Pour répondre aux besoins alimentaires de la population citadine camerounaise, en plein essor démographique, et pour promouvoir l’agriculture biologique, un jeune ingénieur camerounais a mis au point des kits aquaponiques permettant de produire soi-même ses aliments. Le concept associe culture de légumes et élevage de poissons, ne nécessite pas d’engrais et peut être installé dans de petits espaces, en zone urbaine et périurbaine.

En trente ans au Cameroun, le taux d’urbanisation a doublé et la population citadine ne cesse de croître : elle augmente de 5 % par an, contre 2,9 % pour la population totale. Cet étalement urbain s’opère au détriment des espaces ruraux destinés à l’agriculture. Par ailleurs, le manque d’infrastructures de transport complique l’acheminement de marchandises agricoles vers les pôles urbains.

Partant de ces constats, notre Observateur Flavien Kouatcha a lancé en octobre 2015 "Save Our Agriculture", une start-up qui milite pour produire de façon plus écologique et plus adaptée aux problématiques camerounaises. En un an à peine, il a déjà vendu près d’une centaine de kits aquaponiques à des particuliers et des restaurateurs.

L’aquaponie est une forme d’aquaculture, associant une culture de végétaux et un élevage de poissons, dont les déjections servent d’engrais naturel, alors que les plantes purifient l’eau.

Le kit aquaponique est composé de deux récipients, l'un avec de l'eau et des poissons et l'autre avec des végétaux. La combinaison des deux permet une production 100 % biologique.


"Avec le kit, on peut nourrir une famille et faire pousser des tomates, des herbes aromatiques, des aubergines"

Flavien Kouatcha a 27 ans, il est ingénieur généraliste.

J’ai grandi dans une région rurale de l’ouest du Cameroun. J’ai toujours été passionné par l’agriculture, tout en me rendant compte que notre façon de cultiver n’était pas la bonne : ici, 40 % des aliments produits en zone rurale restent dans les villages faute de moyens logistiques pour les acheminer en ville. Et quand ils sont acheminés, ils sont très chers. Ensuite, il y a une forte consommation d’engrais et une méconnaissance des nouvelles techniques de la part des agriculteurs.

Après mes études, j’ai travaillé comme ingénieur dans plusieurs grandes multinationales. Pour un jeune de 25 ans, je gagnais très bien ma vie. Mais en octobre dernier, j’ai décidé de démissionner. J’ai vendu ma voiture pour avoir de l’argent et créer mon entreprise. Je souhaitais développer une solution durable pour cultiver "bio" dans les villes, où les habitants n’ont pas de parcelles, mais où la demande alimentaire est en pleine croissance avec l’augmentation de la population.

Dans la vidéo ci-dessous, Flavien Kouatcha explique comment fonctionne un kit aquaponique



"Cette technique permet d’économiser jusqu’à 90 % d’eau"

J’ai décidé d’adapter l’aquaponie, qui existe déjà dans d’autres pays, notamment au Japon. C’est un système avantageux parce qu’il ne prend pas beaucoup de place. Ensuite, il permet de produire, selon nos tests, deux fois plus vite, car l’engrais naturel des poissons est délivré en continu, ce qui apporte aux plantes des nutriments tout au long de la journée. Donc plus besoin de produits chimiques.

Cette technique permet également d’économiser jusqu’à 90 % d’eau par rapport à une agriculture classique. On peut utiliser des poissons rouges, mais aussi des poissons consommables en fonction de l’espace. C’est simple à utiliser et à installer, n’importe quel utilisateur peut produire ce qu’il mange.

De simples poissons rouges suffisent pour produire les nutriments nécessaires à la culture des végétaux.

"Nous allons ouvrir un jardin aquaponique à Douala"

J’ai élaboré deux modèles et je les vends prêts à l’usage : les clients n’ont plu qu’à y faire pousser ce qu’ils veulent. Il existe un premier modèle à 80 000 francs CFA [121 euros], à destination des particuliers et un deuxième à 250 000 francs CFA [381 euros], qui est davantage réservé aux hôtels et restaurants. Avec le premier kit, on peut nourrir une famille et faire pousser des tomates, des herbes aromatiques, des aubergines, etc. Le coût reste certes non négligeable. Le problème, c’est que certains éléments indispensables à la construction de ce kit ne peuvent pas être fabriqués localement, j’ai donc besoin de les importer. Conséquence : mes clients appartiennent aux classes moyennes et supérieures. Il s’agit à 60 % d’expatriés installés au Cameroun.

Flavien Kouatcha développe également des kits miniatures, plus simples, pour montrer le fonctionnement de son idée aux Camerounais.


Nous sommes quatre bénévoles à travailler sur ce projet : l’entreprise n’est pas encore autonome. Les bénéfices nous permettent de développer un deuxième projet, que nous souhaitons lancer d’ici à octobre. Nous voulons fabriquer des bacs d’aquaponie plus grands et les installer sur des parcelles de 25 m² à 30 m². Nous avons déjà prévu d’ouvrir un jardin de ce type dans un parc à Douala, avec l’accord de la communauté urbaine qui nous prête le terrain. Nous entretiendrons le site, et les cultures pourront être produites et vendues directement dans la ville.

Nous espérons les vendre en dessous du prix du marché, pour que ce soit plus accessible que les kits à installer chez soi. Si ça marche, je pense mettre en place une campagne de financement participatif pour développer d’autres jardins similaires."

Le Cameroun n’est pas le seul pays d’Afrique subsaharienne à souffrir de la pénurie des terres cultivables. Entre 2005 et 2010, l’Ouganda a perdu 8 000 kilomètres carrés de surface agricole. Pour y faire face, des bénévoles de l’ONG Ideas for Uganda ont développé des fermes verticales dans les zones urbaines.

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Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet