La ville portuaire d’Al-Hudaydah dans l’ouest du Yémen a vécu une nuit de cauchemar ce mercredi 21 septembre. Des frappes aériennes de la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite ont touché un quartier résidentiel, tuant au moins 18 personnes, dont des enfants et des femmes. Notre Observateur a perdu son oncle et son cousin dans ce raid. Il raconte.

Depuis octobre 2014, le Yémen est secoué par un conflit meurtrier opposant, les forces loyales au gouvernement d'Abd Rabbo Mansour Hadi soutenues par une coalition de pays arabes menée par l’Arabie saoudite, d’une part, et les rebelles chiites houthis d’autre part.

Tombée aux mains des rebelles houthis fin 2014, Al Hudaydah vit depuis aux rythmes des frappes de la coalition et des pénuries en tout genre, causées par un strict embargo imposé sur la ville par les forces loyalistes.

Dans la nuit de mercredi 21 à jeudi 22 septembre, la coalition a mené de nouveaux raids dans la ville. Officiellement, ils devaient cibler un palais présidentiel et une caserne où des dignitaires Houthis étaient censés se réunir. Mais les bombardements ont également touché une zone résidentielle qui abrite un marché appelé Souk Al-Hunoud. Un représentant des services de santé de la ville a indiqué jeudi que ces frappes avaient tué 18 personnes. Selon un journaliste sur place, joint au téléphone vendredi par France 24, le bilan serait depuis passé à plus de 50 morts et de 100 blessés.

Le quartier a été "probablement visé par erreur", a reconnu, sous le couvert de l'anonymat, un responsable du gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Un habitant d'Al-Hudaydah accourt à l'hôpital avec son bébé dans les bras.

"La coalition ne fait aucune distinction entre les groupes armés et les civils"

Abou Sayf, 27 ans, a perdu son oncle et son cousin dans cette frappe.

C’est arrivé vers 10 heures du soir. J’étais en train de me rendre au domicile de mon oncle qui habitait ce quartier. J’allais lui présenter mes condoléances car son épouse venait de décéder ce jour-là. Je me trouvais à quelques centaines de mètres de sa maison quand j’ai entendu une grosse déflagration, et j’ai vu ensuite une énorme gerbe de feu. J’ai couru vers cet endroit, et j’ai vu des femmes qui couraient en pyjama, des gens qui criaient, des enfants hagards qui couraient dans tous les sens, des bouts de corps déchiquetés éparpillés dans la rue. C’était une vision terrifiante, au-delà de ce qu’on peut imaginer.
Des habitants se bousculent vers l'hôpital d'Al-Hudaydah pour prendre des nouvelles de leurs proches.

Ce vendredi, c’est-à-dire deux jours après le raid, les volontaires continuaient à fouiller les décombres pour évacuer les cadavres et chercher d’éventuels survivants. L’odeur des cadavres putréfiés empeste le quartier. C’est insoutenable. Beaucoup de femmes et d’enfants sont morts dans ces raids, et une quinzaine de maisons ont été détruites.

Ces derniers mois, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a mené plusieurs raids meurtriers qui ont atteint les civils. La coalition ne fait aucune distinction entre les groupes armés qu’elle prétend prendre pour cible et la population civile. Et ce scénario s’est répété dans toutes villes du Yémen tenues pas les Houthis, surtout Sanaa.

Photo montrant le quartier bombardé par la coalition dans Al-Hudaydah.

"Même pendant les funérailles les avions survolent la ville"
 
Des funérailles ont été organisées un peu partout dans les villes. Et même pendant ces moments douloureux, les avions de combat ont continué à survoler la ville.

La situation humanitaire s’est considérablement dégradée ces derniers mois dans le gouvernorat d’Al-Hudaydah.
Les habitants vivent essentiellement de la pêche, mais en raison des raids qui ont récemment touché des pêcheurs et leurs bateaux, beaucoup de personnes ont abandonné cette activité. Le blocus imposé par les forces loyalistes sur le gouvernorat a également provoqué de fortes pénuries de matières de première nécessité et des cas de malnutrition notamment ont été constatés dans plusieurs villages avoisinants, comme celui d'At-Tuhayat à quelques kilomètres au Sud.

Le blocus a en outre provoqué une flambée des prix des denrées alimentaires comme l’huile, le sucre et le riz. Et généré également de longues coupures d’électricité car la plupart des maisons ici sont équipées de générateurs électriques et le diesel qui sert à les faire fonctionner n’arrive plus que par petite quantité.

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite mène des frappes aériennes contre les rebelles houthis au Yémen depuis mars 2015. Depuis le début de son intervention, elle a été régulièrement accusée de "bavure" par des organisations de défense des droits de l'Homme. Le conflit au Yémen a fait plus de 6 600 morts selon les Nations unies, dont environ la moitié sont des civils.