Rendre propre à la consommation n’importe quelle eau, c’est le pari qu’a fait un Français en créant une fontaine qui peut recycler l’eau de pluie, des marais ou des rivières. Nous avons échangé avec des personnes au Cameroun, au Sri Lanka et en Haïti qui croient au "Safe Water Cube" pour répondre aux problèmes d’accès à l’eau.

Près de deux milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable dans le monde. La faute à des infrastructures défaillantes, à des maladies présentes dans l’eau, voire à des catastrophes naturelles la rendant impropre à la consommation.

Un ingénieur nantais travaille depuis 10 ans sur un dispositif pouvant rendre l’eau potable sans pour autant consommer d’électricité. Le résultat : "Safe Water Cube", un cube en inox d’environ 1 mètre cube, associé à une pompe à eau manuelle.

Une des fontaines à eau installé à Haïti. Photo Safe Water Cube.

Comment ça marche ?

L’eau est pompée et incorporée dans le réservoir. La machine effectue alors un filtrage pour éliminer toutes les bactéries, mais sans détruire les minéraux bons pour la santé. L’opération se fait en cinq étapes, sans utilisation de produits chimiques :
  • un filtre à sable
  • un filtre à charbon actif, qui permet d’éliminer les éventuels pesticides et éclaircit l’eau
  • une cuve de décantation qui va permettre de retenir la matière en suspension dans l’eau
  • deux micro-filtres en céramique pour éliminer les dernières impuretés et toutes les bactéries – le filtrage fonctionne sur des particules à partir d’une taille de 0,02 micron
Pour en savoir plus sur le fonctionnement de la fontaine, consultez le site de "Safe Water Cube".

Le dispositif ne peut cependant pas recycler n’importe quelle eau : le cube ne peut par exemple pas rendre potable l’eau de mer à trop haute teneur en sel ou des eaux contenant des métaux lourds trop fins. Grâce à ses roues, il est possible de mouvoir la machine, qui pèse 80 kilos.

"Beaucoup de particuliers veulent acheter la machine, mais nous ne travaillons que sur des projets pour changer la vie des gens"

Contacté par France 24, Jean-Paul Augereau, inventeur de la machine, explique :

La machine est fabriquée en France. Nous essayons encore d’améliorer le dispositif et pour l’instant, nous nous sommes associés à des projets précisément identifiés pour les premières utilisations. Beaucoup de particuliers veulent acheter la fontaine et nous recevons des coups de fils quasiment tous les jours. Mais aujourd’hui, le but n’est pas de vendre cette machine à des particuliers, pas de faire du chiffre. Nous voulons créer du lien social et aider les gens en les formant sur place, en organisant des ateliers de sensibilisation.

Le projet a en effet la particularité de s’être implanté sur plusieurs continents. L’équipe des "Observateurs s’engagent" a contacté des personnes qui ont testé cette fontaine pour comprendre comment ils voulaient l’adapter au pays dans lequel ils se trouvent.

Au Cameroun, "éviter aux étudiants de boire l’eau des marais"

Barthélémy Ndongson Lekane est employé communal de la ville de Dschang au Cameroun, qui recevra fin janvier cinq fontaines.

J’ai pu tester les machines lors d’un voyage à Nantes [ville jumelée avec Dschang]. Ici à Dschang, nous avons de l’eau, mais peu de techniques pour la rendre potable. Souvent, les eaux ne sont traitées qu’avec du chlore, ce qui ne les rend pas propres à la consommation.

Barthelemy Ndongson en visite à Nantes pour tester la machine. Photo Barthelemy Ndongson.

Nous allons implanter le cube dans la zone de l’université et des résidences universitaires. Malgré nos avertissements, beaucoup d’étudiants continuent à consommer l’eau de puits attenants à des marais, qui n’est pas potable. Le Safe Water Cube permettrait de leur faire comprendre que toute eau n’est pas immédiatement propre à la consommation et d’éduquer la population estudiantine aux bons gestes."


Des employés de la municipalité de Dschang au Cameroun viennent étudier le fonctionnement de la machine à Nantes. Photo Safe Water Cube.

Au Sri Lanka, "freiner les décès liés aux insuffisances rénales"

Antoine Jalaber, un Français d’origine sri lankaise, est un entrepreneur dans le domaine du contrôle qualité pour la société MillRoots. Il a importé une machine à Négombo, près de la capitale du Sri Lanka, qui lui permet de traiter les eaux usées. Les bons résultats l’ont incité à commander une deuxième machine pour faire face à une autre problématique.

Les populations des zones du centre-nord du Sri Lanka, qu’on appelle le Triangle culturel, sont lourdement touchées par des problèmes d’insuffisance rénale chronique du fait de l’écoulement dans la terre de pesticides et fongicides utilisés dans l’agriculture. [les dernières études estiment que 5 000 personnes meurent à cause de cette maladie chaque année au Sri Lanka, NDLR]. C'est une catastrophe sanitaire à laquelle il n'y a pour l'instant pas de vraie réponse

Par ailleurs dans la capitale, des centres de traitement de l'eau existent, mais ils sont couteux, et tombent régulièrement en panne, sans compter les coupures d’eaux régulières [début 2016, la capitale n’a pas eu d’eau pendant 10 jours à cause d’une panne d’électricité. J’espère pouvoir acheminer d'autres fontaines près de la capitale mais aussi les zones du centre-nord pour apporter une autre solution.

Antoine Jalaber lors de l'installation de la machine à Négombo, près de la capitale sri lankaise. Photo Antoine Jalaber.

En Haïti, "une alternative en attendant que les infrastructures soient reconstruites"

Marie-Eddite Pierre est membre de l’association des maires de la Grande Anse (AMAGA). Elle fait partie du projet à Jérémie, en Haïti.

Après l’ouragan Matthew qui a frappé Haïti en octobre dernier, beaucoup de réseaux qui ont été détruits n’ont jamais pu être rénovés par manque de moyens. L’épidémie de choléra, qui se transmet par l’eau contaminée, s’est gravement accentuée [selon les derniers chiffres des Nations unies, la maladie a déjà fait 10 000 morts et 800 000 malades en sept ans, NDLR].

Installation d'une machine dans l'un des villages haïtiens près de Jérémie touché par l'ouragan Matthew. Photo Safe Water Cube.

Quatorze fontaines ont pu être installées. Cela peut paraître relativement peu pour une zone qui compte des dizaines de milliers d’habitants, et il y a un risque que cela crée des tensions. Avec chaque fontaine, un comité a été créé - avec trois femmes et deux hommes, deux anciens et trois jeunes – en charge du nettoyage de la machine et de la distribution d’eau potable. Cela peut paraître des gestes simples, mais boire de l’eau ou cuisiner, sans se demander si on sera malade, c’est une révolution pour nous.

D’autres fontaines sont déjà installées ou vont l’être prochainement en Inde, au Sénégal, aux Philippines, en Équateur et en France. L’objectif pour "Safe Water Cube" est d’installer 500 fontaines d’ici la fin de l’année 2017.


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Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone