Sur les réseaux sociaux, certaines intox ont la vie dure. La semaine dernière, une internaute a publié sur Facebook une image montrant plusieurs hommes assis sur des tombes avec des sacs de voyage. Dans cette publication, relayée plus de 24 000 fois, l’utilisatrice explique qu’il s’agit de migrants qui pique-niquent dans un cimetière à Calais. Cette image, accompagnée de la même légende, était déjà apparue sur Twitter il y a un an. La photo est donc ancienne… Et n’a rien à voir avec Calais.

La photo est, en effet, surprenante. Au premier plan, on voit plusieurs hommes, assis – certains sont même allongés – sur des tombes avec autour d’eux de nombreuses affaires, laissant penser qu’il s’agit de voyageurs clandestins. Au second plan, on peut apercevoir des femmes, des enfants et un cordon de policiers qui semblent les surveiller.

Les inscriptions sur les tombes ne sont pas lisibles, les uniformes des policiers se distinguent mal et aucun autre indice ne permet de situer ce cimetière. Plusieurs internautes en ont alors profité pour faire dire n’importe quoi à cette image.

Dans une publication datant du 16 septembre 2016, une internaute publie ainsi la photo en s’indignant qu’aucune chaîne de télévision ne diffuse les images de ce "pique-nique" à Calais. Elle y glisse également des commentaires islamophobes : "Essayez donc de pique-niquer sur une tombe musulmane dans un pays arabe (musulman) et vous verrez si vous ne serez pas égorgés".

Capture d'écran de la publication publiée le 16 septembre 2016.
 
Au total, c’est plus de 24 000 utilisateurs qui sont tombés dans le panneau, en relayant l'image, sans prendre la peine de procéder à une petite vérification. Pourtant, il est assez facile de comprendre que cette image n’a rien avoir avec un pique-nique à Calais.
 
Une intox redondante

Une simple recherche sur Google Image permet déjà de constater que la photo est ancienne. Cet outil est très simple d’utilisation : il suffit d’aller sur Google Images, puis de cliquer sur l’icône en forme d’appareil photo et de télécharger la photo ou de rentrer l’URL de l’image. Google va ensuite recenser toutes les occurrences de celle-ci.


En ce qui concerne la photo du soi-disant pique-nique, on se rend ainsi compte que la photo a déjà été publiée sur Twitter… en septembre 2015.

Lire également sur les Observateurs : Comment vérifier les images des réseaux sociaux ?


Cette recherche permet également de tomber sur un article du site Debunkers de Hoax titré "Migrants dans un cimetière entre la Serbie et la Croatie, mensonges par omission et intox". Publié en janvier 2016, il revient sur l’histoire de cette image, déjà reprises plusieurs fois par des sites d’extrême droite.

Après un bref survol de l’article, on apprend qu’il s’agit d’une intox récurrente. Cette photo avait déjà été publiée sur Facebook, avec une légende similaire indiquant qu’il s’agissait d’un cimetière à Calais, en janvier.
 
Capture d'écran réalisée par Debunkers de Hoax.

Mais en plus d’être datée, l’image est mal située… Il s’agit en fait de l’extrait d’un reportage sur un camp de migrants dans un cimetière… En Serbie.

Un camp improvisé à la frontière serbo-croate

Comme le souligne Debunkers de Hoax, plusieurs sites comme FdeSouche – un site ultraconservateur, ouvertement anti-immigration, que l’équipe des Observateurs de France 24 épingle régulièrement pour des cas de désinformation – avait relayé des images de ce camp de migrants improvisé pour s’indigner des migrants qui "souillent" les cimetières.
Le site d’extrême droite "L’Observatoire de la christianophobie" titrait de son côté : "Serbie : un cimetière chrétien profané par des migrants". Ces deux articles reprenaient une information en partie véridique : il s’agit en effet d’un événement en Serbie, dans un cimetière et les personnes qui apparaissent sur les images sont bien des réfugiés. En revanche, aucun des deux sites n’explique l’histoire de ces migrants et de cette photo.

Plusieurs articles et reportages
permettent de mieux comprendre ce qu’il s’est passé. La scène se déroule le 22 septembre 2015, près de la ville de Sid à la frontière serbo-croate. Ce jour-là, pas moins de 9 000 migrants étaient entrés sur le territoire croate, un nombre record pour la Croatie. Du côté serbe, dans la ville de Sid, les autorités se sont retrouvées dans l’incapacité de canaliser les migrants. Faute de solution d’accueil, des dizaines de migrants, souvent Syriens, s’étaient alors installés provisoirement dans un cimetière, à proximité de la frontière, en attendant de pouvoir la traverser.

Cet événement s’inscrivait également dans un contexte de tensions entre la Croatie et la Serbie. La Croatie accusait en effet sa voisine de rediriger, en complicité avec la Hongrie, tous les migrants vers sa frontière, créant une situation totalement ingérable.
Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet