Dans l’est de la République démocratique du Congo, un de nos Observateurs a été témoin d’une pratique étonnante :  des préservatifs distribués par des ONG dans les localités proches de Rutshuru sont utilisés par des Congolais pour cirer des chaussures.

Notre Observateur Joseph Tsongo, journaliste et blogueur indépendant dans la région, n’en a pas cru ses yeux lorsqu’il a découvert pour la première fois que des cireurs de chaussures utilisaient des préservatifs pour faire briller des souliers, dans la ville de Rusthuru. Constatant que de plus en plus de personnes utilisaient la méthode dans des villages aux alentours, il nous a transmis ces images :

Photos Joseph Tsongo.

"Ces préservatifs leur permettent d'économiser l'achat d'une boîte de cirage"

C’est difficile à évaluer, mais j’ai pu voir cette pratique utilisée par plusieurs dizaines de cireurs de chaussures dans une dizaine de localités entre Rutshuru et Kiwanja. Les cireurs, qui font souvent ce boulot car ils sont pauvres, m’ont affirmé que c’est un outil très efficace, car le lubrifiant sur le préservatif leur sert de cirage, quelle que soit la couleur de la chaussure. Pour eux, il n’y a pas de petit profit : ces préservatifs, distribués gratuitement par les ONG locales, leurs permettent d’économiser les deux dollars que coûte une boîte de cirage. Ceux qui n’ont pas la chance d’avoir de préservatifs gratuits peuvent toujours s’en procurer pour 100 francs congolais (moins de 0,02 dollars) pour une boîte de 6. Ce sont les pharmaciens qui se frottent les mains !

Cet usage me choque, car ce sont des moyens de contraception qui devraient servir à se protéger lors de relations sexuelles, et pas pour ce genre de travail. Cela prouve que la population est encore mal informée… pire, certains cireurs abandonnent les préservatifs n’importe où dans la rue. Du coup, des enfants s’en emparent pour jouer, en soufflant dedans comme dans les ballons de baudruche.


Selon notre Observateur, les préservatifs jetés dans la rue par ses vendeurs sont ensuite des nids à microbes pour les enfants qui s'en servent comme jouet. Photo Joseph Tsongo.

"Comme ils n’ont pas de relations sexuelles, ces jeunes préfèrent trouver une utilité aux préservatifs"

La pratique n’a malheureusement rien de nouveau : des articles remontant pour la plupart à 2008 évoquaient déjà la même technique utilisée dans d’autres provinces congolaises. Pour autant, si les années passent, les mentalités n’ont que très peu évolué, comme le constate Nacharlom Kasyano de l’ONG Racoj-Sida :

Quand on discute avec les jeunes qui utilisent ces préservatifs comme du cirage, ils nous disent que comme ils n’ont pas de relations sexuelles, alors ils préfèrent utiliser ces objets pour autre chose, ou les revendre.

Notre partenaire Médecins du monde nous envoie entre 150 à 200 boîtes chaque mois, que nous distribuons dans les hôtels, dans nos bureaux et dans le cadre de journées de sensibilisation. Pour faire attention à qui sont données ces boîtes, nous avons mis en place un comité de suivi, qui a permis de réduire cette pratique par rapport à la fin des années 2000. Cependant, on ne peut pas tout contrôler.

Selon l’ONG, le taux de prévalence du Sida dans la région reste très élevé malgré une baisse lors de ces dernières années : 40 % des jeunes de 14 à 24 ans ont contracté le virus selon leurs dernières études.


Ce n'est pas la première fois que des Observateurs nous alertent sur la mauvaise utilisation de produits distribués par des ONG : en Côte d'Ivoire comme en République démocratique du Congo, des Observateurs nous avaient alerté sur la mauvaise utilisation de moustiquaires par des habitants.

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone