Des milliers de civils issus de l’ethnie Rohingyas, une minorité birmane persécutée, ont vu leur domicile pillé et brûlé et ont été déplacés ces derniers après un "coup de balai sécuritaire" des autorités birmanes. Elles cherchaient à identifier les responsables de récentes attaques contre la police. Les activistes Rohingyas accusent les forces de sécurité d’abus graves.

Le 9 octobre, des dizaines d’hommes armés avaient attaqué trois postes de police à Maungdaw, une ville de l’État du Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie, frontalier du Bangladesh. Neuf officiers de police ont été tués et les assaillants sont parvenus à s’emparer d’armes. La présidence birmane a accusé un groupe jusque-là inconnu, Aqa Lul Mujahidin, qui serait lié avec l’Organisation pour la sécurité des Rohingyas, un groupe actif dans les années 90 mais qui n’a plus fait parler de lui depuis plusieurs années. D’autres responsables birmans ont néanmoins dit que le gouvernement n’était pas certain de l’identité des assaillants.

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À la suite de ces attaques, les autorités ont verrouillé l’État du Rakhine et lancé un ratissage de la région pour identifier les coupables. Journalistes et travailleurs humanitaires se sont vu interdire l’accès à ce qui a été qualifié de "zone d’opération ".

Pillages et viols

Les activistes rohingyas accusent les autorités de viser spécifiquement leur ethnie, pillant et brûlant villages et maisons, et évoquent également des viols et des exécutions sommaires. Le manque d’accès à la zone ne permet pas d’obtenir des chiffres faibles mais environ 18 000 personnes auraient été déplacées selon l’ONG Human Rights Watch, dont 15 000 seraient des Rohingyas. De nombreuses vidéos amateur illustrent leur déplacement.



La minorité musulmane des Rohingyas est persécutée depuis des décennies en Birmanie. Ses ressortissants sont officiellement apatrides depuis qu’une loi de 1982 les a privés de la nationalité birmane. Des centaines d’entre eux ont été tués et des milliers déplacés notamment en 2012, lors de violences commises contre eux par des extrémistes bouddhistes. De nombreux Rohingyas ont fui le pays. Sur les Observateurs, nous avions enquêté sur ces violences.


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"Toutes les maisons ont été pillées, dont la mienne"

Farukh a 23 ans, il est rohingya. Il vivait dans un village au nord de Maungdaw. Selon ses dires, le 23 octobre, les forces de sécurité ont déplacé toute sa communauté.

On nous accuse d’avoir attaqué les policiers mais nous ne savons rien de tout ça. Le 23 Octobre, un major de police a appelé deux leaders religieux de notre communauté pour leur dire que les Rohingyas de mon hameau devaient partir avant 18 heures. Sans quoi nous serions tués.

Nous avons donc fui vers des villages environnants de Maungdaw. Il a fallu y aller à pied. J’étais avec ma mère, mes trois sœurs et mes trois neveux.

Toute notre communauté – plus de 2 000 personnes – a été déplacée. Nous avons découvert plus tard que plus de 40 maisons dans notre village avaient été rasées par les forces de sécurité mais aussi des civils birmans du Rakhine. Et toutes les maisons ont été pillées, dont la mienne.

Je suis désormais avec ma famille dans une tente dans un village voisin. Beaucoup d’entre nous campent dans des champs de riz. C’est très dur : nous n’avons rien à manger, nous avons besoin d’aide d’urgence, mais personne ne nous entend.



Human Rights Watch a demandé aux autorités birmanes de permettre la livraison d’aide aux Rohingyas déplacés comme Faroukh. Selon le Programme alimentaire mondial, jusqu’à 50 000 personnes n’auraient pas de quoi se nourrir à Maungdaw.

Mercredi, le Myanmar Times, a rapporté des propos de responsables politiques birmans affirmant que des Rohingyas étaient en train de retourner dans leur village d’origine. Une version tout à fait opposée à ce qu’a décrit notre Observateur, ainsi que plusieurs ONG de défense de droits humains et d’activistes rohingyas.

Aung San Suu Kyi, ministre des affaires étrangères et leader politique birmane, a demandé à ce qu'une investigation sérieuse soit menée et que personne ne soit accusé sans preuve. Les experts des droits de l’Homme de l’ONU ont applaudi cette demande, mais ont également signalé la nécessité qu’une enquête soit ouverte sur les allégations de violations des droits de l’Homme envers les Rohingyas.
Article écrit en collaboration avec
Brenna Daldorph

Brenna Daldorph , English-language journalist