Plusieurs milliers de personnes ont bravé le froid (-20°C) à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, samedi 28 janvier, pour demander au gouvernement de lutter contre la pollution atmosphérique. Et pour cause : la "ville au charbon" est l’une des plus polluées au monde , en particulier durant l’hiver, ce qui génère de graves problèmes de santé au sein de la population.

Cette manifestation a été organisée par l’ONG "Moms & Dads Against Smog", qui regroupe des parents luttant contre la pollution de l’air. Elle a été créée début janvier, quelques jours après la tenue d’une première manifestation similaire, le 26 décembre.

Manifestation samedi 28 janvier, dans les rues de la capitale mongole. Vidéo prise par Ganjavkhlan Chadraabal et publiée sur sa
page Facebook.

Oulan-Bator est l’une des capitales les plus froides au monde : le thermomètre descend parfois jusqu’à -40°C en hiver. Elle compte 1,3 million d’habitants, soit près de la moitié de la population du pays.

Pour se chauffer, nombre d’entre eux utilisent des poêles à charbon, notamment ceux vivant dans des yourtes (soit 60 % de la population à Oulan-Bator), dans les quartiers les plus défavorisés situés aux abords de la ville, qui ne sont pas systématiquement raccordés au réseau électrique. Dans ces quartiers, d’autres brûlent également du plastique ou encore de vieux pneus. Ces activités génèrent une pollution importante en hiver, qui ne cesse de s’accroître en raison de l’installation de bergers nomades dans ces mêmes quartiers chaque année.

À cette pollution domestique s'ajoute celle liée au fonctionnement des centrales thermiques – qui tournent à plein régime durant l’hiver –, des usines et des voitures.

Par conséquent, la concentration de particules fines à Oulan-Bator est sept fois supérieure, en moyenne, aux standards établis par l’Organisation mondiale de la santé. Et en hiver, ce taux peut même être 25 fois supérieur aux recommandations de l’agence onusienne. La capitale se couvre alors d’un épais nuage de pollution, bien que la Mongolie soit surnommée le "pays au ciel bleu".

En hiver, le smog recouvre la capitale mongole.

"Actuellement, ce n'est pas juste un désastre, mais un enfer", écrit notamment cet internaute.

"En hiver, je pars parfois à l’étranger pour fuir la pollution"

Oyunaa (pseudonyme) a participé à la manifestation de samedi, afin de protester contre les conséquences désastreuses de cette pollution pour la santé des habitants.

Je souffre d’asthme depuis trois ans. Pour moi, c’est très probablement lié à la pollution. Du coup, de novembre à mars [les mois les plus froids et les plus pollués de l’année, NDLR], je ne peux pas sortir sans porter de masque. J’évite également d’aller au bureau, car cela impliquerait que je me déplace le matin et le soir, aux heures de pointe, lorsque c’est encore plus pollué, donc je travaille plutôt de chez moi. Désormais, je vis même en dehors de la capitale durant l’hiver. Et parfois, je pars carrément à l’étranger.

"J’ai perdu deux bébés : les médecins m’ont clairement dit que c’était lié à la pollution"

Vers 30 ans, j’ai même perdu deux bébés au bout de 9 et 12 semaines de grossesse. Les médecins m’ont clairement dit que c’était lié à la pollution : c’est classique ici. [Contacté par France 24, Batbayar Ochirbat, un spécialiste de la santé publique vivant également à Oulan-Bator, a indiqué que des médecins lui avaient confié qu’ils procédaient à des extractions de fœtus "cinq ou six fois par jour car les bébés meurent à cause de la pollution", NDLR.] Désormais, je ne pourrai probablement plus avoir d’enfants, car je suis trop âgée.

Je ne suis pas la seule à avoir des problèmes. J’ai beaucoup d’amis qui toussent. Mes neveux et nièces sont enrhumés, grippés et atteints de pneumonie tout le temps. Par ailleurs, ici, les jeunes enfants ont des poumons fonctionnant moins bien que ceux vivant à la campagne.


"Ces étudiants ont des bronchites chroniques, comme s’ils avaient fumé durant vingt ans", indique Batbayar Ochirbat, le spécialiste de la santé publique qui a posté ces photos.

Ces deux photos ont été prises par Batbayar Ochirbat à 10 minutes d'intervalle : la première a été prise dans la capitale et la seconde à l'extérieur de la ville.

 
"On meurt petit à petit ici… "

On meurt petit à petit ici… Et pourtant, le gouvernement ne réagit pas, même si les deux manifestations ont quand même eu un impact. Depuis le 1er janvier, l’électricité est gratuite de 21h à 6h pour les gens vivant dans les yourtes, pour les inciter à brûler moins de charbon [qui coûte moins cher que l’électricité, NDLR]. Le 10 janvier, les autorités ont également reconnu que la pollution de l’air avait atteint un niveau "désastreux". Par ailleurs, le gouvernement a décidé de rendre certains médicaments gratuits pour les moins de 5 ans et d’étendre les horaires d’ouverture des hôpitaux.


Une photo prise cette semaine par l'une de nos Observatrices à Oulan-Bator.


Selon plusieurs études, un décès sur dix est lié à la pollution de l’air dans la capitale mongole. Les jeunes enfants sont particulièrement touchés par ce problème, puisque leur système immunitaire et leurs poumons ne sont pas encore entièrement développés. Selon l’UNICEF, les maladies respiratoires constituent l’une des principales causes de décès chez eux. La pneumonie est ainsi responsable de 15 % des décès chez les enfants âgés de moins de 5 ans. En outre, l’UNICEF explique que la pollution augmente le risque de naissances prématurées.


Cet article a été écrit avec l'aide d'Alimaa Altangerel (@altanalim).

Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone