La protection de l’environnement n’est pas une priorité au Sénégal. C’est ce qui a décidé un Franco-Sénégalais et son équipe à lancer "Mia Moké", un projet visant à sensibiliser les enfants à ce sujet, à travers la voix d’une jeune héroïne africaine, à laquelle ils peuvent s’identifier. Leur projet est décliné sur différents supports : application pour tablettes ou encore bande-dessinée.

"Mia Moké" – "moké" signifie "petit" en lingala – a été lancé fin septembre par l’agence de communication Advise, basée à Dakar. Quatre personnes y travaillent, dont Karim Gadjigo, un Franco-Sénégalais de 50 ans. Ce dernier a grandi au Sénégal, avant de partir en France pour étudier. Il est ensuite retourné au Sénégal il y a une vingtaine d’année pour travailler dans le secteur de la communication.

Destinés à sensibiliser les enfants à l'écologie, ces visuels, créés par l'agence Advise, se trouvent sur la page Facebook de "Mia Moké".

"Nous avons créé une héroïne vivant dans un village où les habitants trient les déchets"

Nous avons commencé à travailler sur le projet "Mia Moké" en 2011, pour répondre à des enjeux culturels et environnementaux.

Tout d’abord, à la sortie des écoles, à Dakar, on constate que les enfants ont des sacs "Dora l’exploratrice", "Barbie" ou encore "Hello Kitty". Ce ne sont jamais des héros africains, ce qui interroge sur la place de l’identité africaine et des modèles culturels dominants dans le monde. On peut aussi s’interroger sur l’impact que peut avoir l’absence de petits héros qui leur ressemblent dans le développement personnel de ces enfants. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si les produits pour éclaircir la peau se vendent autant en Afrique. Nous avons donc créé une petite héroïne africaine, pour faire évoluer les mentalités à travers elle.

"Les gens continent de jeter leur déchets par terre"

L’autre constat, c’est que les gens sont très peu sensibilisés aux questions environnementales au Sénégal : comme dans d’autres pays africains, la protection de l’environnement n’est pas une priorité. Du coup, les comportements n’évoluent pas vraiment : les gens continent de jeter leurs déchets par terre, notamment. À travers notre héroïne, nous cherchons donc à faire connaître la nature en expliquant comment la protéger. Par exemple, elle vit dans un village à la campagne – car c’est un endroit souvent dévalorisé par rapport à la ville – où les habitants font le tri des déchets.

"Nous avons créé une application sur le thème de la déforestation"

Pour l’instant, nous avons créé une application pour les tablettes, sur le thème de la déforestation, un enjeu majeur au Sénégal. À travers l’application, les enfants doivent résoudre une sorte d’énigme dans un village où tous les oiseaux ont disparu. Ils comprennent ensuite que c’est lié à la production de charbon qui s’est développée sur place, ayant entraîné la déforestation du site. Durant le jeu, des informations sont données sur la nature, sur les alternatives au charbon qui existent, il y a un quizz, un karaoké avec des chansons sur l’environnement...


L'interface de l'application "Mia Moké".

Des explications sur la faune et la flore sont données dans cet "éco-dico", qui fait partie de l'application.


Cette application coûte 3,99 euros sur l’Apple Store : nous avons conscience que nous ne pouvons pas toucher tout le monde ainsi. D’ailleurs, nous en avons vendu seulement une centaine depuis deux mois. Mais c’est un support pertinent pour faire passer notre message. De plus, il y a déjà 50 millions de tablettes en Afrique et leur usage devrait se démocratiser d’ici deux ou trois ans.

Par ailleurs, nous avons lancé une bande-dessinée et des livres de coloriage sur le thème de l’environnement, vendus au prix de 2 500 francs CFA [3,81 euros], ainsi qu’un kit pour faire pousser un arbre, avec des graines, qui coûte 3 500 francs CFA [5,34 euros].


Cette bande-dessinée est vendue dans quatre librairires à Dakar.

Livres de coloriages et kits pour faire pousser des graines.


Ces produits, plus accessibles, sont vendus dans quatre librairies de Dakar. Des écoles nous en ont acheté et nous en avons donné à des associations.

Actuellement, nous sommes également en train de concevoir une série de 30 dessins animés pour la télévision, un jeu vidéo, deux nouvelles applications pour tablettes, sur la biodiversité marine et la pollution – celle liée au plastique en particulier – toujours avec le même personnage. En revanche, il nous manque des fonds pour développer une application pour smartphones.

"Nous voulons développer le projet sans dépendre de subventions"

Nous aimerions que notre projet soit rentable, pour ne pas dépendre de subventions. Et surtout, si ça marche, nous pourrons développer encore davantage nos liens avec les associations, ainsi que des supports accessibles au plus grand nombre.




L’agence Advise travaille principalement pour des marques alimentaires locales, mais collabore également avec Nébéday, l’une des rares associations locales de défense de l’environnement, en lui fournissant notamment des affiches.


Une affiche conçue par l'agence pour l'association Nébéday.


Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone