. Notre population ne cesse de croître, il y a de moins en moins de terres disponibles et les habitudes de consommation changent. [L’Inde est l’un des pays enregistrant la plus forte croissance économique au monde, NDLR.] De plus en plus de produits sont sur-emballés par exemple. Ces changements sont normaux et existent ailleurs. Le problème, c’est le manque d’adaptation à ces changements. Beaucoup critiquent les autorités, mais peu acceptent de changer leurs propres habitudes. D'ailleurs, chaque jour, les déchets continuent à s'entasser.

Sanjeeta Singh Naruka Negi et Piyush Shah avec des habitants. Photo envoyée par notre Observatrice.

"Certains villageois étaient même étonnés de voir une femme pédaler autant !"

J’ai organisé ce voyage pour donner aux habitants quelques conseils simples pour générer moins de déchets. J’ai été accompagnée par un ami sensible aux questions environnementales. Nous avons pédalé pendant 10 jours en nous arrêtant pour donner des conférences dans des écoles, des associations, des entreprises, des mairies. Parfois, nous étions dans de petits villages isolés, parfois dans des grandes villes, pour toucher le plus de personnes possibles. Ce projet était totalement bénévole, nous n’avons reçu aucun financement. Au total, nous avons traversé quatre États, le Gujarat, le Rajasthan, le Haryana et New Delhi.

Réunion dans une entreprise. Photo envoyée par notre Observatrice.

Nous voulions voyager à vélo pour promouvoir ce moyen de transport écologique. Aujourd’hui, à cause de l’importance du trafic dans les villes et de l’état des routes, beaucoup d’Indiens n’ont pas très envie de rouler à vélo : nous souhaitons que ce mode de déplacement soit favorisé dans le pays.

Les gens que nous allions voir ont été marqués par notre détermination. Le but était aussi de montrer qu’il n’y a pas d’âge pour agir et changer son mode de vie. Mon ami et moi avons tous les deux plus de 50 ans, ce qui ne nous a pas empêchés de faire 1 000 kilomètres à vélo ! Certains villageois étaient même étonnés de voir une femme pédaler autant.

"Nous avons pu établir un partenariat avec une mairie"

Dans un foyer, 98 % des déchets n’en sont pas vraiment et peuvent être utilisés autrement. Mais le recyclage n’est pas du tout pratiqué en Inde. Le compostage existe depuis très longtemps, mais aujourd’hui ce n’est plus utilisé en ville. Les gens vivent dans de petites maisons et ne veulent pas conserver de déchets chez eux parce que ça sent mauvais. Or, on peut faire du compostage sans mauvaise odeur, grâce à des pots en terre.


Pots de compostage à faire chez soi. Photo envoyée par notre Observatrice.

À chaque fois, nous laissions un petit livret où étaient résumés tous nos conseils. Nous avons également expliqué quelques gestes à éviter comme jeter du plastique par terre, parce que les vaches, animal sacré, finissent par en manger, ce qui est très mauvais pour elles. [De nombreuses vaches vivent en liberté dans les rues en Inde, NDLR.] Ce sont des choses simples, mais dont on parle peu en Inde.

Conférence dans une école. Photo envoyée par notre Observatrice.

Il y a eu quelques effets immédiats : par exemple, une entreprise a organisé une collecte de déchets dans le cadre de notre arrivée. Nous avons également été reçus par la mairie de la ville de Himmatnagar, c’est vraiment la preuve que même les autorités commencent à prendre conscience du problème. Souvent, les habitants jettent leurs déchets par terre, puis la mairie passe ramasser le tout pour … aller le jeter un peu plus loin. Cette rencontre nous a permis de faire un partenariat avec cette mairie pour développer d’autres projets de lutte contre la pollution ensemble.

Le projet ne va pas s’arrêter là, nous préparons déjà un deuxième voyage dans une autre partie pays, pour lequel nous allons lancer une campagne de financement participatif.


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Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet