Pour lutter contre les violences conjugales, une entreprise californienne propose gratuitement des déménagements aux personnes victimes de violences domestiques. Deux frères, à l’origine de l’initiative, sont devenus des pionniers de la lutte contre ce fléau en Californie en jouant sur l'aspect sexy mais néamoins sérieux de leur démarche.

Ils s'appellent Aaron et Evan Steed, et ils sont un peu des extra-terrestres dans le paysage californien : ils ont été les premiers à créer une entreprise de déménagement, Meathead Movers – les Gros bras du déménagement – dont la vocation est notamment d’aider les personnes victimes de violences domestiques qui souhaiteraient changer de domicile.


"La violence conjugale entraîne une situation de vulnérabilité financière"

Au départ, ils avaient commencé leur activité comme une entreprise classique de déménagement. Rapidement, l’idée leur est venue qu’ils pouvaient faire plus que de simplement déplacer des meubles :

Lorsque nous avons commencé en 1997, dans les premiers mois, nous avons reçu quelques coups de fils de femmes qui voulaient déménager en urgence pour fuir leur mari violent. Une fois, j’ai décroché notre téléphone, et une femme m’a dit : "Mon copain rentre à la maison, je dois partir, je dois partir maintenant ! Pouvez-vous m’aider ?". C’était une situation d’urgence, donc nous avons accepté, et nous ne lui avons rien fait payer. Et puis nous nous sommes dit que cette personne n’était pas la seule : alors nous avons continué.


Ces personnes sont souvent en situation de faiblesse, et ont souvent peu d’argent. Parfois elles veulent nous offrir un de leurs objets, comme une télévision. Mais nous refusons toujours. Pour nous, ces violences conjugales entraînent une situation de vulnérabilité financière.

"C'est un métier qui peut-être dangereux !"

Parfois, nous faisons face à des situations embarrassantes : un jour, un de ces hommes violents est rentré chez lui, alors que nous déménagions. Il a crié, il a jeté par terre des objets et il a voulu se battre avec moi. C’est à ce moment que j’ai réalisé que ce que nous faisions pouvait être dangereux.

Nous avons créé un partenariat depuis 2001 avec huit refuges californiens pour les personnes victimes de violence. Ces établissements vérifient la situation des personnes avant que nous intervenions. Nous apportons temporairement leurs affaires dans cet abri, et on les aide ensuite à déménager vers le nouveau domicile.

L'entreprise n'hésite d'ailleurs pas à jouer sur la touche sexy en mettant en avant leurs employés les plus musclés en plein travail, ou en sous-vêtements, comme le montrent des photos sur leur page Facebook. Un moyen pour eux d'attirer les internautes pour expliquer leurs démarches.

Les déménageurs n'hésitent pas à mettre en avant le côte sexy de leurs employés pour intéresser les internautes à leur cause. Photo Meathead Facebook.

  "Grâce à cet engagement, nous gagnons de nouveaux clients"


Ce service n’est pas exclusivement réservé aux femmes : les hommes, mais aussi n’importe quelle personne victime de violences domestiques peut solliciter les services de Meathead Movers. Et le service ne fonctionne pas à perte, car il a attiré de nouveaux clients.



Nous formons nos employés à réagir dans les cas sensibles, car nous ne sommes pas des professionnels de la violence domestique. Notre travail, c’est de déménager des meubles, et d’être compréhensif avec les victimes. Mais si jamais quelqu’un débarque, notre rôle, c’est de laisser la police intervenir et pas de jouer aux justiciers.

Malgré les difficultés économiques, on a toujours continué à proposer nos services. Nous ne gagnons pas d’argent sur cette activité, mais grâce à cet engagement, des clients se rapprochent de nous pour des déménagements payants car ils veulent soutenir la cause. Donner de son temps pour aider, on a le sentiment que c’est bien mieux que de faire un chèque.

Aaron Steed anime un atelier avec la coalition nationale contre la violence domestique.


L’entreprise vient de lancer une campagne #MoveToEndDV ('vers la fin de la violence domestique) encourageant les entreprises locales à proposer leurs services ou leurs produits gratuitement pour les victimes de violences domestiques.



Article écrit en collaboration avec
Catherine Bennett

Catherine Bennett , Anglophone Journalist