Un jeune Malien expatrié au Canada a eu l’idée de développer un nouveau type de ciment plus respectueux de l’environnement à base de sable, de gravier et de déchets plastiques. Les premiers tests étant concluants, il aimerait pouvoir développer son projet et construire le Mali de demain.

Le béton est le deuxième assemblage de matériaux minéraux le plus utilisé par l'homme après l'eau potable, et surtout, l’un des plus polluants au monde. En cause, le ciment qu'il contient et qui sert de liant entre les granulats. Or, selon plusieurs études, produire une tonne de ciment entraînerait une émission d’environ 900 kg de C02. Son principal constituant, le clinker, nécessite une cuisson à près de 1 450 degrés celsius, ce qui explique la forte consommation énergétique. Le ciment est responsable à lui seul d’approximativement 5 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

D’où la volonté de trouver des alternatives plus respectueuses de l’environnement. Moussa Thiam, un Malien expatrié à Ottawa au Canada, s’inscrit dans cette recherche : il développe depuis novembre 2012 une méthode de transformation de déchets plastiques en matériaux de construction durables.



Comment ça marche ?

Exit le clincker, trop polluant. Moussa Thiam le remplace par un mélange avec du sable, un peu de gravier et des déchets plastiques qui vont constituer le liant de son matériau. Le procédé est ensuite le même que pour la fabrication du béton, à un détail près : les matières premières sont introduites dans un four, chauffé à une centaine de degrés, soit une température bien inférieure à celle utilisée habituellement pour créer du béton. L’ensemble une fois mélangé et coulé dans des moules donne un mélange homogène visible sur la photo ci-dessous.

Voici un exemple d'un pavé produit avec ce type de ciment écologique, fabriqué à l'université d'Ottawa.

Des premiers tests, avec quelques milliers de tonnes de ciment produits, ont été réalisés au Mali et dans le cadre de travaux avec l’université d’Ottawa, en incorporant des sachets plastiques dans le mélange. Le ciment a permis de paver quelques routes annexes ainsi que des parties de cour d’établissements scolaires à Bamako.

Autre avantage, assure Moussa Thiam : alors qu’un mètre cube de béton coûte actuellement entre 125 000 et 150 000 francs CFA au Mali, soit 190 à 228 euros, le prix du ciment écologique pourrait être inférieur de 15 %, environ 107 000 francs CFA le mètre cube, soit 160 euros. Mais attention, pour le moment, ce ciment, plus léger et moins gourmand en énergie, n’est pas adapté à tout type de construction. Il ne pourrait par exemple pas permettre de construire une maison suffisamment solide.

Pour produire ce ciment, notre Observateur utilise un four dont il cherche à réduire les propriétés polluantes.

"Au Mali, très peu d'initiatives de recyclage existent"

Moussa Thiam est le porteur de ce projet de ciment plus respectueux de l’environnement.

J’ai fait mes études secondaires et universitaires à Medina-Coura, un quartier populaire de Bamako. Un jour, à cause de l’ouverture du dépôt de transit des déchets dans ce quartier, il y a eu des altercations entre la population et les autorités, car les gens voulaient récupérer ces déchets pour en faire d’autres objets. Tout ça n’était pas organisé. Je m’étais alors posé la question : que peut-on faire pour valoriser ces déchets et éviter que ce type de situation ne se reproduise ?

En me penchant sur la question, j’ai pu constater qu’au Mali, la gestion des déchets plastiques est déléguée aux communes, qui, très souvent, la délèguent à leur tour à des entreprises. Celles-ci ne réalisent que la collecte. Très peu d'initiatives dans le sens du recyclage existent, par manque de moyens.


"Des conseils pour optimiser notre four ou sur le plan commercial sont les bienvenus !"

Mon objectif à terme, c’est d’arriver à récupérer ces plastiques inutilisés en me rapprochant des dépôts de déchets, mais aussi des commerçants locaux. Il me faut maintenant évaluer plus précisément les dosages en fonction de la quantité. Les premiers tests n’ont été réalisés qu’avec des sachets plastiques, je dois étudier si d’autres matériaux plastiques comme des bouteilles d’eau ou des tuyaux pourraient être utilisés.

À ce stade, je cherche donc des partenaires financiers, ou des personnes qui pourraient m’aider à optimiser le four. Si je peux également visiter des entreprises spécialisées dans le domaine du recyclage pour échanger sur les bonnes pratiques, ça serait une source d’inspiration.

Dans l’année à venir, dans les écoles et universités de Bamako ?

Contacté par France 24, le directeur de l'Ecole nationale d'ingénieurs Abderhamane Baba Touré, le Dr Mamadou Sanata Diarra, estime que le projet de Moussa Thiam, qu’il supervise, répond à un besoin en matière d’assainissement au Mali :

Trop de plastiques sont abandonnés dans la nature et cela crée notamment de gros problèmes car cela bouche régulièrement les canaux d’écoulement des eaux. Le ministère de l’Éducation a déjà donné son accord pour repaver une partie de la cour de l’université de Bamako avec cette méthode. J’ai bon espoir que ce projet puisse passer à sa phase industrielle dans six mois ou un an.

Le produit a en tout cas séduit, puisqu'il a remporté le prix a remporté le 1er Prix (ex-æquo) au forum international Next Einstein Forum (NEF) au Sénégal en 2016.



La recherche du "nouveau ciment" est un défi déjà relevé par plusieurs de nos Observateurs engagés : en France, Julien Blanchard et David Hoffman ont inventé un nouveau produit à base d'argile, aussi solide que le béton et beaucoup moins nuisible à l’environnement. Au Brésil, une ONG avait récupéré en avril dernier des tonnes de boue qui avaient dévasté la côte est du pays pour en faire des briques artisanales et reconstruire les maisons détruites.

Vous aussi vous avez un projet similaire ? Contactez-nous à obsengages@france24.com pour nous en parler !

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone