Observateurs

Quelques heures seulement après l’annonce de la réélection du président sortant Ali Bongo Ondimba , mercredi 31 août, plusieurs villes gabonaises ont basculé dans la violence. À Libreville, le quartier général de campagne du candidat de l’opposition Jean Ping a été pris d’assaut par l’armée. Mais les tensions ne se sont pas arrêtées à la capitale : selon nos Observateurs, plusieurs autres villes ont été secouées par de violents affrontements.

Port-Gentil : tirs, barricades et magasins vandalisés

Sur sa page Facebook, un internaute a diffusé deux vidéos en live permettant d’avoir un aperçu de la situation à Port-Gentil, la deuxième ville du pays, dans la nuit de mercredi à jeudi.

La première vidéo, publiée aux alentours de 18 heures, montre des habitants mettre en place des barricades. Le vidéaste amateur explique que les populations sont en train de protéger leur quartier afin d’éviter l’arrivée des forces de l’ordre.


Une deuxième vidéo, prise à la tombée de la nuit, fait état de scènes de confusion. Alors que quelques tirs retentissent, plusieurs manifestants se mettent à crier "il y a un mort". L’internaute qui filme affirme : "Ça tire de tous les côtés (…), ça lance des lacrymo et ça tire à balles réelles".


La rédaction des Observateurs de France 24 n’a pas encore réussi à entrer en contact avec cet internaute, mais une Observatrice à Port-Gentil a pu nous expliquer la situation.

Hier soir, il y a eu des manifestations jusqu'à 23h. Plusieurs voitures ont été brûlées. On parle de deux ou trois morts, mais cela reste des rumeurs. Ce qui est sûr, c’est que la soirée a été très violente. Un ami a entendu quelques tirs à 3 heures, dans la nuit. Ce matin encore, il y a des émeutes dans la ville : les forces de l’ordre envoient des bombes lacrymogènes, les manifestants lancent des cailloux.
Tous les magasins sont fermés, par sécurité, et certains habitants essaient de les vandaliser. Certains n’ont pas fait de provision à l’avance et commencent à manquer de nourriture. Nous nous attendons à vivre encore quelques jours dans le chaos.

À Oyem : "j’ai l’impression que les forces de l’ordre voulaient étouffer la manifestation au plus vite"

À Oyem, au nord du pays, un de nos Observateurs nous a envoyé une vidéo montrant plusieurs habitants faire tomber un grand panneau sur lequel était placardée l’affiche de campagne d’Ali Bongo.


Les habitants ont enlevé tous les panneaux Ali Bongo de la ville pour contester sa réélection. Il y a ensuite eu une marche pacifique dans la ville, vers 18h, qui a rapidement dégénéré. Les forces de l’ordre ont lancé des grenades assourdissantes et des bombes lacrymogènes, et à partir de ce moment-là, la manifestation a basculé dans la violence. Plusieurs manifestants se sont mis à lancer des pierres sur les policiers, qui ont répondu avec des tirs à balles réelles. J’ai l’impression que les forces de l’ordre voulaient étouffer ce mouvement au plus vite.



À 20h, je suis rentré chez moi, de peur des débordements. Plusieurs voitures garées devant les maisons sur le bord de la route ont été brûlées, y compris la mienne ! Il y a également eu des pillages dans des administrations publiques et dans certains commerces.


Ce matin, la situation peine à revenir à la normale : il n’y a pas de taxi , tous les commerces sont fermés et les gens n’osent pas sortir.

À Lambaréné et Mouilla, d’autres violences

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes font état de violences dans d’autres villes, notamment à Lambaréné et Mouilla. Un de nos Observateurs dont les proches habitent à Lambaréné explique :

À Lambaréné, selon mes proches, il y a eu des incendies dans plusieurs parties de la ville et des affrontements avec la police. Avec les coupures d'Internet, nous n’avons pas encore d’images montrant ce qu’il s’y est passé exactement et nous avons tous du mal à entrer en contact avec nos proches sur place.

Nous actualiserons cet article si d’autres témoignages ou images nous parviennent.

Si vous disposez d’images, de photos ou de vidéos, témoignant des événements de la nuit passée ou en cours au Gabon, contactez-nous par email à observers@france24.com, sur Whatsapp au 06 30 93 41 36 ou sur notre page Facebook.

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet