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Lundi 9 janvier, une journée "ville morte" a été organisée dans plusieurs villes de l’ouest du Cameroun. Dans cette région majoritairement anglophone, de nombreux Camerounais accusent le gouvernement de favoriser les francophones à leur détriment.

L’opération "ville morte" a été organisée notamment dans les villes de Bamenda, Yuku, Nkambe et Buéa, à l’appel du Civil Society Consortium, un regroupement de syndicats d’avocats et d’ONG qui militent pour les droits des anglophones au Cameroun.

Le français et l’anglais sont les deux longues officielles du Cameroun. Mais de nombreux anglophones accusent le gouvernement de les marginaliser, notamment dans le domaine de l’éducation et le système juridique.


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L’opération a été organisée le jour même où les écoles étaient censées rouvrir après les vacances de Noël.
Le Civil Society Consortium a appelé les employés à rester chez eux, les parents à ne pas laisser leurs enfants se rendre à l’école et les commerçants à baisser rideau.

Une avenue commerciale de Bamenda complètement vide.

D’habitude très animées, les rues des villes de Bamenda, Yuku, Nkambe et Buéa étaient désertes lundi. De nombreux Camerounais ont posté des photos de l’opération sur les réseaux sociaux.

Les régions anglophones connaissent une vague de protestations contre le gouvernement depuis plusieurs mois.

Une vidéo montrant la ville de Bambili désertée, postée sur les réseaux sociaux. 

En octobre 2016, les avocats avaient lancé une grève pour protester notamment contre la place grandissante prise, selon eux, par les magistrats francophones et le droit civil d’inspiration française.

Un mois plus tard, des organisations d’enseignants avaient fait fermer toutes les écoles et les universités pour faire pression sur le gouvernement. Elles protestaient notamment contre le fait que les professeurs francophones sont plus nombreux que les anglophones dans les universités où les étudiants sont majoritairement anglophones. Elles dénonçaient également le fait que des enseignants anglophones soient mutés dans les régions francophones.

En novembre 2016, les forces de l’ordre camerounaises avaient par ailleurs violemment réprimé une manifestation d'étudiants de l’Université de Buéa.

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Notre Observateur a participé à la journée ville morte, lundi, dans la ville de Mamfé et a pris des photos.

"Les anglophones sont solidaires"

Le Civil Society Consortium a organisé cette grève générale pour défendre les intérêts des anglophones au Cameroun. L’appel à la grève s’est rapidement propagé sur les réseaux sociaux et a été largement suivi.

Les rues vides de la ville de Mamfé.

Un restaurant fermé à Mamfé.

Un lycée fermé à Mamfé.
Une école de Mamfé vide et fermée.

Le but de cette opération était de montrer que nous [la communauté anglophone] avons des droits, que nous sommes autonomes et que nous sommes capables de faire pression.

À Mamfé, les habitants sont restés chez eux. Pratiquement tous les commerces ont été fermés. C’était très efficace. Je suis surpris que la grève ait été autant suivie. Les forces de sécurité étaient déployées, mais heureusement il n’y a eu aucun acte de violence.

Les gens ont bien compris la nécessité d’être unis dans ce combat.
L’opération "ville morte" est maintenant terminée mais les écoles sont toujours en grève. Toutes les écoles de Mamfé sont restées fermées ce mardi. Je trouve que le fait que les parents n’aient pas laissé leurs enfants se rendre à l’école est une belle démonstration de solidarité.

J’espère toutefois que le gouvernement prendra des décisions qui iront dans le sens de nos doléances et que les enfants pourront de nouveau se rendre à l’école le plus tôt possible.



Ce n’est pas la première fois que des activistes organisent des opérations "ville morte" au Cameroun. En 1991, des manifestations étudiantes appelant à des réformes démocratiques avaient été réprimées dans le sang par les autorités. L’opposition avait alors répliqué en organisant des opérations "ville morte" dans plusieurs villes du pays.

Article écrit en collaboration avec
Catherine Bennett

Catherine Bennett ,Anglophone Journalist