Depuis le mois d’octobre, les enseignants togolais du préscolaire, du primaire et du secondaire se mettent régulièrement en grève dans plusieurs villes du pays pour réclamer de meilleures conditions de travail, ce qui empêche la tenue normale des cours. Problème : les heures de classe ne seront pas rattrapées et les élèves pourront donc être interrogés sur l’intégralité du programme lors des examens. Inquiets, ces derniers ont décidé de se mobiliser à leur tour, pour exiger que les cours soient assurés.

Les enseignants réclament notamment des indemnités de logement, une prime pour "le travail de nuit" (correction des copies et préparation des cours le soir) et les "salissures" (liées à l’utilisation de craies), ainsi que l’annulation des "affectations punitives". Il arrive ainsi que les représentants d’enseignants et les leaders syndicaux soient envoyés dans des zones reculées après une grève, en guise de "punition".

Ces revendications sont portées depuis la rentrée scolaire d’octobre par quatre syndicats de l’enseignement public. Cela fait deux mois que les enseignants se mobilisent de manière sporadique pour faire entendre leur voix, car ils estiment que le gouvernement ne les écoute pas. Cette semaine, la grève s’étale ainsi du mercredi au vendredi.


"L’indemnité de logement nous avait été promise en 1975"

Hugues (pseudonyme) est enseignant dans une école primaire de Lomé. Il est en grève depuis ce mercredi.

Le gouvernement n'écoute pas nos revendications, donc la grève est le seul moyen de se faire entendre. L’indemnité de logement avait été promise en 1975, à l’occasion d’une réforme : nous souhaitons qu’elle soit tout simplement appliquée. Par ailleurs, la poussière des craies abîme les yeux. Enfin, ce qui me dérange particulièrement, c’est la précarité des enseignants auxiliaires : ce sont des professeurs qui font cours, mais ils gagnent moins que les enseignants titulaires et ils ne sont jamais titularisés.


Depuis octobre, de nombreux cours n’ont pas été assurés. Les élèves du public ont donc commencé à se mobiliser depuis deux semaines, dans différents endroits du pays, pour exiger d’avoir cours. En guise de protestation, ils ont été jusqu’à déloger des élèves qui étudient dans des établissements privés – non concernés par les grèves – dans plusieurs villes.

Les élèves de cette ville, située dans la région de la Kara, sont sortis dans les rues lundi matin.

Les élèves de Lomé sont également mobilisés.

"Les élèves veulent que le gouvernement réponde favorablement aux revendications des enseignants, pour que les cours se déroulent normalement"

Maxime Domegni travaille pour le journal L’Alternative, à Lomé, la capitale togolaise.

"Les élèves soutiennent les revendications des enseignants, mais ils s’inquiètent car les autorités ont indiqué que les cours ne seront pas remplacés et qu’ils seront donc considérés comme vus. Ils pourront donc être interrogés lors des examens sur des parties du programme qui n’auront pas été faites.

Du coup, ils souhaiteraient que le gouvernement réponde favorablement à leurs revendications, pour que les cours se déroulent normalement.

Si ce n’est pas le cas, on peut craindre que le mouvement dégénère, comme il y a trois ans.


Cela fait trois ans que les enseignants se mettent régulièrement en grève pour des raisons similaires. En 2013, des affrontements entre les élèves et les forces de l’ordre avaient fait deux morts – parmi les jeunes – à Dapaong, dans l’extrême-nord du pays. À l’époque, des bâtiments publics avaient été saccagés.

Article écrit en collaboration avec Clara Griot (@claragriot) et Constance Léon (@constance_leon) , étudiantes au Celsa.