Une femme se faisant déshabiller de force par un homme, et qui le supplie d’arrêter : c’est ce que montre une vidéo publiée vendredi sur la page Facebook de Deejay Rafik, un artiste algérien, et rapidement devenue virale. Contacté par France 24, il explique avoir diffusé ces images choquantes pour que la police arrête l’agresseur et sa complice qui a enregistré la vidéo.

Dans cette vidéo, qui dure 1’34 et dont France 24 a choisi de ne diffuser que des captures d'écran, on voit un homme tenter d’arracher le vêtement d’une femme, déjà à moitié dénudée. Elle le supplie de la lâcher. Il parvient ensuite à la mettre au sol. La femme qui enregistre la scène lui dit alors : "Déshabille-là !" L’homme continue d’essayer de lui enlever ses vêtements, en la faisant se relever, puis retomber à plusieurs reprises.

Il parvient ensuite à lui retirer son vêtement : la femme se retrouve alors en sous-vêtements et part en courant quelques secondes plus tard. L’homme parvient à la rattraper, mais elle réussit à lui échapper à nouveau. La complice de l’agresseur lui dit alors : "Fais attention, ramène-là !" On voit ensuite la victime courir vers une rivière, située en contrebas.

Captures d'écran de la vidéo diffusée depuis vendredi sur les réseaux sociaux.

"On m’a reproché de ne pas avoir flouté le visage de la victime"

Deejay Rafik, un DJ algérien vivant en France, explique pourquoi il a choisi de diffuser cette vidéo.

C’est un internaute qui me l’a envoyée en me disant : "Regarde, l’Algérie va mal." Il avait l’air choqué, donc je ne lui ai pas vraiment posé de questions pour savoir où il l’avait trouvée.

En la visionnant, je me suis dit qu’aucun être humain ne pouvait subir un traitement pareil et qu’il fallait que je réagisse. Lorsque l’on est témoin d’agressions sexuelles, directement ou indirectement, si l’on ne dit rien, ça peut inciter d’autres personnes à faire la même chose, si elles pensent que c’est sans conséquence !

J’ai d’abord demandé à un ami qui est commissaire à Alger s’il avait déjà vu cette vidéo, car elle aurait pu être ancienne. Il m’a dit que non. Je l’ai donc publiée sur ma page Facebook vendredi en début d’après-midi, en espérant que la police intervienne. Et le soir même, il y avait déjà deux millions de vues. Mais Facebook a bloqué mon compte, donc je l'ai ensuite repostée sur mon autre page Facebook. [La vidéo qui a été repostée comptabilisait plus de 300 000 vues lundi soir, NDLR.]

Beaucoup de gens m’ont insulté, en me disant : "Pourquoi tu publies une vidéo pareille ? Tu affiches la fille ! Tu aimerais que quelqu’un diffuse ce genre d’images si c’était ta sœur ?" Je leur ai répondu : "Oui, mais c’est un mal pour un bien, car il faut dénoncer ce qu’elle a subi, pour que ça ne se reproduise pas !" D’ailleurs, lorsque les policiers ont vu la vidéo, ils m’ont également reproché de ne pas avoir flouté la fille. Mais je n'y ai juste pas pensé sur le coup...

Cela dit, d’autres internautes m’ont également dit que j’avais bien fait de diffuser ces images. J’ai d'ailleurs expliqué dans un Facebook Live pourquoi j’avais diffusé cette vidéo : les gens ont alors mieux compris ma démarche.



Sur Facebook, certains internautes ont reproché à Deejay Rafik d'avoir publié cette vidéo.

D'autres internautes, en revanche, ont indiqué qu'ils comprenaient la démarche de l'artiste.


Dès le vendredi, plusieurs médias algériens ont parlé de cette vidéo, évoquant un "viol", à l’image d’Algérie-Focus.

Il ne s’agit toutefois pas exactement d’un viol, au regard du droit local. Si le viol n’est pas défini par le code pénal algérien, qui indique uniquement qu’il s’agit d’un "crime" passible de cinq à dix ans de prison, il correspond à la pénétration forcée d'une femme, selon la jurisprudence.

Dans le cas présent, il s’agit donc d’une "simple" agression sexuelle, autrement dit d’un "attentat à la pudeur" selon le code pénal algérien, qui indique que "tout attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violences contre des personnes de l’un ou de l’autre sexe" est passible d’une peine de cinq à dix ans de prison.

Rien ne montre toutefois ce qui s’est produit avant et après la scène que l’on voit dans la vidéo.

"La vidéo avait tellement circulé que les autorités étaient obligées de réagir"

Deejay Rafik poursuit :

Finalement, la diffusion de cette vidéo a quand même servi à quelque chose puisque la police a procédé à des arrestations. De toute façon, elle avait tellement circulé que les autorités étaient un peu obligées de réagir. En fait, j’ai simplement utilisé ma notorité pour que les gens voient ce qui se passe chez eux…


Selon les médias locaux, l’agresseur et sa complice ont été rapidement identifiés, de même que la victime. Le premier aurait été arrêté dans la wilaya de Tiaret, au nord-ouest du pays, où l’agression se serait produite, de même que deux autres jeunes qui y auraient assisté. En revanche, la femme ayant réalisé l'enregistrement serait toujours en fuite et rien n’indique quand les faits se seraient déroulés précisément. Selon Algérie-Focus, l'homme aurait agressé la victime en raison d'un "différend sentimental".

France 24 a contacté la sûreté de la wilaya de Tiaret et la Direction générale de la sûreté nationale afin d'en savoir plus sur cette affaire. La première a indiqué que l'affaire était "en cours" et qu'un "point presse" serait organisé dans les prochains jours. La seconde n'a pas répondu pour l'instant. Nous publierons leur réponse dès qu'elle nous parviendra.

Selon un rapport publié par Amnesty International en 2014, "il n'existe pas de statistiques exhaustives sur l'ampleur de la violence sexuelle et de la violence liée au genre en Algérie". Le rapport cite une étude de l'Institut national de santé publique publiée en 2005, selon laquelle 5,4 % des violences perpétrées à l'égard des femmes étaient de nature sexuelle. Mais l'ONG assure que ce chiffre est probablement bien plus élevé, dans la mesure où les victimes ne portent souvent pas plainte. Elle estime par ailleurs que les dispositions du code pénal concernant les agressions sexuelles sont "insuffisantes", puisqu'elles "ne s'appliquent  pas aux adultes".



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone