Observateurs
Plusieurs élèves du Lycée pour filles de Pretoria ont manifesté entre vendredi et lundi contre le règlement intérieur de cet établissement privé et huppé de la capitale sud-africaine. Avec pour but de faire supprimer les mesures qui interdisent aux filles noires de porter leurs cheveux "au naturel", les obligeant à les lisser et les attacher.

Le mouvement des lycéennes pour le droit à la coupe afro a abouti à la diffusion d’une pétition qui a déjà recueilli près de 25 000 signatures. Celle-ci, adressée au ministre provincial de l’Éducation, Panyaza Lesufi, réclame que des "actions disciplinaires soient engagées contre les professeurs qui mettent en place des politiques racistes". Le ministre, qui s’est rendu sur place lundi 29 août, a promis d’ouvrir une enquête sur les cas de discriminations dans l’établissement. Mardi, les autorités locales sud africaines ont ordonné au prestigieux lycée de suspendre son règlement intérieur en matière de coupes de cheveux et de le modifier dans les 21 prochains jours.

Le premier rassemblement des lycéennes a eu lieu vendredi 26 août, avec une marche silencieuse au sein du Lycée pour filles de Pretoria. Le lendemain, lors de la traditionnelle "Kermesse de printemps" de l’école, une cinquantaine de filles ont défilé, obligeant les forces de l’ordre à intervenir pour aider le personnel du lycée à calmer la situation. Plusieurs vidéos montrant de petites altercations entre jeunes manifestantes et policiers sont devenues virales sur les réseaux sociaux en Afrique du Sud, notamment avec le hashtag #StopRacismAtPretoriaGirlsHigh [Stop au racisme envers les lycéennes de Pretoria].

Dans la vidéo ci-dessous, un policier menace plusieurs lycéennes de "toutes les arrêter".


Notre Observatrice explique que la discrimination est permanente dans son établissement.


"L’an dernier, une étudiante noire a été virée d’un examen parce qu’elle portait une coupe afro"

Malaika Eyoh, 17 ans, est élève au Lycée pour filles de Pretoria et a pris part à toutes les manifestations.

Le problème n’est pas nouveau, cela fait plusieurs années que l’établissement interdit aux jeunes filles noires de porter des coupes afro. Il y a trois ans, je suis allée au lycée les cheveux au naturel, je me rappelle qu’une professeure blanche m’avait fait remarquer à plusieurs reprises que ma coupe était "incorrecte". Une fois, elle m’a menacée de me couper elle-même les cheveux si je ne le faisais pas. J’avais eu une réunion avec elle et l’administration du lycée, elle avait tout nié en bloc et l’affaire n’était pas allée plus loin.


Les exemples sont nombreux. L’an dernier, une étudiante noire a été virée d’un examen parce qu’elle n’était pas bien coiffée. En fait, elle portait juste une coupe afro. Selon les examinateurs, elle ne pouvait pas aller écrire son devoir "dans cet état". Un autre professeur lui avait déjà dit une fois que ses cheveux ressemblaient à un nid d’oiseau.
Cette année, le règlement n’a pas changé, et l’accumulation d’incidents racistes dans le lycée nous a poussées à nous organiser pour dénoncer le traitement qui est réservé aux filles noires.

"Le racisme est présent dans tous les établissements scolaires dans le pays, c’est un problème national"

Car ça a continué. Il y a quelques mois, un autre professeur a demandé à une fille de peigner ses cheveux parce que sa coupe était "horrible". Plus récemment, des filles ont été reprises lors d’un cours parce qu’elles discutaient en xhosa [la deuxième langue officielle la plus parlée en Afrique du Sud après le Zoulou, NDLR]. Le professeur leur a fait savoir qu’elles n’étaient autorisées à ne parler qu’en anglais. Certaines filles se sont également vu reprocher d’être habillées avec des tissus traditionnels. Nous dénonçons donc toutes les mesures racistes qui tendent à nous éloigner de notre culture. Des plaintes ont déjà été déposées, mais elles ne sont jamais prises en compte.


Pour moi, le règlement de l’école a toujours été défavorable aux filles noires. C’est en partie un héritage de l’histoire de ce lycée construit pendant l’apartheid et réservé aux blanches à ce moment-là. Aujourd’hui, le lycée est ouvert à tous, bien qu’on y trouve surtout des enfants de familles aisées en raison des frais de scolarité. Il y a environ 65 % de filles noires parmi les élèves, mais seulement quatre professeurs noirs [sur un total de près de 80, NDLR].

C’est la première fois qu’il y a un tel mouvement dans notre lycée. Vendredi et samedi, nous étions entre 50 et 70 à manifester. Lundi, nous étions une centaine, mais il y avait surtout des étudiants de l’université. Certains sont venus nous soutenir parce qu’ils ont eux-mêmes été élèves dans notre lycée et donc connaissent le règlement, d’autres sont venus parce que le racisme est présent dans tous les établissements scolaires du pays : le problème est national. Cela explique, selon moi, pourquoi autant de personnes se sont reconnues dans notre mouvement et ont relayé les images de nos manifestations.

Les étudiants ont rejoint le mouvement lundi 29 août. 

Lundi, il y a eu une réunion avec le ministre provincial de l’Éducation. C’était ce que nous voulions : être enfin écoutées. Nous espérons que le lycée changera rapidement son règlement. Si ce n’est pas le cas, alors il est possible que le mouvement reprenne.

En Afrique du Sud, le domaine éducatif est régulièrement le théâtre de tensions raciales. En février dernier, de violents affrontements entre étudiants blancs et noirs avaient eu lieu à Pretoria et Bloemfontein, révélant les inégalités et les incompréhensions qui persistent entre les communautés.

Lire notre article : Violents affrontements entre Blancs et Noirs sur des campus sud-africains

En 2015, un vaste mouvement étudiant, lancé avec le hashtag #Feesmustfall avait également secoué plusieurs campus. Les étudiants avaient finalement obtenu l’annulation d’un projet d’augmentation de 10 % des frais universitaires, qui aurait compliqué l’accès à l’éducation supérieure pour les Noirs. En effet, 22 ans après la fin de l’apartheid, un foyer blanc gagne en moyenne six fois plus qu’un foyer noir, alors même que les Noirs représentent 79,8 % de la population.

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet