Observateurs
Ils sont près de 4 000 migrants dans le camp de Moria, sur l’île grecque de Lesbos. Certains vivent dans des préfabriqués, d’autres dans des tentes en toile. Depuis plusieurs jours, la neige tombe abondamment. Les migrants redoutent le prie dans ces conditions climatiques difficiles.

Sur les 4 000 migrants du camp de Moria, au moins 3 000 vivraient dans des tentes, selon l’association United Rescue qui intervient sur place, dont des familles avec enfants. Situé à Lesbos, près du port de Mytilène où débarquent de nombreuses personnes en provenance de Turquie, il est régulièrement pointé du doigt par les ONG pour sa surpopulation et ses conditions de vie très difficiles.

"Nous devons nous débrouiller en accumulant les couches de vêtements"

Notre Observateur, Ted (pseudonyme), est un militant anti-gouvernemental originaire du Congo-Brazzaville. Il est arrivé dans le camp de Moria au début du mois de décembre après avoir quitté son pays natal, inquiet pour sa sécurité. Il a contacté la rédaction des Observateurs de France 24 pour alerter sur la situation des migrants de Lesbos.

Il neige depuis quelques jours ici, nous sommes à deux dans ma tente, mais certains vivent à quatre ou cinq dans la leur. Il y a même des familles, surtout syriennes, qui vivent dans ces tentes avec leurs enfants.

À notre arrivée, on nous a donné un sac de couchage et une petite couverture, mais rien pour nous isoler du sol. Du coup, on doit se débrouiller comme on peut en accumulant les couches de vêtements. Parfois, des agents de l’armée viennent donner des petits sommiers en bois, mais nous n’y avons pas eu droit.

En ce moment, il neige, c’est très dur. Ça fait assez longtemps que nous souffrons du froid. Il a d’abord commencé à beaucoup pleuvoir, ensuite il y a eu de fortes rafales de vent qui ont détruit quelques tentes. Ce matin, il a plu et la neige s’est transformée en sorte de gadoue.

Dans une vidéo face caméra, notre Observateur s’alarme de son sort et de celui de ses camarades, tout en montrant la neige qui s’est engouffrée dans sa tente. Chaque nuit, le thermomètre descend en dessous de zéro.


Regardez les conditions dans lesquelles nous sommes en train de vivre, nous ne sommes pas des animaux, nous ne sommes pas des chiens, nous sommes des êtres humains. Sérieux ! Regardez la neige ! Les gens dorment à même le sol sur la neige, ce n’est pas humain. Vous voulez que les gens meurent ici ? Que des gens souffrent de je ne sais quelle maladie ? Vous allez venir faire des enquêtes ici après, vous allez dire "crimes contre l’humanité", mais c’est maintenant qu’il faut éviter le crime !

Des repas froids et "mauvais"

Un autre migrant nous a montré en vidéo l’un des moments qui rythme la vie du camp : la distribution des repas. Mais, cette fois, la neige tombe à gros flocons et les repas ne sont pas adaptés aux températures qui avoisinent zéro degré en journée.


Ted a décrit à la rédaction des Observateurs de France 24 en détail le repas habituel : du riz, une pomme, des œufs, une petite soupe et un morceau de pain. Selon lui, les œufs sont pourris et le riz "sec ", et l’ensemble mauvais.

"La nourriture est vraiment mauvaise et elle est toujours très froide. Vu les températures actuelles, nous aimerions vraiment pouvoir manger chaud pour nous réchauffer un peu. Il y a trois semaines, une association nous distribuait des barquettes de riz chaud aux haricots, c’était bon et ça nous aidait beaucoup. Leur stand était situé à 300 mètres du camp, presque tous les réfugiés du camp y allaient. Mais, au bout d’un moment, les gens du camp de Moria sont allés les voir et ils ne sont plus jamais revenus. "

Des vies en danger

Les conditions de vie déjà difficiles empirent considérablement à ce niveau de températures. Tous les chemins qui jalonnent le camp sont verglacés et donc très glissants. Les migrants craignent pour leur vie, d’autant que deux migrants irakiens sont récemment morts de froid dans une forêt en Bulgarie.

Sur les réseaux sociaux, les associations citoyennes se mobilisent et dénoncent l’inaction des autorités locales et internationales. À Moria, un traducteur afghan pour l’ONG United Rescue a lancé un appel à l’aide, publié sur Facebook, au milieu des tentes recouvertes de neige.

"Salut, je m’appelle Mehdi et je viens d’Afghanistan. Je suis à Moria parce qu’il n’y a pas assez de sécurité dans mon propre pays. En cette blanche saison, notre futur est très sombre. Comme vous pouvez le voir dans cette vidéo, les conditions de vie à Moria sont mauvaises, les tentes sont recouvertes de neige et ça ne fonctionne pas pour nous, il fait bien trop froid. Je travaille en tant que traducteur pour United Rescue et quelques associations essaient de nous aider. À ce jour, nous n’avons eu aucun signe des autorités grecques. Je demande donc aux Nations unies, à l’Union européenne et au gouvernement grec de nous mettre à l’abri parce que nous sommes aussi des êtres humains, même si nous venons d’autres pays. Il est possible que des gens meurent ici parce que, comme vous le savez, il y a eu une petite explosion il y a deux mois et une vieille dame et un enfant sont morts. Ce que j’essaye de dire, c’est : comprenez notre situation et essayez de faire quelque chose pour nous, pas seulement pour moi, mais pour tous les réfugiés."

Depuis les accords entre l’Union européenne et la Turquie en mars dernier, les camps des îles grecques sont devenus des sortes de prisons à ciel ouvert. Ces centres de rétention surpeuplés abritent ceux qui devraient être renvoyés en Turquie.

Article écrit en collaboration avec
Liselotte Mas

Liselotte Mas