Des photos de femmes habillées en noir ont fleuri sur les réseaux sociaux ces derniers jours, sous les hashtags "Czarny Protest" et "Black Protest" (signifiant tous deux "protestation noire"). Elles protestent contre la proposition de loi étudiée par le Parlement polonais actuellement, qui vise à interdire l’avortement dans la quasi totalité des cas. Des dizaines de milliers d'entre elles ont également indiqué qu'elles feraient grève lundi, répondant à l'appel lancé sur Facebook par des citoyens.

Les premières manifestations pour dénoncer cette proposition de loi se sont déroulées en avril 2016, dès que le projet a été connu. Bien qu’un durcissement de la loi avait déjà été étudié à plusieurs reprises ces dernières années, c’était la première fois que les Polonais se mobilisaient en masse pour s’y opposer.

La mobilisation a repris récemment, à commencer par les réseaux sociaux, avec la publication de nombreuses photos de femmes – des Polonaises, mais pas seulement – habillées en noir, pour symboliser la fin de la possibilité de choisir d’avorter ou non.


Ces coiffeuses de Szczecin, dans le nord-ouest de la Pologne, se mobilisent pour défendre leurs droits.


"Comment un homme peut-il oser dire à une femme quoi faire avec son propre corps!", écrit cette internaute.


Ces étudiantes de Sciences Po Paris affichent leur solidarité avec les Polonaises.


Sur Facebook, des citoyens ont également appelé les femmes à la grève générale, pour le lundi 3 octobre : "N’allez pas au travail, prenez une journée pour vous occuper de vos enfants, n’allez pas à l’université", peut-on notamment lire. Des dizaines de milliers d’internautes ont déjà indiqué qu’ils allaient y participer.

Par ailleurs, d’autres mobilisations sont prévues ce week-end, notamment à Varsovie.


Sur Facebook, cette Suédoise appelle les gens à se vêtir en noir le 3 octobre.


Que dit la loi actuellement ?

En Pologne, la législation actuelle – qui date de 1993 – autorise l’avortement uniquement si la grossesse est risquée pour la vie ou la santé de la mère, si elle résulte d’un viol ou d’un inceste, ou si l’embryon souffre d’une pathologie grave et irréversible. Les médecins pratiquant des IVG illégales encourent une peine de deux ans de prison. L’avortement était pourtant autorisé en Pologne durant la période communiste.


Qu’est-ce qui pourrait changer ?

Bien que cette législation soit déjà l’une des plus restrictives d’Europe, le Parlement polonais s’est prononcé en faveur d’une proposition de loi durcissant encore davantage l’accès à l’IVG, le 23 septembre. Selon ce texte, toute femme qui avorterait ou toute personne qui pratiquerait un avortement (médecin, infirmier) serait passible d’une peine de cinq ans de prison. L’IVG serait alors autorisée uniquement si la vie de la mère est en danger. Formulée par le comité "Stop Avortement", qui rassemble plusieurs organisations défavorables à l’IVG, cette proposition doit désormais être examinée au sein d’un comité parlementaire.

Le 23 septembre, les parlementaires ont également rejeté une contre-proposition de loi de la coalition "Sauvons les femmes", qui rassemble plusieurs organisations pro-choix, visant à assouplir la législation en vigueur en matière d’avortement.


"En solidarité avec les femmes de Pologne", écrit cet internaute sur Facebook.


Depuis les élections législatives d’octobre 2015, le Parlement est dominé par le parti ultraconservateur "Droit et Justice" du président de la République Andrzej Duda. Cette formation politique est proche de l’Église catholique, qui s’est très clairement prononcée en faveur du durcissement de l’accès à l’avortement, tout en étant opposée à l’emprisonnement des femmes.


Qu’en pensent les Polonais ?

Bien qu’environ 87 % de la population soit catholique, les trois quarts des Polonais préféreraient conserver la législation actuelle, selon divers sondages.


"Mon corps, ma décision." Ce dessin a été très largement partagé sur les réseaux sociaux ces derniers jours.


Actuellement, environ 2 000 avortements sont pratiqués légalement chaque année en Pologne, tandis que 100¨000 à 150 000 femmes avorteraient de manière clandestine ou à l’étranger, sur une population totale de 38,5 millions d'habitants.

Si la proposition de loi était adoptée par les parlementaires, la législation polonaise s’alignerait sur celle de la République d’Irlande et de l’Irlande du Nord

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Seuls deux pays de l’UE seraient alors toujours plus stricts en matière d’avortement : Chypre, qui l’interdit dans les textes, mais le tolère en cas de viol ou d’inceste, et Malte, où l’IVG est totalement interdite.


"Parce que les femmes veulent seulement bénéficier des droits de l’homme fondamentaux", écrit cette jeune femme tchèque.



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone