Pour répondre au manque d’information sur les questions d’hygiène dans les zones rurales du Cambodge, un étudiant américain a lancé un projet visant à recycler le savon et le mettre à la disposition des écoles cambodgiennes et des ONG. Aujourd’hui, son ONG emploie 30 locaux.

L’hygiène publique est l’un des principaux défis auxquels le Cambodge doit faire face. Les premiers affectés sont les enfants, souvent victimes de diarrhée et de problèmes respiratoires. Chaque année, 10 000 enfants de moins de 5 ans meurent ainsi de diarrhée selon l’Unicef. Des pratiques simples, comme se laver les mains avec du savon, peuvent prévenir ces infections. Cependant, beaucoup de Cambodgiens – surtout dans les zones rurales – n’ont pas accès à un bien aussi élémentaire que le savon.

Grand amoureux du Cambodge, Samir s’est rendu à plusieurs reprises dans le pays. Lors d’un voyage dans la campagne, il voit une femme en train de nettoyer un enfant… avec du détergent. Choqué par cette scène, il se renseigne et réalise que cette pratique est courante. En cause : d’une part, beaucoup de Cambodgiens ne connaissent pas les mesures d’hygiène de base. Et d’autre part, le savon coûte cher : entre 60 et 70 centimes pour une unité, quand le salaire journalier tourne autour de 1,5 dollar.

La solution, Samir l’a trouvée dans un hôtel où il séjournait, à Siem Reap, haut lieu du tourisme au Cambodge. Nombre d’établissements jettent régulièrement de grandes quantités de savon, à peine utilisé par les touristes. Samir a eu alors l’idée de les recycler et a très vite convaincu des hôteliers. En 2014, il a monté Eco Soap Bank, son ONG, pour mettre en place son projet.


“C’est fort de voir que ce que nous aurions jeté est utilisé pour la santé et l’émancipation”

Notre méthode est simple. Nous découpons le savon, le désinfectons, puis nous le moulons dans de nouvelles barres, que nous parfumons aux fleurs de thé. On l’empaquète ensuite dans des feuilles de journaux recyclées.

Nous fournissons du savon à 202 écoles, entre 50 000 et 60 000 enfants l’utilisent. Nous travaillons avec les ONG locales pour former les professeurs sur l’importance d’enseigner de bonnes pratiques d’hygiène aux enfants. Notre espoir est que les enfants diffusent ces idées dans leur communauté. Nous avons demandé aux écoles de partager avec nous leurs données sur l’absentéisme des élèves, les visites à l’hôpital et l’utilisation des toilettes. Quand nous voyons qu’un programme d’hygiène échoue, que les professeurs ne le mettent pas en place, nous persévérons et essayons encore. Nous leur disons souvent que c’est un moyen de combattre l’absentéisme car les maladies peuvent résulter d’un manque d’hygiène.





"Former les femmes afin qu’elles deviennent des vendeuses de savon"


Certaines de ces écoles n’ont même pas de lavabos dignes de ce nom et parfois nous les aidons à en installer. Mais s’il n’y a qu’une vasque, c’est difficile de faire en sorte que tous les élèves se lavent les mains. Donc, nous avons aussi commencé à transformer des sauts d’eau en poste de lavage mis à disposition des enfants. Jusqu’à présent, nous avons distribué environ cent de ces sauts en plus des livraisons de savon.


Le reste du savon (environ 25 %) est utilisé pour les projets communautaires. Où que nous travaillons, nous créons des partenariats avec les ONG locales, qui sont en lien avec une communauté et peuvent évaluer son niveau d’hygiène.

Souvent, nous travaillons avec elles pour former les femmes afin qu’elles deviennent des vendeuses de savon. Elles peuvent ainsi gagner leur vie en le vendant à la communauté. Par ce biais, elles peuvent aussi diffuser la connaissance et l’accès à l’hygiène, tout en vendant ce savon très peu cher.

Cependant, tous ces programmes prennent du temps. Nous avons d’abord besoin d’amorcer une conversation sur les bactéries et l’assainissement. Et puis il faut se répéter et se répéter. Nous avons vu la demande d’accès à l’hygiène augmenter... mais cela progresse lentement.


“La plupart de nos employés sont des femmes cambodgiennes"

Notre projet est totalement non-lucratif. Au début, nous avons fait une petite levée de fonds. Aujourd’hui, de grosses entreprises sponsorisent nos projets. Mais les besoins sont tellement grands que nous sommes toujours à la recherche de plus d’aide, afin de continuer à nous développer.

Depuis que nous avons commencé, notre opération a grandi rapidement. Nous collectons désormais le savon de 127 différents hôtels à travers le Cambodge et nous recevons également des cargaisons de savons de la part de l’ONG australienne, Soap Aid. Nous nous sommes implantés à Siem Reap, mais aussi dans la capitale Phnom Penh, et à Sihanoukville, une localité balnéaire touristique qui s’appelle. Nous voulons ouvrir une quatrième branche à Banlung, connu pour l’éco-tourisme.

Nous avons trente employés. Investir dans l’économie cambodgienne est aussi important pour nous. La plupart de nos employés sont des femmes cambodgiennes, qui se battent pour joindre les deux bouts. Nous avons une équipe de direction cambodgienne, des chauffeurs, qui collectent le savon, et des employées, qui travaillent dans les presses à savon. Nous ne voulons pas qu’ils fabriquent du savon durant toute leur vie, nous voulons les aider à construire un futur durable.

"Les déchets fournissent aussi des revenus"

La plus grande difficulté de ce projet est que le savon n’est pas une ressource, qui se renouvelle d’elle-même. Mais le besoin de savon est continu. Parfois, nous sommes un peu abattus par cette perspective… Mais le Cambodge se développe rapidement et, comme le niveau de vie augmente, l’hygiène va s’améliorer.

Quand nous collectons entre 140 et 230 kilos de savon dans les hôtels, c’est incroyable de se dire que cela aurait pu finir dans les décharges pleines à craquer du Cambodge. C’est fort de voir que ce qui aurait été jeté à la poubelle est utilisé pour la santé et l’émancipation. Les déchets fournissent donc un revenu, ce modèle économique profite à tous.

Article écrit en collaboration avec
Brenna Daldorph

Brenna Daldorph , English-language journalist