Camions couchés sur la route, nids de poule ou incivilités au volant… l’état des infrastructures et les comportements des conducteurs au Cameroun inquiètent les blogueurs. Ils lancent une mobilisation en ligne, en images et avec des thématiques originales, pour tenter de proposer leurs solutions et faire baisser le nombre de décès sur les routes.

Avec le hashtag #StopauxAccidentsroutiers, quatorze blogueurs camerounais se mobilisent en publiant chaque jour des articles sur la thématique des accidents de la route dans leur pays. Quatorze articles ont déjà été publiés depuis la fin du mois de septembre sur des sujets allant de la facilité d’obtenir le permis de conduire à l’état des infrastructures routières.

Alors que le nombre de morts sur les routes a légèrement baissé ces dernières années, 790 morts en 2014 selon les statistiques du gouvernement, Didier Ndengue, blogueur a l’origine de la mobilisation, estime que ces chiffres ne "reflètent pas la réalité perçue par la plupart des blogueurs qui comptent chaque jour de nouveaux accidents mortels".

Les blogueurs participant à ce projet diffusent parfois des images montrant l'état des routes près de chez eux. Ici, des photos prises par Armelle Sitchoma à Mbanga.

Les chiffres des accidents routiers au Cameroun restent en effet élevés pour un pays de 22 millions d’habitants : près de 100 000 accidents ont été recensés en 8 ans selon les dernières statistiques disponibles. Sur la même période, 8 482 personnes sont mortes, et 40 743 ont été blessées.

"J’ai moi-même failli y rester lors d’un récent trajet, le chauffeur roulait à tombeau ouvert dans les virages"

Au-delà des chiffres, les blogueurs camerounais, comme Frank William Batchou, s’inquiètent de récents événements qui justifient leur campagne.

Plusieurs hommes politiques sont morts sur les routes près de Douala ces derniers mois, notamment le sous-préfet de Dibombari en septembre. Quasiment tous les jours, on entend parler d’accidents avec 5 ou 10 victimes à chaque fois.

Le problème ne vient pas juste des décisions politiques, mais surtout des comportements des usagers de la route qui mettent en danger les autres. J’ai moi-même failli y passer cet été à cause d’un chauffeur de bus : je me rendais en bus de Douala à Dschang pour un spectacle à l’Alliance franco-camerounaise. Je suis parti de nuit, et je devais arriver à 5h30 du matin. Le chauffeur de bus de 70 places a roulé à tombeau ouvert pendant tout le trajet, même dans les virages. Nous sommes arrivés à 4 h du matin, une heure et demi avant l’heure prévue !

Des récits comme celui de Frank William, on peut en retrouver plusieurs sur les billets de blogs du collectif #StopAuxAccidentsRoutiers, notamment le récit poignant de l’accident du fiancé d’une des blogueuses.

Vidéo filmée par notre Observateur Mathias Mouendé Ngamo montrant un accident de la route près de Douala.

"Utiliser le numérique pour améliorer la sensation de sécurité"

De son côté, Danielle Ibohn, une blogueuse à Douala, a choisi d’expliquer comment les applications pour smartphone pouvaient, selon elle, permettre aux utilisateurs de se sentir plus en sécurité :

Je suis traumatisée par les scènes d’accidents qu’on voit trop régulièrement dans notre région. Je prie à chaque voyage, et il m’est déjà arrivé de devoir secourir des victimes blessées dans un carambolage. J’ai voulu participer à cette mobilisation en expliquant que la technologie pourrait permettre de signaler les bons élèves [à Douala, une application baptisée Vairified, vient d’être choisie pour noter des chauffeurs faisant partie d’un réseau sélectionné].

Cette application permet d’avoir un retour sur le comportement des chauffeurs. Avec recommandations positives, je me sens davantage en sécurité [cette mesure a cependant créé des remous avec les associations de syndicats de taxi à Douala qui reprochent à la mairie de ne pas respecter les règles de conformité, NDLR].

Selon Frank Willima Batchou, un des principaux axes à problème à Douala est le pont Wouri, régulièrement paralysé par le trafic, même à des heures tardives.

"Il faut sensibiliser les jeunes en leur parlant là où ils se trouvent : sur les réseaux sociaux"

Selon Frank William Batchou, qui insiste sur le côté apolitique de la mobilisation, il est urgent d’être encore plus efficace pour parler aux jeunes générations.

On veut sensibiliser tous les maillons de la chaîne, et surtout, viser les jeunes. Le gouvernement lance des campagnes de sensibilisation [notamment sur le site du ministère des Transports, qui a annoncé la rénovation de 900 kilomètres de route, NDLR], mais elles ne parle pas aux plus jeunes à l’endroit où ils se trouvent : les réseaux sociaux.

Pour nous, il y a un enjeu crucial : la Coupe d’Afrique des Nations féminines de football va se jouer au Cameroun, entre Yaoundé et Limbé, à partir du 19 novembre prochain. Or, cet axe fait partie de ce qu’on appelle "le triangle de la mort "au Cameroun, un des trois axes routiers les plus dangereux du pays. Il est urgent que les conducteurs adaptent leur comportement pour éviter des accidents et donc une mauvaise publicité lors de cet événement.





Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone